‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 8 sur 190 · PREFACE XI · texte numérisé non relu

PREFACE XI

1 200 francs. Il se serait estimé riche s'il avait été seul avec sa femme, mais des enfants étaient nés. De 1817 à 1836, Mme Chevillet eut huit enfants dont six vécurent.

Au temps où il chevauchait par l'Europe, ardent à prendre de la vie militaire d'alors tout ce qu'elle pouvait donner de bonnes aubaines et de bonnes fortunes, et n’ayant d'attention sérieuse que « pour les amis et les ennemis qu'il fallait combattre », le trompette Chevillet ne se doutait pas qu'il eût le cœur d'un père de famille. Cela était pourlant. Son Journal où il prend grand soin de noter la naissance de chacun de ses enfants, et d'accompagner cette mention de courtes réflexions, nous renseigne à cet égard : « 4 novembre 1819. Ma femme donne le jour à une belle petite fille qu’on nomme Louise comme sa mère. Pour comble de bonheur, à cette époque Je reçus de notre digne oncle, le curé de Magny, la dot qu'il avait différé de me remettre. » — « 12 septembre 1824. Ma femme m'a encore rendu père en donnant le jour à un beau petit garçon, bien façonné et bien portant. J'éprouvai un grand contentement à la naissance de mon fils et je voyais dans cet événement comme un bienfait de la Providence. Que Dieu veuille me le conserver et me donner assez de Jours pour l'élever et en faire un homme utile à la patrie ct à la société. » — « 16 juin 1826. Ma femme a donné le jour à un autre petit garcon, que nous avons nommé Léon, ange qui vient augmenter notre famille. » [ci Chevillet fait cette remarque où il n'y a d'ailleurs nulle amertume : « C’est

XIL PRÉFACE

dommage que la fortune ne vienne pas avec les enfants, car nous avons des dispositions à les bien élever. »

Poursuivons ce dénombrement de nouveaunés : « 7 mars 1828. Ma femme me fit encore papa d’un joli pelit garçon que nous avons nommé Jules. Il vient ainsi que les autres augmenter les charges de notre ménage. Quatre enfants sont suffisants pour donner de l'embarras et du tourment à un père et à une mère qui désirent bien faire leur devoir et les élever convenablement, et dont les ressources sont bornées. Mais pourvu que la Providence nous préserve de grands malheurs nous sommes heureux dans notre honnête médiocrité. » — « 3 septembre 1830. Mon épouse me fit encore cadeau d’un joli petit garçon que nous avons nommé Eugène. Nous nous disons : quand on a déjà le tourment de quatre enfants, un cinquième ne fait pas un grand surcroît. Tout se confond ensemble, et il s’élèvera avec les autres. Nous n'avons de l'inquiétude que quand le pain vient cher, car nos moyens d'existence n'augmentent pas. » — « 2 décembre 1830. La mort nous enlève notre petit Léon, le plus jeune de nos petits garçons. Il nous laisse beaucoup de regrets, car cet enfant était intéressant et promettait beaucoup. » — « 20 septembre 1832. Ma femme me fit encore papa d'une jolie petite fille toute mignonne que je nommai Hélène. Ma petite Hélène vient faire le nombre cinq de mes enfants. J'espère qu'elle sera la dernière. » Mais ce souhait qui échappe au brave Chevillet, dans son inquiétude

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