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NOTRE MUSIQUE

merveille de ses leçons, si bien que me voilà devenu Première clarinette avec mon collègue Alexandre; je lis passablement la musique, je l’écris encore mieux ; je fais ma partie solidement et je suis assez fort sur mon instrument pour faire ma profession de musicien partout ailleurs.

La musique de notre régiment n’est pas nombreuse comme les musiques de l'infanterie, il suffit qu’elle se trouve complétée avec 16 à 17 sujets choisis dans le régiment, parmi les trompettes et les chasseurs ; chacun reçoit une gratification ou haute paye, en sus de sa paye ordinaire, suivant la force et le talent qu’il possède : j'ai le maximum d’un franc par jour, en sus de ma paye de trompette qui est de 14 sous par jour, nous sommes bien habillés, bien équipés et nous avons les vivres de campagne; nous n’avons ici qu’une suite variée d’exercices et derécréations, auxquels la musique prend toujours une part active, et il nous revient souvent des profits.

Le colonel Curto aime les divertissements en tous genres; avec lui, la gaîté brille dans son régiment. Souvent l’on joue la comédie à San-Vito et les acteurs sont choisis parmi nous; ou bien ce sont de grands bals de société chez le colonel et ailleurs, où les personnes les plus distinguées des environs se trouvent invitées, et où rien n’est épargné pour l'agrément et le bon goût de la galanterie ; souvent aussi, ce sont de grands repas qui réunissent une nombreuse société avec tous les plaisirs et les délices de l'Italie. Il en est de même quand notre colonel est réciproquement invité aux différentes fèles dans les châteaux des illustrissimi comtes et barons des environs, à la chasse et aux combats des taureaux à San-Vito et à Porto-Gruaro. Notre musique va partout avec notre colonel, afin de relever l'éclat de ces divertissements. où nous nous trouvons toujours bien reçus et récompensés de notre zèle. Souvent aussi, ce sont des récréations pour les chasseurs, tel que le temps du carnaval, qui est très bruyant en Italie, ce qui occasionne de belles cavalcades et mascarades dans notre régiment, et puis la Saint-Jean, fête de notre colonel, grandes réjouissances à l'état-major, la Saint-Martin, fête des soldats, où l’on donne toujours des jeux et des prix d'adresse, enfin des récompenses aux plus habiles,

Toutes ces circonstances, mon ami, sont remarquables et agréables pour moi, en ce que je réussis dans ce qui est à ma portée, j'ai gagné deux prix pour mon compte, le premier à la Saint-Martin dernière : c'était une somme de 20 francs et une oie, ce qui a suffi pour nous régaler. Le second, c'était une belle paire de bottes et 6 francs, que le colonel me fit donner, pour avoir été remarqué un des plus habiles à monter à cheval à la volée, avec armes et bagages, au trot et au galop. Je suis un cavalier des plus lestes du régiment.

Je vais aussi te parler d’un voyage à Venise que j'ai eu l’occasion de faire, au mois de mars, avec M. Felstiker, mon maitre de musique. J'allai avec lui afin de lui être utile etde lui servir d’interprète, commesachant bien parler italien. Venise n'est éloignée de San-Vito que d’environ 12 lieues ou 36 milles. Passant par Cordorato, Porto-Gruaro, Lamotta. nous traversâmes plusieurs rivières de ce pays marécageux et nous arrivâmes coucher à Mestre, bourg où nous laissâmes nos chevaux, et nous nous embarquâmes pour entrer dans le golfe de Venise. Nous fimes une traversée de 3 lieues sur la mer Adriatique et nous entrâmes dans Venise. Je ne fus jamais si étonné qu’en voyant cette ville immense plantée dans l’eau et qui semble nager sur la surface de la mer.

Toutes les maisons ou bâtiments sont construits et élevés sur pilotis dans l’eau, à 6 ou 8 milles de distance du rivage de la mer. Des forteresses construites de même à des distances avancées de la ville pour en protéger le port, se trouvent bien armées et occupées par des troupes, afin d'en défendre l'approche aux vaisseaux ennemis.

L'on ne voit ni chevaux ni voitures dans les rues de Venise, lesquelles sont très larges, alignées et bien distribuées; au lieu de chaussées en pavés, c’est toujours l’eau qui forme comme des canaux. L’on communique partout au moyen de barques ou gondoles plus ou moins belles et commodes, dont les canaux sont couverts, qui vont et viennent sans cesse, dirigées par des marins habitués à cette navigation. |

Il y a des trottoirs de trois à quatre pieds de largeur établis en dalles de marbre ou autres pierres de sciage, qui

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