I. — LA l.ri'ON DES ÉVÉNEMENTS
vaut l'ennemi vainqueur et menaçant, avaient renversé Je gouvernement régulier pour lui substituer leur pouvoir improvisé, les maladresses commises au dernier moment lorsqu'il s'était agi de désarmer en partie le peuple parisien, avaient, sans doute, facilité l'action criminelle des meneurs anonymes, devenus soudain maîtres de la capitale.
Mais comment expliquer que, si aisément, la niasse ouvrière eût accepté, sur le mot d'ordre de ces chefs inconnus, la lutte fratricide, qu'une telle perturbation du Bens moral se fût ainsi subitement manifestée ?
Un jour du mois de mai, pendant le siège, le général s'était rendu du château de Rueil aux avant-postes de Courbevoie. Je l'accompagnais. Comme nous croisions des soldats qui portaient un homme ensanglanté, il s'arrêta et s'informa : « Mon général, c'est un insurgé ! » dirent les troupiers. Alors ce cadavre vivant, se soulevant sur la rivière, tendit vers nous son bras nu, et, le > ird lixe, d'une voix éteinte, prononça : « Les insurc'est vous ! »
Le convoi s'éloigna, mais la vision nous resta présente. Entre ces révoltés et la société légale dont nous étions les défenseurs, un abîme nous apparut.
Qu'avait fait cette société légale, depuis tant d'années qu'elle incarnait l'ordre public, pour donner au peuple une règle morale, pour éveiller et former sa conscience, pour apaiser par un effort de justice la plainte de sa souffrance? Quelle action chrétienne les classes en pos- -lon du pouvoir avaient-elles, par leurs exemples, par leurs institutions, exercée sur les classes laborieuses? Ces questions se posaient avec foi ce à nos esprits, dans le trouble des événements.
L'obsession nous en poursuivit grandissante, durant toute la durée du siège et pendant la bataille de sept
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Marines et dos gardes municipaux. - rue
llaxo, à deux pas de là.
Cette formidable manifestation d'une liai: ns-
ciente contre la religion et 1'
confondre. Dans l'église de Belleville, où nous entrâmes un moment, les autels profanés, les croix renversées attestaient la fureur impie. L'ne foule de tardes nationaux, de soldats déserteurs, d'ouvriers et de femmes s'y entassait, épouva: infl songer qu'elle-même, en
découronnant du signe divin l'asile qu'elle invoquait, en avait renie la protection.
Mon ami et moi. nous contemplions ces scènes douloureuses : et il nous sembla qu'au fond de nos cœurs, un appel secret nous avertissait du but qu'allait donner