‹ Ma vocation socialeChapitre 40 sur 103 · II. CERCLE DE BEL1 El 1LLE · texte numérisé non relu

II. CERCLE DE BEL1 El 1LLE

sacre des otages, fusillés la veille au « secteur * » de la rue Haxo : leur affreux cortège, commandé par Emile Gois, dit « drille d'EgOUt », avait suivi le chemin que nous parcourions, la rue de Puebla, la rue des Rigolos, la rue de Paris, les gardes municipaux se laissant conduire militairement au supplice au lieu de se ruer sur leurs bourreaux, les religieux, le Père Olivaint, le Père de Bengy,le Père Caubert, tous les trois jésuites, ! ■ vieux Père Tuffier, de la congrégation de Picpus, qui > ! traînait à peine, le séminariste Seigneret, presque un enfant, marchant au martyre, en priant à haute voix: Ion lit gaudenten.

Ces images qui hantaient nos esprits stimulaient notre ardeur. N'était-ce point de cette scène tragique que notre Œuvre était sortie ?

Un vicaire de la paroisse nous avait accueillis, dès notre première visite, avec un joyeux empressement; il se nommait l'abbé Petit, ("était un cœur d'apôtre : il souffrait cruellement de l'impuissance à laquelle le cierge se trouvait condamné dans les quartiers populaires. - Songez, disait-il, la voix tremblante d'émotion, que cette paroisse a plus de 60.000 habitants, que le service de l'église, l'exercice du culte, absorbent tout notre temps. 11 faudrait atteindre cette foule, entrer en contact avec elle, la pénétrer : personne ne nous aide ; pas d'œuvre ouvrière, une école de frères, une maison de sœurs, perdues dans l'immense population! » Les plaintes de labbe Petit remuaient nos âmes, éclairaient douloureusement le drame social de la veille. Comment ce peuple abandonné, sans prêtres, sans culte, sans éducation chrétienne, eût-il résisté à l'appel des passions révolutionnaires ? Par quelle folle imprévoyance, par quelle coupable indifférence, le gouvernement impérial,

l. Le «secteur » était un groupe de quelques maisons, qui f<uinaient la « cité de Vincennes >>. au n* 8 de la rue Haxo, et où, pendant le siège de Paris, s'était installé L'état-major du deuxième ;ur.

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D'autres soins s'y ajoutaient. L'installât de l'avenue de l'Aima n'avait pu durer, il avait chercher pour établir énorme correspondan surs nombreux, une

demeure plus centrale et moini

de réserver, autant que possible, toui

pour les fondations, nous ne voulions ni loyer i

ni installations luxueuses. M. Legrand. curé de Saint- Germain-rAuxerrois, vint à notre secours. C'était un prêtre d tns la vie. jouissant d'une grande

autorité par son caractère, autant que par la situa quii occupa, entouré de l'universelle vénération, pendant les longues annéea de sa verte vieillesse. Il avait cte l'un de^ directeurs de cette académie de Saint- Hyacinthe, dont j'ai parlé, que gouvernait l'abbé Dupanloup. et il y avait connu mon père encore tout jeune : de là. entre nous, un lien particulier. Sapai tait,

en outre, celle du Louvre : le gouverneur de Parifamille, sa maison militaire, entretenaient avec lui des relations excellentes. Il fut ainsi instruit de nos projets,

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et un des premiers qui les approuvèrent. Lorsqu'il sut que nous étions en quête d'un logis, il nous offrit deux petites pièces carrelées, à l'étape supérieur de son presbytère. Elles étaient au sommet du corps de bâtiment, situé entre l'église et la mairie du premier arrondissement, derrière la tour de l'horloge qui, du dehors, en masque la vue. On y accédait par un escalier sans fin d'une redoutable raideur. Nous apportâmes, dans ces chambres voisines du ciel, nos chères tables de bois blanc et nos chaises de paille, auxquelles s'ajoutèrent quelques cartons, et le secrétariat fut installé.

Il y fallait encore un employé permanent. Nous rencontrâmes en la personne d'un ancien zouave ponti- (ieal. nommé Boucault, qui nous fut recommandé par le général deCharette, et dont la mémoire mérite de trouver, dans ces pages, un souvenir affectueux. C'était avec sa barbe noire et courte, ses sourcils épais, ses traits découpés rudement, un type de vieux soldat, fidèle et bourru : dévoué jusqu'à se faire tuer, sans hésiter, pour ceux qui personnifiaient, à ses yeux, la causr qu'il déiendait, il était, pour les autres, souvent intraitable. Je crois bien qu'il n'aimait au monde queCharette et, après lui, les trois compagnons que, sur son ordre, il avait reconnus pour ses chefs : La Tour-du-Pin, Robert et moi. Quand il disait : « Mon bon monsieur Robert, mon bon monsieur Albert », on sentait qu'il donnait tout son cœur. De nous, il eût tout accepté ; pour nos confrères, même les meilleurs, il se montrait méfiant et, prompt à la révolte.

Il servait l'Qùivre avec le même esprit, un peu étroit, mais exact à la consigne, occupant le bureau comme un corps de garde, exécutant les ordres militairement, tenant les archives ainsi qu'un cahier de décisions r> mentaires. Il comprenait la propagande a la façon d'un sergent instructeur. Lorsque, plus tard, les demandes de renseignements et de conseils commencèrent à arriver de toutes les parties de la France, il avait une ma-

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par une j t.î l.*r-ie avec l'église. Ce fut la que. pendant un an, nous nous réunîmes toutes les Bel matin. Comme les - - t ajoura tr. s remplies, se

ninaient tard, nous avions pris l'habitude d'aller déjeunn- ensu Murant, établi

presque au coin de la rue du Louvre et de la rue Rivoli. Nous l'appellions le cent: istronomiqu* l'Œuvre. C - repas avaient la d'une pension de

sous-lieutenants. Les nouveaux amis qui. attirés par notre Appt s de bonne volonte.nous avai

apporté le concours de leur dévoûment, étaient, pour la plupart, des officiers: ceux qui ne l'étaient pas en avaient le tempérament et l'entrain. En nommant 1

1\. LE CERCLE i>). BELLEVILLE 89

et Aymar de Roquefeuille, l'un auditeur, puis conseiller référendaire à la Cour des comptes, l'autre capitaine de cavalerie, tous deux enlevés prématurément à notre affection, Max Récamier leur beau-frère, alors capitaine d'infanterie et plus tard général, Gaston de Langalerie, capitaine au corps d'état-major, lui aussi disparu, Fer nand de Parseval, tout jeune chef de bataillon, et qui devait, pour se consacrer à une noble mission, quitter avec le grade de colonel une carrière pleine de promesses, Anatole de Bellissen, le capitaine, depuis général de La Bégassière, mort il y a peu d'années, Arthur de Rougé, ancien officier de cavalerie, Georges Martin, Louis Milcent, ancien zouave pontifical, je ne cite que les plus intimes parmi ces bons compagnons de la première heure. Il faudrait une longue page pour donner les noms de ceux qui bientôt, comme Victor de Marolles, Raoul Ancel, Gaston de La Guillonnière, combien d'autres encore! grossirent notre phalange.

Les déjeuners des jours de comité passèrent très vite à l'état d'institution. La séance s'y continuait dans le laisser aller d'une causerie animée ; on s'y excitait Joyeusement à l'apostolat, on s'y encourageait à braver le respect humain; on s'enthousiasmait pour la réforme chrétienne de la société, on discutait passionnément la politique du jour, on y lisait, en s'en amusant, les articles injurieux que la presse radicale commençait à publier contre l'GEuvre naissante.

Lorsque les chambres généreusement offertes par le cure de Saint-Germain-l'Auxerrois devinrent décidément trop étroites et parurent d'un accès trop difficile aux visiteurs, force nous fut de nous établir plus bourgeoisement. Le secrétariat fut porté au n° 17 du quai Voltaire, au premier étage d'un vieil hôtel, vaste appartement où notre pauvre mobilier était un peu perdu. C'était au commencement de 187,'L Deux ans plus tard, il émigra au n° 10 de la rue du Bac, où il trouva, avec un rez-de-ehaussée surmonté d'un entresol, une grande

pa, à partir de 1881 qui,

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au temps de Saint-dermain-i'Auxerrois, mais touj< an moins une vingtaine, très souvent davantage : aux membres du corn: raient le> confrères de pro-

vince, de p .1 Par contrer

là, les jeunes gens qui venaient volontiers se mêler a nous, attires par l'ardeur de nos enthousiasmes et la hardiesse de n puis des invités auxqu*

aimions a nous faire connaître, des étra; -coupés

comme nous des questions ouvrières et des études sociales, des publicistes que nos travaux, nos écrits, nos

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