‹ Ma vocation socialeChapitre 61 sur 103 · VII. TOUR DE FRANC · texte numérisé non relu

VII. TOUR DE FRANC

Éurs de bonne volonté s»4 succédaient au pupitre. Aux heures où rien ne les appelait à la chapelle, les ^traitants erraient dans le parc, pensifs el recueillis : m voyait là des hommes de tous les âges, des militai' ies magistrats, des industriels, des propriétaires ruraux, marchant à pas lents, tantôt les yeux fixés sur un livre, tantôt perdus dans un songe profond.

Nul, s'il n'en a fait l'expérience, ne sait ce que valent Lrois joins ainsi passes dans la méditation, arrachés au bruit, à l'agitation, au souci des affaires, donnés à la réflexion et à l'examen loyal de soi-même. J'ose affirmer qu'il n'y a pas, pour la vie privée comme pour la vie publique, pour les devoirs de la famille comme pour les [onctions sociales, pour les hommes d'Etat comme pour les simples particuliers, de plus forte et plus salutaire préparation.

La retraite devint pour nous une véritable école d'application. Tous ceux qui prirent dans nos cadres une place vraiment active, qui furent dans notre secrétariat général les agents dévoués de notre propagande, se formèrent à Athis.

Là furent trempés, dans la robuste éducation de l'âme et de l'esprit, des caractères que rien ne put ensuite ébranler ; là, dans l'élan d'une piété chevaleresque, de reuses résolutions changèrent deschrétiens timides >n apôtres ardents: là, se conclurent, dans l'intimité des longues causeries, des amitiés fécondes, dont l'étroite jommunauté des idées fut le lien indestructible.

La clôture de la retraite faisait éclater tous les sentiments que l'ordre des exercices avait contenus. Le dertier soir, nous nous réunissions au fond du parc au pied l'une statue de la Vierge, entourée d'illuminations brilantes et nous remontions vers le château à la lueur des orches, en chantant Y Ave maris Stella; les âmes vibraient l'enthousiasme et de foi. Le lendemain, de bonne heure, es amis qui n'avaient pu rester à Athis durant les ti ours, venaient nous rejoindre : une communion gêné-

x. et nom retournion v. ■■ cour

en pleine lutte ;

une confiante té.

Les trente-quatre ans, jamais interron D'Ath

furent tram imart,

lement fondée pour Le

pétuée. Seulement le nombre d< .irninué

parce que celui des retra ru. L •

• iouni- à Athis se proj rapidement

retraites de niemi èrent ]

peu <!•• aujourd'hui an.'.

lement plus de quarante. C'est une des plus I tions de l'Œuvre des cercles.

Deux faits principaux marquèrent l'hiver <: Ia

premier fut l'ouverture d'un troisième cercle a l'extrémité du quartier de Yaugirard, tout prêt des foi cations. La séance d'inauguration fut présidée p général de Sonis. dont la sainteté était légenda inoins que le courage.

Le L*f décembre 18' - neuf heures du soir, nommé

au commandement du xvir corps de l'armée de la Loire, il cheminait sur la route de Coulmiers à Patay; le min était ■ il gelait à (Quinze degrés. De:

général venait la légion des volontaires de l'Ou récemment formée avec les zouaves pontificaux. Le colonel de Charette, qui les commandait, avait mis à terre pour se réchauffer; Sonis en lit autant. Quel officiers de zouaves, MM. de Bouilié, de Cazenove, de

;. loi c ni I i;.\ v 153

Troussurcs les avaient rejoinls avec l'aumônier de la on, if Père Doussot, dominicain ; on causait en marchant. Le Repérai leur montra son fanion où une croix blanche figurait sur un fond bleu, Charette alors raconta qu'il avaiten sa possession une bannière en moire blanche brodée d'or, portant, en velours rouge, l'image du Sa Cœur de Jésu ces mots brodes de la môme ma-

nière, au-dessus et au-dessous : Cœur de Jésus, sau la France ! Cette bannière ayail été faite par les Visitandines de l'aray-le-Monial, qui la destinaient au gpm Trochu : Tayaut dépos udant une semaine sur le

tombeau de la bienheur Marguerite-Marie, elles

renvoyèrent, à AI. Dupont, m le saint homme de Tours»; celui-ci ne put, à pause du blocus, la faire parvenir a Paris, et les religieuses averties lui demandèrent de la donner aux "volontaires des régions de l'Ouest ». La ui n'était pas encore formée ; dès qu'elle le fut, M. Dupont, frappé par son nom, semblable à celui qu'ait imaginé les religieuses, fit remettre la bannière à Charette qui l'emporta roulée dans un étui. Sonis, enthousiasmé par ce récit, dit: «Ce sera mon fanion, et un zouave le portera. »

Le soir au cbàteau de Saint-Péravy-la-Colombe, où le général s'était établi, Charette lui amena le jeune comte de Vert hamon, sergent aux zouaves : « Voici le portei >n, dit-il, el voilà le drapeau. » Sonis répondit : « Aon, ce sera le drapeau de votre régiment! faites-le porter devant lui. » Un otticier détat-major observa : « Il vaudrait mieux attendre, pour le déployer, l'instant où on se battra : à ce moment-là, personne n'a envie de rire. » Le général acquiesça : « C'est vrai, attendons, mais ayez une lance toute prèle pour y attacher la bannièit

Le lendemain, ± décembre, qui «lait le premier vendredi du mois, Sonis et le petit groupe de zouaves 1» avec lui au château de Saint-l'eravy, allèrent, à deux heures du matin, entendre au village la messe du Sacré-

( Père D

semble.

A quatre heures on part m était !' t

taille d< ! .<■■■■ • quatn

à la ton

qui lâchait pie I pût 1

il cria aux ton i rant, an

leur ce que valent des chi oici le mi imenl d<- f.<

AJors, derrière 1 emblèi e la

France '. vi à jamais glorieuse, de cet lontqu

^ t -dix-huit tombèrent, parmi !

sur quatorze.

Vi.Tthamon, puis 1- fils,

it, de l'un à l'autre, transmis la bannière : un jeun»1 aouai . la reçut le dernier et la sauva : depuis, 1 at «lu sang de tous ces brai Charette, comme le palladium du ré^irn*

Le généra] lut atteint lui-même à la cuisse d'u: de feu tiré à bout :i. qui lui brisa la jambe, ;

dant que son cheval était tué. I> rre par

aides de camp, MM. Bruyère el de Harscouët, obligea ensuite à partir, il resta sur la appuyé contre aa -"lie, durant toute l'horrible i dont le silence tragique n'était troublé que par le- cris des mourants, plus tragiques encore. Les flocons épais qui recommençaient à tourbillonner le raient ainsi

qu'un linceul, et, dans cette posture affreuse. a\ son épaule la tète d'un blessé de vin^t ans, Fernand de Ferron, qui, s'étant traîné jusqu'à lui, mourut là contre son cœur, il iit le sacrifice de sa vie. En une sorte de' transport surnaturel, il reçut du ciel une force >urhumaine. « .le puis dire, a-t-il écrit, que la douce image

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de la sainte Vierge me fut présente pendant toute la nuit que j'ai passée sur ce sol sanglant, où j'ai attendu la mort durant de longues heures4 ».

L'histoire de cette nuit d'agonie était alors mal connue. Quelques intimes seuls en savaient les détails; Sonis les cachail avec une profonde humilité. Son biographe, M^'1" Baunard, devait en faire plus tard l'admirable et prodigieux récit. En IXT.'î, on ignorait jusqu'où s'était élevé, dans le sacrifice, le courage de ce soldat. chrétien qui disait, en prenant le commandement de son corps d'armée : « Je me suis condamné moi-même à Bfcort : j'ai enfermé Dieu dans ma poitrine, et Dieu ne capitule jamais, jamais ! » Cette parole et la journée de Loigny l'environnaient d'un;' auréole de gloire. Amputé iprès la batailh1, il avait une jambe de bois avec laquelle i tiimait à monter à cheval, et cette énergie augmentait son presti^

A la prière de l'un d'entre nous, il avait accepté, non sans hésitation, de présider l'inauguration du nouveau cercle. Le jour venu, il s'acquitta de cette fonction silencieusement, en gardant, durant toute la cérémonie, une attitude presque embarrassée. Modeste à l'excès, il répugnait à la mise en scène de sa gloire. Soldatrigide, lit inquiet du spectacle insolite offert à ses yeux, par un orateur en uniforme de capitaine et des organisateurs de fête sociale en habit militaire. Peut-être aussi craignait-il que l'ambition politique se cachât, à notre insu, sous nos paroles, et comme son esprit austère ne laissait aucune préoccupation semblable l'effleurer, ce soupçon suffirait assurément à expliquer l'extrême réserve qu'il nous témoigna.

Après tant d'années écoulées et dans un loyal retour sur moi-même, j'affirme cependant qu'aucune arrièrepensée personnelle ne se mêlait alors à notre emportement. Sans doute nous étions d'une ardeur qui, à plu-

i. Tous les détails de t sont empruntés & la Vie du

éral de Sonis, par M" Baunard.

l'opinion. On

<ir bien. Non ; pout

trop i riclins aux ; 1 1 1 i r ? , ates, j

air; lonnu! ;ui in-;

Tout cela e nous ne lussions plus fiera <Ju

applaudissements qu'il n'aurait fallu, pi sibl< il n"a

avenu.

Mais nous étions pi dv<i~ | milieux populaires qu»-

tions <i r, noua

•r aux ouvrier i çaient

esprits une influence toujou La sii.

cité de. pes nature x con^

daines. npu8 altir.

aimions le peu] c franchise et passion.

La révélation des souffrances, des : lités qui pèsent sur (es travailleur! it dans

cœurs un irrésistible besoin de dévoûment et de Nous désirions de toutes nos forces apaiser ce> souffrances, diminuer ces f.

L'instinct des réform ssait dans nos û Le passé corporatif. \ ;ent entrevu, nous ravissait; nous aspirions à sa reconstruction, comme au moyen de réconcilier, dans l'harmonie chrétienne, les maîtreles ouvriers.

En même temps, la responsabilité des classes élevées nous apparaissait écrasante: leur indifférence.

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