IX. — LE PÈ1 !•' Dl I IESS
Il parut pour la première fois, ainsi que nos bannières, le 17 août ISTo, à Notre-Dame-de- Liesse. Je ne saurais mieux donner l'idée de cette grande manifestation qu'en reproduisant ici la lettre que, le soir même, j'adressais à notre camarade Félix de Iioquefeuil, qu'une indisposition avait empêche de se joindre à nous. Cette lettre fut imprimée en brochure et largement répandue dans le monde catholique.
\ !>. de Liette, 11 août 18T3, huit heure» du têir,
.Mon bien cher Ami,
« Gloire à Dieu ! et vive Notre-Dame ! La croix vient de gagner une éclatante victoire et la journée qui finit a été pour notre Œuvre un jour de triomphe ! Tout tremblant de cette grande émotion, le cœur débordant de bonheur et d'espérance, je puis à peine écrire, et je ne sais comment raconter! mon âme est inondée d'enthousiasme! et il me semble que je vais crier la gloire de notre CEuvre à l'autre bout du monde; j'ai besoin de parler, de dire la grande nouvelle, et je sens que je vais pleurer... La nuit descend, calme et brillante, sur la plaine où s'est déroulé ce spectacle sans égal; je crois entendre encore l'écho lointain des cantiques et des acclamations, et malgré moi, je m'arrête et je pense; je pense à cette journée, hélas! déjà passée! Je voudrais me recueillir et en revivre toutes les minutes, et je ne puis que retomber à genoux en bénissant Dieu. Oui, soyez béni, mon Dieu, pour ce grand témoignage de votre toute-puissance! Soyez béni, parce que vous avez permis que votre nom fût glorifié ! Soyez béni, parce que vous récompensez vos serviteurs au delà de leurs efforts, et que vous leur rendez au centuple le peu qu'ils
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impérissable pour nous.
» Av.-int donc de quitter ce que n< peler notre champ de bâtai)!
que je nesens point, je vais tâcher de vous faire asa de loin à la victoire de notf e.
« Vous vous souvenez que j'étais a L veille; toutes les disposition^
des trains arrêtée définitivement. \ au bi en veilla nj
concours de la compagnie du Nord e Je ma-
nière à ce que les contingents de Paris, du Nord, l'Est fussent concentrés a la petite gaie de Coucy-les- Eppes, entre six heures et sept heures moins un quarl du matin ; un seul devait arriver un peu de Soissons. Les directeurs des contingents, vérita chefs de corps de cette petite armée, avaient apport dévoûment sans bornes à tout préparer en vue de g-anisation d'ensemble. Nous avions entre les mains des effectifs bien exacts qui donnaient un total de deux mill* trois cents vingt et un ; aucune erreur n'était possible, et la concentration devait se faire sans une minute d< retard. Restait à tout préparer sur le terrain mén. l'action et à assurer surplace les détails de la journée c'est à quoi nous avions consacré l'après-midi du samedi 16. Le compagnon dévoué de nos veilles. RécamieS toujours infatigable, s'était multiplié ; nos jeunes amis
IV — LE PÈLERIM VGK DE I II - "201
leux Henneze] et de Mo) , accourus avec l'entrain que vous connaissez, avaient travaille sans relâche, et l'étatmajor du lendemain avait ce jour-là prêté main-forte aux ouvriers du lieu, membres pour la plupart du cercle de Liesse, Enfin, la nuit venue, tout était à peu près terminé les tables dressées, l'église aménagée, les emplacements de chaque contingent marqués au nom de leur ville, les divers mouvements étudies sur le terrain ; et, retirés dans l'auberge hospitalière où nous avions établi notre quartier général, nous n'avions plus qu'à distribuer les postes et les instructions de ceux que nous appelions les réglementaires, et qui allaient être les pivots de tout le mécanisme. La besogne était bien définie ; mais où prendre les hommes ? Pour le moment nous en avions quatre, et il en fallait au moins sept ou huit. Pourtant nous étions tranquilles et nousattendions, avec une confiance absolue, le secours qui ne nous fait jamais défaut les hommes nous viendraient à point, envoyés par Notre-Dame, et les soldats de l'Œuvre seraient tous à leur place à l'heure du combat! Sur quoi, nous nous mettions à table, gais et pleins d'entrain, comme si nous étions au bivouac! Quel dîner, mon cher ami ! et que j'aurais voulu que vous puissiez nous voir! Le secours attendu nous arrivait à chaque minute, apportant un renfort pour le travail du lendemain et un convive pour le repas du soir. A chaque arrivant, c'étaient des cris de joie et de surprise, des embrassades et des poignées de main. Nous l'avions bien dit, Notre-Dame avait pourvu à toutes choses! L'Œuvre conservera le nom de ces amis fidèles, debout aux heures de crises; avec ces hommes-là, nous ferions le tour du monde. Songez que l'un d'eux venait de Lyon tout exprès pour nous aider : c'était Boissard : nous ne le connaissions pas encore, mais déjà c'était un frère. L'autre, vétéran de l'Œuvre et toujours au premier rang pour nous donner l'exemple, arrivait d'Alsace, où il pleurait, à son foyer envahi, la patrie absente : c'était le colonel Lion, qui nous amenait
sun fils, par droit galerie, don! je von d'une ;
Ire nne ne le temps d< il. Vill
d treti< as, n L'action. Toua enfin, oubliant 1'
ment v< et prendre leur part du fardeau commun. N manquait encore, mai r qui!
lendemain, au point du jour.
Je vous assure que cela était beau, ''t que auriez, comme moi, senti l'émotion v- r e
grandir à chaque minute.
« Une fois reconnus et comptés, nous voici n i c'était maintenant chose facile. Mais la hu>>i. quel eu rieux tableau que celui de notre chambrette pend nuit d'hier ! Autour d'une petite table à peine • Fétat-major improvi- . assistant bien que mal: I: mier et moi, inscrivant les instructions de ch^;ue régie mentaire, attentifs à tout prévoir, à ne rien livrer an hasard : dès qu'une note était prête, les plus jeunes h copiaient, puis le réglementaire désigné pour le pos; question la lisait à haute voix ; on la complétait pai explications verbales, et il s'en allait chercher son lit. A deux heures, tout était fini : on s'était donné rendez-vous à l'église pour quatre heurt ^ et demie. Un bon cure champenois, tombé du ciel comme les autres, la veille au soir, nous avait promis cette messe matinale.
V Tlieure dite, tout le monde était là : la journée s'annonçait belle et sans nuages; les bannières, aus couleurs de la Sainte Vierge flottaient au portail de la vieille église et aux fenêtres des maisons ; les guirlandes
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de feuillage frissonnaient à 1 air vif du matin, et déjà les habitants du bourg" s'empressaient de toutes parts à terminer leurs apprêts ; car Liesse se mettait en fête pour accueillir les cercles catholiques d'ouvriers !
Nos cœurs étaient remplis de cette émotion sans trouble qui accompagne les grandes actions : graves et joyeux à la fois, nous étions prêts à nous donner tout entiers, pour la gloire de notre Œuvre; plus d'un souvenait d'avoir éprouvé quelque chose de semblable au matin d'une bataille! La messe, dite à voix basse et pour nous seuls dans l'égliseencore sombre, fut entendue dans un recueillement profond, et la communion, reçue par tous rangés côte à côte, acheva d'enflammer nos âmes de foi et d'ardeur. Quand, après avoir prié du fond du cœur pour l'Œuvre et pour la France, nous nous relevâmes, parés de cet emblème des cercles catholiques que le prêtre venait de bénir, et qui, pour la première fois, se montrait au grand jour, il nous sembla qu'un irrévocable serment nous liait pour toujours à une cause sacrée.
« Un moment plus tard, chacun se rendait au poslr convenu, et achevait d'y prendre les dernières dispositions en attendant l'arrivée des pèlerins. Pour moi, je montai à cheval afin de courir bien vite à Coucy-Je a- Eppes, où déjà m'avait précédé Langalerie, réglementaire de la gare. Vous savez que le prince de Monaco, sur la prière du R. P. Hannus, avait permis aux pèlerins des cercles catholiques de traverser le bois et le parc de Marchais, leur épargnant ainsi la plus grande partie d'une route poudreuse et fatigante. J'y passai moi-même pour reconnaître le chemin. A quelque distance du bourg, une porte, marquant du côté de Liesse le débouché du parc, était surmontée de bannières aux couleurs de la Sainte Vierge et du Pape, qui formaient comme un arc de triomphe, et des devises à l'honneur de Marie, de Pie IX et de notre Œuvre étincelaient au milieu de ce faisceau d'oriflammes. Pui6 une large avenue s'en-