‹ Ma vocation socialeChapitre 90 sur 103 · IX. — LC PÈLERINAGE DE LIESSE · texte numérisé non relu

IX. — LC PÈLERINAGE DE LIESSE

Un jour, à notre assemblée générale de 1884, on vit à la tribune M. Chagot, le dévoué et intelligent directeur des établissements métallurgiques de Montceau-les- Mines. Les usines de Montceau, où la société de Blanzy avait accumulé les œuvres philanthropiques les plus fortement organisées, venaient d'être le théâtre d'une grève violente, suscitée par les agitateurs socialistes. La maison de M. Chagot avait été attaquée, une bombe avait fait explosion sous ses fenêtres : à la suite de ces événements, il dut quitter ses fonctions. Invité à notre assemblée, cet admirable chrétien y prit la parole, et, les larmes dans les yeux, la voix tremblante d'émotion, ayant raconté le douloureux conilit, il constata l'échec des méthodes de patronage on rendant un hommage magnifique à la pensée d'Harmel. Ce fut une scène pleine de grandeur. Si, à cette heure décisive dans l'histoire économique de notre pays, tous les industriels avaient eu la généreuse clairvoyance de M. Chagot, si, résolument, ils avaient accepté, encouragé la loi sur les syndicats professionnels, favorisé sa libre application, qui peut nier aujourd'hui que les conflits du capital et du travail n'eussent été plus facilement apaisés ?

L'expérience du Val-des-Bois acheva de fixer à cet é^ard ma conviction. Depuis lors, mes idées se précisèrent d'année en année, et ce fut le fruit de ce long travail, que j'apportai en 1883 à la tribune de la Chambre dans mon premier discours sur les syndicats professionnel^.

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\ discipline militaire, - l>

le. — La Républiqi i

: l'Asseml de 1875; ern

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On peut dire qu'avec le p

de-Liesse prend fin Hn- de 1* fo

catholiques. Je ne fatiguerai pa^ ! ^ de c

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Denx d'entre eux me par • tre

notés, l'un, à cause docarad l'il ajouta a

notre propagande, l'autre, à cause des quences

qu'il eut pour ma propre carro-re.

J'ai raconté comment, à la lin :. s'étaient nouées

mes relations intimes avec le iî. P. du 1 rde

>le préparatoire de la roe des Postes. Je pris lhabitude d'aller fréquemment lui rendre visite maison de travail et de jeunesse, où se formaient pour la patrie des générations de bons servit attirait

comme un foyer ardent de régénération sociale. Souvent, lorsque j'avais couché au Louvre, j'en sortais avant le jour, afin d'arriver à l'Ecole pour la messe des élevés, à sept heures du matin. La chapelle n'était pas alors ia belle église qui s'éli " ve aujourd'hui à l'extrémité des bâtiments : c'était une simple pièce du premier étage, à peine

\. — ma DÉMI8SI0N -1

assez vaste pour les élèves. J'assistais à lamesse, «lissimulé dans l'ombre, au fond do la salle. Los jeunes gens chantaient à l'unisson des psaumes et dos cantiques: l'ensemble de ces voix d'adolescents montant vers le Ciel, en accents déjà mâles, était d'une admirable harmonie. Je restais là, ignoré d'eux et ravi; il me semblait entendre la voix de la France régénérée.

Un désir passionné de leur parler et de leur communiquer ma foi m'envahit bientôt. Le Père du Lac s'y associa d'un cœur chaleureux. 11 voulut que cette tentative d'apostolat ne se bornât pas à l'Ecole seule, mais qu'elle s'étendit aux anciens élèves. La séance fut fixée au dimanche 8 mars 1874. Après trente-quatre années; j'en revois la M-ène comme si elle était d'hier.

M*r Mennillod était à Paris. Le Père du Lac le pri;> venir présider la séance. Le vaste parloir actuel et la crypte où se donnent les conférences n'existaient pas, à cette époque, plus que la grande chapelle. La salle dont on disposait contenait avec peine les assistants entassés; devant l'estrade où nous étions placés et que garnissaient quelques invités, parents d'élèves, officiers supérieurs et généraux, elle était remplie, jusqu'à déborder, d'une triomphante jeunesse : les élèves aux premiers rangs, et derrière eux, pressés sur d'étroits gradins, les Saint- Cyriens en foule, les Polytechniciens nombreux, les élèves de l'Ecole d'Etat-Major, qui allait disparaître, ceux de l'Ecole d'application d'artillerie transférée depuis la guerre de Metz à Fontainebleau, et des officiers de toutes les armes, dont l'aîné n'avait pas vingt-cinq ans.

Aucun auditoire ne m'a jamais pareillement transporté. Je ne sais quel discours je fis, je n'en ai gardé aucune trace; mais mon àme tressaille encore de l'enthousiasme qui bientôt m'emporta, les yeux rivés à ceux de tous ces jeunes gens, le cœur comme fondu dans les leurs. Je ne veux retenir ici qu'une seule manifestation de leurs sentiments. C'est la lettre que m'adressa le

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d'autres circonstances, n'a pour moi valu, qu

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nile et martiale reconnaissance.

La conférence de la me <lr> Postes ru1 I suivie

d'une seconde, puis d'une autr-* au collège de Vaugira: et de là date pour moi une forme d'apostolat qu-- j'ai aimée depuis et recherchée entre to on par la

parole sur les cœurs «les jeunes gens. Je n'en sai de plus captivante.

L'orateur, en face de pareils auditoires, sent s*év< 1er en lui une force imprévue. L'intelligente arde regards attentifs repond à l'appel des siens, comi par l'effet d'un courant magnétique ; la généreuse sincérité des âmes l'entraîne à s'abandonner sans réser\ D'un mouvement rapide de la pensée, il aperçoit ;r:

il sait qu'en parlant à ces jeunes hommes, il jette pour son pays une semence féconde, et. soulevé par cette tache auguste, il trouve, pour l'accomplir, des accents et des gestes que n'enseigne pa^ la rhétorique.

Seules, les assemblées populaiies, avec plus de ru-

desse et d'emportement, offrent, par un semblable échange de sympathie, une mé luetion. Chez les

uns et chez les autres, la droiture et la simplicité des sentiments, le dédain des conventions, des jalousies et du respect humain, suscitent des épanchements naturels et des vibrations spontanées, que s'interdisent les auditoires mondains ou purement intellectuels.

Ma rencontre avec les élevés des Ecoles militaires et les jeunes officiers eut des fruits immédiats. Leur confiante ardeur m'inspira la pensée d'organiser pour eux des réunions spéciales.

L'Ecole de Saint-Cyr voyait alors s'accomplir un véritable miracle de renaissance religieuse. Lorsque j'y étais élève, douze ans plutôt, jamais une communion n'avait lieu dans la chapelle de l'Ecole. Le jour de Pâques, il y avait sortie générale à six heures du matin: à cette époque on ne découchait, pendant les deux années l'Ecole, que durant le congé qui terminait la première. Les élèves arrivaient a Paris avant sept heures et ceux qui voulaient communier allaient le faire chacun de leur côté.

En 187 \, voici où en étaient les choses. Je copie exactement un passage d'une lettre du Père du Lac, datée du mois d'avril de cette année :

« Nos Saint-Cyriens sont venus et m'ont raconté qu'ils étaient à Pâques cent quatre-vingt-trois à la sainte Table ; lorsqu'ils sont entrés au réfectoire après les autres, on a commencé à les huer. Mais un ancien. un cavalier, qui n'était pas des cent quatre-vingt-trois, s'est levé et a crie :« Nous devrions au moins nous taire.» Tout a fini aussitôt. »

C'était le début d'un ! i >nt qui ne devait plus

s'arrêter. Les Pâqi ites à L'Ecole, devinrent si nom-

breuses qu'il fallut aenter officiellement les henres

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dont ils comprenaient tlors leur devoir d 'is.

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plus réfléchie, mais non moins .

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devant lenrs camarades et dans nn parade.

proclamation injurieuse pour leurs ma.

lait la « cote jésuite ». Les .efu-

sèrent de s'y soumettre. La quarantaine fut prono

contre eu\ : et, durant des mois, héroïquement, lia

■nt, sans faiblir, cette épreuve terrible table

torture morale. Leurs successeurs les imitèrent: dla résolution des victimes et leur nombre cr -t. ^a

ition recula, la quarantaine disparut, et! jésuite » fut abolie. On devine sans peine qu« robustes je rencontrai, en 1874, parmi ces jeunes hommes.

Les réunions des Saint-Cyriens avaient lieu le dimanche; celles des iiniciens le mercredi. J

lis point de discours mais de très simples et familières causeries, après lesquelles s'engageait un cordial entretien sur les sujets qui passionnaient nos espr.

Les plus fervents entendaient souvent avec moi. le dimanche matin, une messe dite pour eux dans une chapelle de l'Ecole. Le Père du Lac leur adressait une courte

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allocution; puis, dans une chambre voisine, nous convenions des sujets que nous étudierions ensemble ; je serrais leurs mains, et ainsi se formaient entre nous des liens d'affection que n'ont pu rompre, dans la suite, ni les années, ni la diversité des carrières et des situations. Il y a aujourd'hui, dans les positions les plus variées, «les hommes que j'ai connus là : lorsque le hasard nous met en présence, ils m'appellent « mon capitaine! », el ce seul mot suffit à «'veiller entre nous le souvenir d'indicibles émotions.

Un groupe d'élèves de l'Ecole centrale s'ajouta bientôt à ceux des Saint-Cyriens et des Polytechniciens.

Jamais, à aucun moment, ni dans les entretiens intimes du dimanche matin, ni dans les conférences plus nombreuses, il ne fut dit un seul mot de politique. Ces jeunes hommes n'avaient qu'une idée, je puis dire une passion, servir leur pays avec amour, en sedonuantà lui tout entiers et en restant des chrétiens avoués. Nos eau séries n'avaient pasd'autreobjet : nous parlions deDieu, de la France, et des moyens de gagner par l'exemple, par la pratique du dévouement, les âmes populaires.

Les réunions fondées en L874 durèrent deux années. Vers la fin de IS7(>, l'orientation nouvelle, imprimée au gouvernement par la majorité parlementaire, et le commencement de la guerre religieuse, inaugurée sous le nom d'anticléricalisme, m'obligèrent à y renoncer. Je n'étais plus officier, j'étais devenu un homme politique, et je ne voulais pas que ces conférences fussent, p tant d'admirables jeunes gens, un obstacle au libre développement de leur carrière. Ce fut un grand sacrifice que beaucoup ressentirent comme moi. En l'accomplissant, nous prouvions notre parfaite loyaul

Quand je reporte ma pensée vers ces années lointaines, quand je scrute, devant Dieu, nies actes et nies intentions, je ne découvre dans mes souvenirs, quelles que fussent alors mes espérancespolitiques,que la ni ambition d'aider ces jeunes gens à demeurer de bons

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pulsion du cœur et aux I de l'improvisation, qu'il

fallait, par l'étude et par la ion, lui donner le

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comme toutes les œuvres humaine! enfant •

dans le labeur et la xouffran

La maison de la rue des P fut l'asile où je Tina,

du bruit et des distractions, à l'abr: rendez -tous, m'exereer à cette gymnastique de l'esprit.

Le supérieur Irait une chambre où nul n

trait. Quand mon service militaire Œuvre

des cercles me laissaient libre, j'y arrivais le matin de bonne heure; j'apportais des livres, j'en trouvais dans la bibliothèque et. durant quatre ou cinq heures, je travaillais avec rag-e, lisant, notant et écrivant. J'ai fait la mon apprentissage du métier de la parole.

Aucun discours, écrit ou non, ne peut être vraiment sérieux, s'il n'a été fortement préparé par la lecture et par la méditation. Lire, le crayon à la main, voilà le

premier travail oratoire. Après cela, il faut composer, et c'est la grande souffrance, que connaissent bien tous ceux qui ont essayé de faire passer clans d'autres âmes quelque chose de la leur. Les matériaux sont là, en monceaux : lesquels choisir, comment les disposer ? l^es idées se pressent, haletantes, assiègent le cerveau : comment les ordonner? Quelle en sera l'expression saisissante ? C'est un combat qui se livre d'abord dans la nuit; tout à coup, comme le soleil perce la nue, l'inspiration s'élance, dissipe l'obscurité, illumine le sujet. Le discours a pris corps, mais un corps fugitif qui se dérobe, et qu'il faut saisir, embrasser étroitement, jusqu'à ce que, dans une véritable ivresse de l'esprit, la pensée maîtresse se fixe, lumineuse, en un point culminant vers lequel il faudra, tout à l'heure, entraîner L'auditeur dompté. Alors, les nerfs tendus par ce grand effort, l'orateur peut paraître : il est prêt. Sauf les cas très rares où, sous l'empire d'un événement imprévu, le cœur se précipite aux lèvres dans une soudaine explosion, l'improvisation elle-même n'est vraiment oratoire que si elle naît de ce long travail. Il faut qu'elle en jaillisse, comme la feuille s'échappe brusquement du bourgeon, lentement formé par la sève accumulée : sans quoi, elle n'est que le vide assemblage de paroles sonores, et la confuse expression de pensées imprécises.

Jusqu'en 1874, j'avais connu l'activité laborieuse : alors seulement je commencaià travailler. Jenesong pas encore, à cette époque, à la vie politique. Mais j'avais le sentiment qu'une large carrière s'ouvrait devant moi, où je rencontrerais de grands et austères devoirs ; je voulais être armé pour les luttes qui m'attendaient. J'ai toujours gardé l'habitude de ce constant labeur, préparation permanente de la parole publique.

M\ IAI E

de M- ' rtiilbert, de]

ii. -ut échai ini-

que a Cûllel

collet blai ant,

afin que je fasse dans son gouvernail ordres directs, le général de Ladmiraolt mon pu par permutation,

cuirassiers. raison • duque

retrouvais mon excellenl ch<

de La Loyère. C'est dans ce corps que, dix-huit d

plus tard, j'allais terminer, i

carrière militaire. J'y ai, dai - ourtesp

peu paru, étant détaché près da .

dois même avouer que je n'ai porte m qu'une

seule fuis, pour la revue du

pas empêche la presse radicale donner et d<

conserver longtemps les surnoms varies de Révérend Père cuirassier et de cuirassier mystique.

Le gouvernement, vers le milieu de 1874, commençait à s'émouvoir des attaques que provoquaient mes discours. Le ministère du 2-4 mai, présidé par le da Broglie, avait été remanié aprts le vote du 20 novembre qui organisa le septennat et détermina la retraite éléments d'extrèrne-droite. Sa position était devenue chancelante. Le 10 mai, il tomba, renverse par les royalistes, sur une question de priorité pour la discussion de la loi constitutionnelle et la vice-presidence du Conseil (car le chef du pouvoir executif était, à cette époque, président du Conseil des ministres: fut coi au général de Cissey. déjà ministre de la Guerre, l'un

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