‹ Macaire; chanson de gesteChapitre 19 sur 91 · Deux vol. in-80, Amiens, Paris · texte numérisé non relu

Deux vol. in-80, Amiens, Paris

Iviij Préface.

« en plusieurs occasions donné des témoignages «< de son estime particulière. Un courtisan nom- •» mé Macaire l'assassina dans la forêt de Bondy. u Le chien d'Aubry ayant divulgué son crime. « un combat singulier entre cet animal et Mate Caire fut aussitôt ordonné par le roi Le

« chien ayant saisi Macaire à la gorge, le força M d'avouer son forfait, etc. »

Il est heureux pour la Somme d'avoir d'autres personnages à inscrire dans ses fastes. Elle se consolera plus aisément de perdre celui-ci.

La dissertation de Bullet était restée inaperçue, ou peu s'en faut, de 1771 à 1842 (•). il ne fallait rien moins qu'un chercheur comme M. Francisque Michel pour la remettre en lumière. Il n'y a pas manqué dans son savant mémoire sur la popularité au roman des Quatre Kils Aymon (i\ où il parle incidemment de notre poème, considéré alors comme à jamais perdu.

En 1844, un correspondant du Magasin Pitto- Tesque réveille aussi le souvenir de la dissertation

1, Voyez cependant Lcgrand à* K\x%%y, Fabliaux ou contes traduits ou extraits, y ta., Paris, 1839, t. I, p. 324 :

'lit l'auteur, qui se trouve répétée scrit ^up de livres, n'est qu'une fiction d'un

de no« vttuA luin^ns, bien antérieure au temps où on la place, puinqu'i! en cm parlé dins Albrric de Trois Fonuioes.

Voyei i\i'.'A ijuijurp, Histoire physique , civile et morale da emirons de Pans . sous la rubrique ; Montargis. L'hisloir ;>rlée ; mais Dulaure diien note : «t II

es: nbat est une fable, n

2. Inséré dam les Actes de l'Académie des sciences, belles lettres et arts de Bordeaux, IV** année, 184J, p. ^7.

Préface. lix

de Bullet, non sans ajouter beaucoup de son propre fonds aux arguments du savant Franc- Comtois. Il a remarqué que dix ans auparavant, le Magasin Pittoresque avait accueilli trop complaisamment la légende du chien de Montargis, et il le lui reproche avec une certaine véhémence dans deux lettres successives, où il examine la question, d'abord par le côté moral , et en second lieu par le côté historique. Ce critique le prend de haut; il ne badine pas, et l'on s'en aperçoit trop. « L'honneur de la France, dit-il , est (c en quelque sorte en jeu dans cette histoire « célèbre... Non! jamais la noblesse de France « n'aurait honoré de sa présence un pareil com-

« bat Et c'est sur un roi que l'on a surnom-

« mé le Sage qu'on voudrait faire reposer une si

« monstrueuse action!! Aussi n'est-ce pas

(( tant le chien qui importe au côté moral de cette « histoire : c'est le roi , c'est l'action du roi qui (.( est véritablement contre nature. »

Ces lettres ne sont point signées ; mais qui n'en reconnaîtrait l'auteur.? Elles sont de Joseph Prudhomme, à n'en pas douter (i).

Il faut croire qu'elles auront échappé aux investigations de mon ancien et excellent maître , M. Bouillet, pour qu'il ait permis à Aubri de Montdidier de se faufiler avec son chien dans ce Dictionnaire universel d^Histoire et de Géographie que tout le monde connaît et apprécie (2).

I. Magasin Pittoresque, 12e année, p. 346 et 394. 2. Voyez l'article Aubry de Montdidier, dont l'auteur dit que ce chevalier fut assassiné en 1 37 1 , près de Montargis, par un de ses compagnons d'armes, Richard de Macaire. Je ne sais où il a pu prendre ce prénom et cette particule.

Il Préface.

La Bioç,raphie portative universelle, qui n'est pas moins appréciée et qui est aussi d'un grand secours, a admis, il est vrai, Aubri de Montdidier dans ses colonnes ; mais elle a pris le soin de mettre le lecteur en garde par cet avertissement relatif au fameux duel : <« L'authenticité de « cet événement a été révoquée en doute par « plusieurs écrivains, entre autres par le savant « Bullet. »

On ne retrouve pas ce Cave cancm dans la Nouvelle Biographie universelle publiée par MM. Firmin Didot frères; mais, tout au contraire, l'écrivain qui s'est chargé de nous renseigner sur Aubri de Montdidier , encore qu'il juge bizarre l'idée du roi de faire lutter Macaire contre le chien accusateur, ne laisse pas, pour la faire passer, de la déclarer conforme aux mœurs du moven Age. « Celte tradition, ajoute-t-il, est « devenue le sujet de plusieurs ballades, et a t« donné lieu, en France et en Allemagne, à des « compositions dramatiques qui, sous le titre du « Chien de Montargis, ou du Chien d'Aubry et de « la Forêt de Bondy, ont attiré la foule aux bou- « levards parisiens, au théâtre de \'ienne et à « plusieurs autres théâtres de l'Allemagne. »

J'ai le regret de n'avoir pu retrouver la trace des ballades auxquelles fait allusion le biographe d'Aubri de Montdidier. Je n'ai pu davantage mettre la main sur le texte dont il s'est autorisé pour faire du lévrier d'Aubri un dogue , et pour allonge: le simple nom de Macaire, qui, sous sa plume est devenu Richard de Macaire (')•

I. Peut-éirc ce texte, quant au nom de Richard de Macaire, est-il timpleinrnt Ir dictionnaire de M Bouillet.

Préface. Ixj

La première édition de la Biographie universelle (Michaud) avait négligé Aubri de Montdidier; la seconde a comblé cette lacune et reproduit en substance le récit de Vulson de la Colombière, qu'on attribue par inadvertance à Montfaucon.

Ainsi , ni l'érudition de Bullet, ni la force des considérations morales développées par Joseph Prudhomme, n'ont pu venir à bout du chien de Montargis. L'invincible lévrier a triomphé d'eux comme il avait triomphé de Macaire , comme il triomphera de moi , hélas !

Aussi n'était-ce pas pour engager avec lui une lutte inutile, mais seulement par goût pour l'histoire littéraire , que je faisais paraître, en 1857, dans la Bibliothèque de l'École des Chartes ('), mes notes sur le manuscrit de la bibliothèque de Saint- M arc , où j'ai trouvé le poëme de Macaire. Ces notes n'ont pas été inutiles , qu'il me soit permis de le dire : M. Edouard Fournier s'en est servi pour faire connaître au pubhc qui le lit, et qui ne me lit point , l'origine de la fable du chien de Montargis (2). Elles ont peut-être provoqué aussi l'édition du poëme de Macaire qui vient de précéder la mienne.

Mais avant de parler de cette édition, et pour suivre Tordre des dates , il faut jeter un coup d'œil sur deux petits romans, rejetons tardifs et débiles qu'un reste de sève a fait sortir récemment encore de la vieille souche que je déterre. Par une évolution curieuse , la légende du chien de Montargis^ après avoir pénétré dans l'histoire,

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