t. Il, n" Î
:r dernière partie de l'anecdou
dot . dans un article de M. Cliaile.
Ricbôaune, dc)i cite ci-de»iui.
Préface. Ixxj
Si l'Angleterre n'a pas imité notre poëme d'aussi près que l'Allemagne , il n'en est pas moins sûr qu'elle l'a connu et qu'elle en a tiré parti. D'abord la cathédrale de Peterborough en possédait une version ou un extrait dont le texte était peut-être latin, à en juger par ce titre : Qualiîer Sybilla regina posiîa sit in exilium extra Franciam et quomodoMakayre occidit Albricum de Modisdene. Mais au delà de cette indication on ne sait rien du manuscrit auquel elle se rapporte. La bibliothèque dont il faisait partie est aujourd'hui dispersée ou perdue (i).
Une preuve plus complète et plus décisive de rintérêt que la chanson de la Reine Sibile a excité en Angleterre est l'imitation partielle qu'on en trouve dans un vieux poëme intitulé Sir Triamour. Cette imitation , bien qu'un peu dissimulée, n'en est pas moins manifeste. Elle a été reconnue et signalée par M. Ferdinand Wolf dani son mémoire sur la traduction espagnole de La Reine Sibile (-). Voici, en substance , la partie du poëme anglais qui se rapporte visiblement au nôtre :
« Aradas, roi d'Aragon, serait le plus heureux des rois s'il était père. C'est l'unique satisfac-
1 . « Les manuscrits de Peterborough , comme nous nous en sommes assuré nous -même, n'existent plus, » dit M. Francisque Michel à propos de l'indication ci-dessus, qu'il a relevée dans le catalogue des manuscrits de l'église de Peterborough, donné par Gunton à la suite de son histoire de cette église. {Mémoire sur la popularité du roman des Quatre Fils Aymon , —Actes de l'Académie de Bordeaux, IV^ année, 1842, note u*-', p. 90. )
Ixxi) Préfacf.
tion qui manq^ue à son bonheur et à celui de la belle Marguerite, sa femme. Pour obtenir cette faveur du ciel , il fait vœu d'aller en terre sainte, et part, laissant la reine grosse. Il a confié la garde de son royaume à son grand maître Marrock ; maisMarrock, loin de répondre à une telle confiance, s'éprend d'un amour criminel pour la reine. Il est éconduit, feint de se repentir, mais au fond de l'âme jure de se venger. A son retour, le roi, dont le pèlerinage a été on ne peut plus heureu.x, se réjouit de voir qu'il a été exaucé d'avance. Mais Marrock lui persuade que l'enfant auquel la reine va donner le jour est le fruit d'un commerce coupable. Marguerite, dit-il, a trompé sa surveillance; il l'a trouvée dans les bras d'un chevalier inconnu auquel il a tranché la tète de sa main. Le roi veut c^u'elle expie sa trahison par la mort; Marrock lui conseille de la condamner seulement à l'exil. Marguerite est donc bannie. Elle part sous la conduite d'un vieux chevalier, sir Roger, lequel avait pour compagnon habituel un lévrier C^reyhound) qu'il avait élevé et dont il était très-aimé.
'< Marrock les rejoint bientôt avec une bande d'affidés, (^ui tombent pour la plupart sous les coups de sir Roger ; mais le vieux chevalier, attaqué par derrière, tombe à son tour pour ne plus se relever. La reine s'est réfugiée dans un Dois, où Marrock et quatre des siens qui survivent ne peuvent réussir à la retrouver.
« Le lévrier demeure auprès du corps de son maître, qu'il recouvre de mousses et de feuilles. Marrock revient à la cour, et la reine, conduite par la Providence , arrive en Hongrie, où elle
Préface. Ixxiij
accouche d'un fils. Elle est recueillie par un chevalier hongrois qui lui donne l'hospitalité dans son château. L'enfant est baptisé sous le nom de sir Triamour.
«Cependant, sept jours après la mort de sir Roger, son lévrier, poussé par la faim, apparaît tout à coup au palais du roi d'Aragon, à la grande surprise de tous , et particulièrement d'Aradas, qui ne s'explique point ce retour inattendu. Le chien reçoit sa pitance, disparaît, puis revient une seconde , une troisième fois. Cette fois , Marrock est là. Le lévrier lui saute à la gorge, le mord et s'en retourne auprès de son maître. Il est suivi , fait découvrir le corps de sir Roger, et du même coup le crime de Marrock. Sir Roger est enterré , et le fidèle lévrier meurt quelques jours après sur sa tombe. Marrock est traîné et pendu. ^>
Telle est la partie du poëme anglais où l'auteur s'est certainement aidé de la chanson française qui nous occupe. Quant au reste, les deux récits ne se ressemblent que par le dénoûment , 0X1, après une longue suite d'aventures, Aradas retrouve Marguerite et son fils, auquel il a sauvé la vie sans le connaître (').
De nos jours, Walter Scott a aussi mis à profit l'histoire du chien d'Aubri, qui n'était pas inconnue à sa vaste érudition. Il y a fait une allusion très-claire dans le Talisman, ou Richard en Palestine (chap. XXI V\
I. Voyez les Spécimens of early engUsh meîrical romances^ by George Ellis. London, 1848, p. 491-J05.
Ixxiv Préface.
«V Dans votre propre pays, mon frère, dit Richard au roi de France, une affaire semblable a été décidée par un combat solennel entre l'homme et le chien , comme appelant et défendant. Le chien fut victoricu.x , l'homme confessa son crime, et il fut puni de mort. — Je sais, mon frère, répondit Philippe, qu'un combat semblable a eu lieu sous le règne d'un de nos prédécesseurs, à qui Dieu fasse grâce ; mais c'était dans un temps déj.\ éloij»né de nous ('\ »
Par conséquent, Walter Scott entendait parler de la légende primitive, non de la version 3ui place l'histoire au temps de Charles V, et sans oute il avait relevé le fait dans la chronique du moine de Trois- Fontaines.
L'auteur du mélodrame The Dog of MonîargiSy représenté pour la première fois sur le théâtre de Covent-Garden le 30 septembre 1814, n'était pas allé si loin en chercher le sujet. Cette pièce n'est ou'une imitation avouée de la pièce française (Je Guilbert de Pixerécourt (').
Ainsi, on peut l'affirmer de science certaine, la chanson de la Reine Sibile ou de Macaire, en même temps qu'elle obtenait en France un succès prodigieux, se répandait ù l'étranger, était connue, traduite, imitée, en Italie, en Kspagne, en Hollande, en Allemagne, en Angleterre.
Méritait -elle tant d'honneur .'* C'est une question résolue si l'on ne consulte que le goût des
I Traduction t)efjucnrprrf.
a Tht Oog of Mont. ' ' - ■ r.f liondy, a mclo-
drama ifl twoacti. (Ad.i. n., Lacy's acting
rdttion. Loodfcs, uns date.
Préface. Ixxv
contemporains. L'un d'eux, le moine de Trois- Fontaines, déjà cité, déclare cette chanson fort belle, pulcherrimam ! et c'est au point de vue littéraire qu'elle lui apparaît ainsi ; car, en sa qualité d'historien, il n'en est guère satisfait : il y trouve bien des faussetés. A cet égard , je n'éprouve aucun embarras à me ranger de son avis ; mais sur le premier point, j'ai peine à prendre parti pour ou contre lui.
Me mettre de son côté, c'est me compromettre aux yeux de ces sévères historiens de la littérature qui se demandent gravement et à priori si le beau a pu exister au moyen âge.
Ne point partager son sentiment , c'est entreprendre de prouver que ce qui a plu n'a pas dû plaire. J'en ai le droit, je le sais ; j'entends même répéter chaque jour que ce droit, celui de la critique, est imprescriptible. Mais pourquoi critiquer cette vieille chanson ? Pourquoi me montrer plus difficile que ceux qui, pendant des centaines d'années, l'ont écoutée ou lue avec plaisir.? Outre que je me sens un grand fonds d'indulgence pour ce trouvère inconnu auquel je me suis comme associé, dont je suis presque devenu le collaborateur, j'ai peur de m'armer contre lui de certains principes ignorés de son temps, de certaines règles qu'on ne connaissait point. Ma tâche serait simple si j'avais réussi, comme tels experts en littérature, à me faire du beau un type idéal et à y rapporter tout. Ils procèdent à leur aise , à peu près comme ces vérificateurs des poids et mesures, qui , munis de leur étalon , n'acceptent que les litres ou les mètres qui s'y ajustent. Le malheur est que l'étalon me man-
Ixxvj Préface.
que et que je ne sais oCi le trouver. Je dois reconnaître, cependant , pour rendre hommage à la vérité et pour ne point m'aitirer de fâcheuses affaires, qu'à prendre pour type VlliMic ou VEnéuie, la chanson de U Reine Sihile me parait fort loin d'en approcher; mais, en icvanche, elle m'offre plus d'intérêt (Dieu me pardonne!") que la Thébaidc de Stace. C'est de la conception seule qu'il s'agit, bien entendu ; de la forme du poème, je n'en puis parler, à moins de juger celle que je lui ai aonnée. Et si l'on me demande ce qui m'intéresse particulièrement dans celte rapsodie, voici ma réponse :
Ce n'est pas l'hérome, celle victime innocente bien digne assurément de la noble compassion qu'excite toujours le spectacle de la vertu aux prises avec le malheur, mais par cela même se taisant un peu tort en ce qu'elle tombe dans le lieu commun, en ce qu'elle est un type de tous les temps, de tous les pays, de toutes les littératures.
Ce n'est pas davantage Charlemagne, qui prête plus à rire qu'à pleurer, et qui rappelle trop Sga narelle.
Ce n'est pas non plus le fameux duel du lévrier contre le meurtrier de son maître , encore que l'invention soit singulière et ait fait un assez beau chemin dans le monde. A mon gré, on ne pouvait mieux s'y prendre pour rendre le duel ridicule que d'imaginer celui là, en sorte qu'on peut se demander si l'auteur a voulu démontrer r ce de cette procédure ou la tourner en . .. j,n.
Ce n'est pas enfin le traître, quoiqu'il me soii
pRÉFACK. Ixxvij
cher, ce bon traître du moyen âge, ce traître de regrettable mémoire , trop naïvement scélérat, trop niaisement pervers pour donner à personne l'envie de lui ressembler, et, quoique je déplore la transformation qu'il a subie de nos jours pour devenir un rusé, un madré, un spirituel coquin, pour se changer enfm de Macaire tout court en Robert-Macaire (').
Ce qui m'intéresse ;, c'est le personnage de Varocher, de ce brave bûcheron, si compatissant, si honnête, si dévoué, qui dans l'accomplissement des devoirs que sa générosité s'impose, se révèle à lui-même, se sent grandir, se juge de taille à être chevalier, veut le devenir, le devient, et se montre digne de ceindre l'épée et de chausser l'éperon d'or.
On dirait que notre poëte a tracé d'avance le portrait d'un de ces enfants du peuple, d'un de ces paysans à l'écorce grossière, mais à la sève généreuse , au cœur chaud et héroïque, que la France moderne a vus plus d'une fois conquérir une épée et se montrer capables des mêmes vertus, des mêmes exploits que les plus hauts barons dont l'histoire ait gardé le souvenir.
Une telle figure dans une œuvre de ce temps-ci serait encore faite pour plaire, pour exciter l'admiration, mais non certes la surprise. Dans la littérature des temps féodaux, elle produit l'effet d'une découverte. Passe encore s'il s'agissait d'un bourgeois ; mais Varocher n'est qu'un vi-
ï . Cette transformation a été déjà indiquée et expliquée dans la préface de Gui de Nanteuil.
Ix.wnij Préface.
lain , de la plus humble et de la plus pauvre condition , un homme de rien , un truand , un sauvage, comme il est qualifié en propres termes par l'un des chevaliers de la suite du roi de Hongrie.
Il ne manque pas, sans doute, dans nos chansons de geste , de personnages qui partent de très-bas pour arriver très-haut ; mais ils ne s'élèvent pas comme Varocher ; ils se relèvent, et , dès lors , toute analogie entre eux et lui disparaît et s'efface , à ce point de laisser apercevoir , si l'on veut , une différence totale, une entière opposition.
Le fameux Rainouart au Und , par exemple, ce Rainouart que Dante a mis en Paradis, où le trouvons-nous avant ses exploits? Dans une cuisine, au-dessous des marmitons dont il est le jouet et le plastron. Mais, à la fin, il se découvre ou'il est fils de roi. Quelle conclusion tirer de là, sinon la confirmation du proverbe : bon sAng ne peut mentir '!
Robastre, l'homme à la cognée, dans le poème de Gaufrey , débute par être charretier et finit par devenir roi de Hongrie. Mais il a pour père un lutin, le lutin Malabron, doué d'un pouvoir féerique qui le place entre les rois et [)ieu Une telle naissance oblige plus encore que noblesse.
Le laboureur Gautier , dans Gaydon, est aussi rustre qu'on le puisse désirer de manières et de
1 et ne laisse pas pour cela de sentir et
Ci ..$cz noblement C'est que d'origine il
est noble , en effet. Gautier est un petit gentil-
Préface. Ixxix
homme déchu et qui a pris de mauvaises habitudes dans la vie rustique. Il n'est pas né trèshaut, il est vrai, mais enfin il est né.
La création de semblables personnages a donc tout au moins une signification ambiguë, et si l'on n'y veut pas voir un artifice pour faire mieux ressortir les avantages de la naissance , il y faut reconnaître une précaution jugée nécessaire par les écrivains du temps pour pouvoir attribuer un beau rôle à des acteurs populaires ou présentés comme tels. Ici on n'a pas à choisir entre ces deux suppositions. La naissance de Varocher les supprime, puisqu'il est vilain de père et de mère. C'est un type complet, c'est un caractère dont l'idée et même l'exécution font honneur à notre poëte, qui l'a tracé à grands traits, mais d'une main heureuse, sinon exercée. Il est à noter que cette figure toute française a disparu dans les imitations allemande et anglaise dont nous venons de parler.
Comme Varocher met son cœur et son bras au service d'une reine et d'un empereur, il ne pouvait trop déplaire aux grands, et, d'un autre côté, son origine lui assurait une nombreuse clientèle dans les rangs inférieurs. Il y a donc lieu de croire qu'il dut beaucoup contribuer au succès de l'ouvrage où il tient une place si honorable.
A part l'invention de ce personnage, qui me paraît original, c'est une question difficile à résoudre que celle de savoir ce qui appartient en propre à notre poëte , ce qu'il a pu emprun-
Ixxx Préface.
ter soit ù Inistoire, soit à des récits légendaires antérieurs au sien.
S'il en fallait croire le moine de Trois-Fontaines, Théroine de ce récit ne serait autre c^ue la fille de Didier, roi des Lombards, répudiée par Charlema.;nc après un an de mariage ; celte répudiation aurait été le germe de la chanson de la Reine Sibilc ^'). Il est très-vrai que Charlemagne, en 771 , répudia la seconde de ses neuf femmes, Désirée, tillc de Didier, un an après l'avoir épousée ; mais on n'a jamais su pourquoi, et le moine de Trois-Foniaines en convient luimême : incertain qaa de causa. Dès lors , comment sait-il si bien que c'est Désirée qui a été chantée sous le nom de Sibile.'' Pourquoi Désirée plutôt qu'Himilirude , aussi répudiée avant elle .'' Il y a grande apparence que le bon moine, cherchant à rattacher les chansons de geste à l'histoire véritable, aura imaginé cette attribution on ne peut plus douteuse. L'auteur de la chanson de la Reine Sibilc n'avait pas plus en vue Himilirude que Désirée, et s'il eût été de l'école de Chrestien de Troyes, son héroïne serait sans doute la femme du roi Artus au lieu d'être celle de Charlemagnc. H s'est proposé simplement d'intéresser aux malheurs d'une reine injustement accusée et punie, dont l'innocence est à la fin reconnue. Voilà le thème de son ouvra^;c et de bien d'autres qu'il faudrait pouvoir comparer et classer historiquement pour savoir d'où part l'idée qui en fait le fond, et ce
1 Voyez ci-dmui, p. III.
Préface. Ixxxj
qui revient à chaque pays , à chaque auteur, dans les développements qu'elle a reçus, dans les récits divers auxquels elle a donné lieu. Un savant danois, M.Svend Grundtvig, s'est donné cette tâche, et si la difficulté du sujet ne lui permettait pas de l'achever, il paraît du moins l'avoir poussée très-loin. C'est un bon juge, M. Ferdinand Wolf, qui lui rend ce témoignage (i).
« Depuis que j'ai fait connaître, dit M. Wolf, la version espagnole de la Reine Sibile , cette légende a été l'objet de savantes recherches qui en ont montré le rapport plus ou moins intime avec beaucoup d'autres récits répandus dans toute l'Europe. Je citerai surtout les travaux de M. Svend Grundtvig, qui a traité le sujet de la façon la plus complète et la plus approfondie dans son excellente collection des Chants populaires du Danemark. Il ne s'est pas contenté de faire connaître les chants populaires danois, islandais, et des îles Feroë qui s'y rattachent; il a de plus, dans son introduction, rassemblé et soumis à la critique toutes les traditions historiques ou légendaires du même ordre, tant celles qu'on connaissait que celles qu'il a découvertes. A la fm de cette recherche, conduite avec une vaste érudition et une grande sagacité , il en résume ainsi les résultats :
(( Il serait très-intéressant que quelqu'un nous donnât une explication satisfaisante de la connexion qui relie entre elles les formes si diverses de la légende ; mais le moment , je crois, n'est pas encore venu pour cela. Toutefois, et à titre
1. Voyez le mémoire précité de M. Wolf (Vienne, 1857, tirage à part, p. 6).
Macairc, f
Ixxxij Préface.
de simple essai . je veux tenter ici de montrer le ch'*"'" "lie celle légende a suivi dans ses pérégi: .. et d'indiquer coinmcni elle s'est développée et ramifiée
M Elle était primiiivement commune ;\ plusieurs tribus t^othiques, telles que celles des Langobards 'gat et des Krancs. Far ces
derniers, i :r ui d'abord appliquée à l'ancien duc des Francs Hugo le Hugon de la légende d'OZ/i'ii . puis transportée de celui-ci à Hugo Theodoricus, qui devint en Allemagne Hugdietrich, et plus tard ^ quand les légendes Iranques Cl ostrogoihiques se furent confondues ou provisoirement mêlées ) à un Dielrich de Rome (poème de Crescfntia)^ et par là au personnage purement poétique de Dielrich de Berne. Pendant quelle prenait racine en France et en Flandre, où elle trouvait de nouveaux supports Char lemagne— Geneviève), la légende se propageait en Allemagne à la faveur d'une chanson populaire qui célèbre Dielrich de Berne et son épouse Gudalind Gunild ;elle trouvait accès en Angleterre, en Danemark, en Isla! ' ' iu.\ ile> Feroc. Kn Allemagne, elle fut i,^ , * d'abord à Richarda ; plus tard, à Cunégondeet Henri, d'oîi les Anglais prirent texte pour 1 porter à
Gunild et Henri, auxquels succé me Fli-
nor ti un Henri. Pendant ce temps, la version aiksiande en l't des traits nouveaux aux
rédu françdi : :: Danemark, on adopta la rurrittion anglaise de Gunild et Henri, mais on r.' Henri le Lion, cl, à la fm.
o:. ; . .,-i - . attache historique. Fn Is-
lande et aux lies Fero*, on conserva les noms
Préface. Ixxxiij
de Dietrich et de Gunild , mais le fond de l'histoire se modifia sensiblement sous l'influence de la légende de Cunégonde. »
Tel est le résumé des recherches de M. Svend Grundtvig. Il y manque, pour le rendre clair, le détail de ces recherches mêmes ; mais on peut le trouver dans l'ouvrage du savant danois. Ce qui y manque encore plus, pour le rendre sûr et concluant, ce sont des dates. Réussira-t-on jamais à combler cette lacune? J'en doute fort. Quant à présent , il est impossible de marquer la place qu'occupe historiquement notre poëme dans cette série de récits de la même famille, mais d'une famille si mêlée qu'on n'y peut reconnaître ni les degrés de parenté ni les affinités. Notons seulement, d'après M. Grundtvig, que si la légende objet de ses recherches n'est pas d'origine française, elle a été du moins marquée en France d'un cachet particulier dont on retrouve l'empreinte en Allemagne.
L'épisode du chien doit-il être mis au nombre des embellissements que le fond de l'histoire aurait reçus chez nous, et peut-on en faire honneur à notre poëte ? Bullet ne l'a pas cru ; il prétend que le chien d'Aubri descend en droite ligne du chien de Pyrrhus. <( Je crois, dit-il, avoir trouvé dans Plutarque l'histoire véritable ou fausse qui a donné lieu à la fable du chien de Montargis. Je la rapporte suivant la traduction d'Amyot. Les grâces naïves et touchantes de son ancien langage valent bien les expressions froides et compassées du nôtre (') :
I . Traité : Quels animaux sont les plus aàvisez, ceulx de la terre ou ceulx des eaux.
Ixxxiv Préfacf.
u Pyrrhus, allant par pays ^ rencontra un chien qui gardait le corps de son maistrc que Von avoit tué. et , entendant des habitans qu'il y avoit déjà trois jours qu'il estoit auprès sans en bouger et sans boire ny nungery commanda que l'on enterrastle mort et qu'on amenast le chien quand et luy, et qu'on le traitast bien. Quelques jours après, on vint â faire la monstre et reveue des gens de guerre, passans }>ar devant leroy, qui estoit assis en sa chaire, et avoit le chien auprès de luy, lequel ne bougea aucunement, jusquesà ce qu'il apperceut les meurtriers qui avoient tué son maistre, ausquels il courut sus incontinent avec grands abbays et grande aspreté de courroux, en se retournant souvent devers Pyrrhus ; de manière que non seulement le roy, mais aussi tous les assistans, entrèrent en suspicion grande que ce dévoient estre ceulx qui avoient tué son maistre : si furent arrestez prisonniers, et leur procez fait là-dessus, joinct quclaucs autres indices et présomptions que l'ont eut d'ailleurs à l' encontre d'eux ; tellement qu'à la fin ils advoucrent le meurtre et en furent punis. >»
« Un chien attaque les meurtriers de son maître en présence de Pyrrhus : sur cet indice et sur d'autres présomptions, ce roi les fait arrêter. On leur fait leur procès; ils sont forcés d'avouer leur crime; ils en sont punis : voilà le fond de l'histoire de celui de Montargis. ••
Sans doute, c'est le fond de Ihistoire, et il n'cSl pas impossible que notre poète ait mis à profit l'anecdote rapportée par Plutarque et répétée pai Tzetzés tcrs le temps m^me oiJ fut com-
Préface. Ixxxv
posée la chanson delà Reine Sibile (ij; mais, cela même admis , il faut reconnaître que Finvention du fameux duel transforme le chien de l'antiquité en un chien du moyen âge et donne à sa fidélité une couleur tout à fait locale. On peut douter du mérite de cette invention, mais il est surabondamment prouvé qu'elle frappa beaucoup et fut très-goûtée. Sans parler des bonnes gens qui y ont ajouté foi depuis le XI P siècle jusqu'à nos jours, et pour rester au point de vue littéraire , deux auteurs au moins, certainement postérieurs au nôtre, l'ont trouvée si heureuse qu'ils l'ont imitée.
L'un d'eux surtout eût sagement fait de n'y point songer : c'est celui qui s'avisa de substituer au chien un champion fort peu digne d'un tel rôle, un singe. Dans la version en prose et très-amplifiée du poëme si connu d^Amis et Amiles , l'histoire des deux compagnons se prolonge fort au delà de leur mort. Ils ont été tués tous deux par Ogier en Lombardie; Lubias, femme d'Amis , apprend cette nouvelle et va la porter à Bellissant, veuve d'Amiles,qui a laissé deux enfants : Anceaulme et Florisset. Lubias empoisonne Bellissant, s'empare des enfants d'Amiles et veut les faire noyer. Ils sont sauvés par deux cygnes. Un singe aussi s'intéresse aux jeunes héritiers d'Amiles , et prouve le crime de Lubias en combattant contre Lambert son champion, qui est ignominieusement vaincu (2).
1 . Dans la quatrième Chiliade , où Tzetzès dit que pareil trait s'était renouvelé de son temps,