Voyez le récit de ce combat dans l'édition de Verard
fol. LXXIIU-LXXVII.
IxxxTJ Préface.
Celte première imitaiion a été signalée pai Gaillard comme un emprunt fait par le roman à l'histoire; car il admettait u le tait rapporté et prouvé dans les Monimunts de la nionaniiie jiançotse de Dom Montfaucon. » Après l'avoir rappelé, il ajoute : <« Dans le roman, c'est un singe au lieu d'un chien qui combat et qui est vainqueur, ce qui est encore moins naturel. H est •' l'auteur du roman donne à ce singe une ,,cnce qui n'est guère que le partage des hommes, et surtout un attachement pour ses maîtres qui est bien plus le partage des chiens. Une autre circonst.ince particulière au roman, et qui n'est pas heureuse, c'est que le singe ne combat que contre un champion , au lieu que le chien avait combattu contre l'assassin même. La plupart des autres circonstances concernant le choix des armes et les précautions prises pour que ni l'homme ni l'animal n'eussent l'un sur l'autre, autant qu'il se pourroit, aucun avantage, sont â peu près les mêmes dans l'histoire et dans le roman ; et le romancier assure que de son temps l'histoire de ce combat était représentée sur les murs de la grande salle du palais à Paris, comme celle du combat du chien l'est au château de Montargis. C'est ce qu'il est impossible de vérifier aujourd'hui quant au combat du singe, la grande salle dont il s'agit, et qui était ornée de peintures et de sculptures, ayant perdu tous ces ornements dans l'incendie du Palais du 7 mars 1618
I. Hiitoirt de Charltmaene^ in-8\ Pirit, 178a. t. 111. p. <88 490. Voycx jusii Tnt Hutory of fiction^ by Jonn Dut-
Préface. Ixxxvij
La seconde imitation est constatée d'abord par la grande et gracieuse enquête que firent le curé et le barbier dans la bibliothèque de Don Quichotte. « Bénédiction ! dit le curé en jetant un grand cri, vous avez là Tirant le Blanc. Donnez-le vite, compère, car je réponds bien d'avoir trouvé en lui un trésor d'allégresse et une mine de divertissements. C'est là que se rencontre Don Kirie- Eleison de Montalban , un valeureux chevalier, et son frère Thomas de Montalban, et le chevalier de Fonseca , et la bataille que livra au dogue le brave Detriant, etc. (<). »
Dans un Catalogue général des romans, ouvrage manuscrit du philologue Ritson, qui a appartenu à Heber et qui est aujourd'hui au Musée britannique , on lit à propos de Tirant le Blanc : « L'auteur fait battre son héros avec un chien, et cette lutte singulière est racontée dans Montfaucon comme un événement réel survenu en
Voilà donc notre poëte plus imité qu'imitateur, car le rapport est manifeste entre le duel qu'il a imaginé et ceux qu'on retrouve après lui dans les ouvrages précités ; rien ne démontre, au contraire , qu'il ait tiré parti de l'anecdote rapportée par PÎutarque et rappelée par Tzetzès.
lop, Edinburgh, 1816, deuxième édition, t. I, p. 434-429, et le premier mémoire précité de M. Wolf , p. 1 37-n8, à la note.
I ■ Traduction Viardot.
2. Je tire ce renseignement des Notes extraites de la Biblioîheca Grenvilliana publiées dans le Bulletin de V Alliance des arts, éd. pet, in-8, 1842-43, p. 302. — Voyez sur Tirant le blanc le Manuel du Libraire de M. Brunet.
Ixxxviij Préface.
H a pu tout aussi bien et beaucoup mieux connaître le fait analogue mais nullement identique que raconte saint Ambroise dans son Ihxamcron{>], et qu'il fait précéder de cette généralité : «(Les chiens ont souvent fourni des preuves évidentes contre des homicides , et la plupart du temps on en a cru leur muet témoignage ; » propositions un peu excessives sans doute, mais dont retendue même prouve que dans l'épisode du chien d'Aubri c'est le duel qui est le trait saillant , que le reste n'a rien de particulier et était du domaine commun bien avant notre poète.
Aussi n'est-on pas peu surpris de trouver la mention de ce duel accolée au récit de saint Ambroise dans un historien anglais du moyen
I. Srpe nects illatz evidentia canes ad redarguendos reos j i. ., --odiderunl, ut muto eorum testimonio picruinquc n. Antiochiat fcrunt in remoiiori parte urbis crépu- i; o nrcatum virum , qui canem sibi adjuncium haberei. Milei quidam prjrdandi studio tninister czdis extiterat : tectus idem ' ' !C diei exordio in alias partes con-
cesserat ; jium cadaver, frcouens spcctantium
vulgus asulji . cjnis questu lacrymabili domini dcflcbat jprumns»»i F^rt^ \% qui necem intulerat (ut se habet versutia hum: o convcrsandi in medio authoritate pir-
»um; ret innocenti*, ad illam circonspectantis
popi , et velut miserans appropinquavit
au ' 'jurstrato paulirr^ qtip«;tu doloris ,
'^nu «uumpsti , atque apf: trnuit , et
igo quodam murrabilr carmr: urans, uni-
vmo« convertit in lachrvmas, fidem que probationi detulit,
ouod joîtim frr.'.iit n t\i;r:(T'.i'. nrc (!imi\if firnidiir pcrtUT-
' odii ,
,..i. .,»;». . ;, .(iiia
' (Dm Amtrpsii opéra, titka'7tf* Il , IIP. «I, iii-i'ji , I Jii», I5(9i P- S82, col. 2.)
Préface. Ixxxix
âge, Gerald de Barri ou Gerald le Cambrien, qui emprunte mot pour mot à VHexameron l'histoire du chien d'Antioche, en indiquant la source à laquelle il la puise, mais la complète ainsi de son chef, sans aucun avertissement , et comme s'il continuait à la transcrire (') :
Ob tanîam igitur et tam vehemenîem homicidii pr^sumpîionem {milite tamen constanter inficiante') jiidicatum est duelio rei certitudinem experiri, in campo itacjue constitutis, et vulgi circumstante corona^ hinc cane dentibus armalo, illinc baculo cubitali milite munito : tandem cane victore victus homicida succubuit et ignominiosam publico palibulo pœnam dédit (2).
Si l'on veut savoir où Gerald de Barri a pris ce supplément dont il gratifie avec tant de discrétion l'auteur de VHexameron, la question n'est pas difficile à résoudre : c'est à notre poëme qu'il a fait l'emprunt. Ce bâton dont il sait si bien la longueur, ce baculam cubitale, voici les vers qui lui en ont donné la mesure :
Et in sa man H dono un baston Qe de un braço estait voire Ion (3),
Et où et comment a-t-il pu lire ou entendre réciter la chanson de Macaire ou de la Reine Sibile?
1. Il en efface seulement les derniers mots , la conclusion, depuis : crimen diutius nequiviî refellere.
2. Giraldi Cambrensis Itinerarium Cambriae , lib. I , Londres, in-i2, 1585, p. 124-125.