‹ Macaire; chanson de gesteChapitre 26 sur 91 · I. Voyez ci-dessus, p. xiii · texte numérisé non relu

I. Voyez ci-dessus, p. xiii

xcv) Préface.

moyen Age. Dans le premier cas, nulle difficulté : il recevait , comme un simple jongleur, soit les deniers des petites gens , soit les livraisons en nature que lui offrait la générosité des grands, et qui consistaient d'ordinaire, on le sait, en robes, en manteaux, en vêtements confectionnés, parfois même en roussins ou en mulets. Or, s'il recevait en ce genre au delà de ses besoins , ce qu'il faut bien croire, notre auteur devait se transformer, pour écouler sa recette, en marchand d'habits et en marchand de chevaux. Il se trouvait, à l'égard du public, dans la situation où l'usurier place l'emprunteur en détresse auquel il fait un prêt partie en argent , partie en objets divers à liquider, par exemple, en paletots ou en redingotes, à moins qu'il ne préfère lui offrir quelque peau de lézard , « curiosité agréable pour pendre au plancher d'une chambre ».

ûue si l'écrivain voulait se soustraire à ce trafic, il y a toute apparence qu'il traitait avec les jongleurs en leur vendant le manuscrit de son ouvrage pour le débiter à leurs risques et périls ; car, comme il n'avait nul moyen de contrôler leur recette, il ne pouvait guère s'en réserver une part pour ses droits d'auteur.

A ' par ce que nous savons du succès

de la L ;. de Miicairc, on peut croire qu'elle

enrichit le trouvère auquel on devait le plaisir de i'cntcndre,on qu'elle valut à ses éditeurs un grand nombre de manteaux et de roussins. En sus de quoi, si insensible à la gloire qu'on le suppose, il dut quelque peu s'applaudir de son heureuse veine, et, s'il pouvait aujourd'hui se réveiller, il aurait sujet d'eue bien plus fier encore en voyant

Préface. xcvi j

la place qu'il a conquise dans les souvenirs de la postérité.

J'aime à penser qu'en ce cas la présente édition lui serait agréable, en dépit des imperfections qu'il ne manquerait pas de me reprocher, et je me persuade qu'il m'en saurait d'autant plus de gré que je n'en prétends tirer ni le plus petit manteau ni le moindre roussin.

D'un ouvrage jadis si répandu et dont la vogue a été si grande il ne reste plus aujourd'hui qu'un seul manuscrit complet, et quel manuscrit ! Encore n'y a-t-il pas longtemps qu'on le connaît. En 18^3, M. Wolf souhaitait qu'on retrouvât l'original français de l'histoire espagnole de la Reyna Sebilla. Trois ans plus tard, M. de Reiffenberg commençait sans le savoir à exaucer ce vœu en publiant les fragments de la seconde version de notre poëme dont j'ai déjà fait mention et que je reproduis ci-après. Mais c'est en 18^6 seulement que j'ai reconnu à Venise l'existence du texte que je publie. Je l'ai signalé en 1857(1) d'après des notes prises à la hâte, mais suffisantes pour le but provisoire que je me proposais. Mon dessein était dès lors de recueillir cette épave littéraire dans la collection des Anciens Poètes de la France. Elle y prend place aujourd'hui, et je comptais bien que mon édition serait la première, voire à jamais la

I. Notes sur un manuscrit français de la bibliothèque de Saint-Marc. (C'est le Ms. français coté XIII. ZZ. 3.) Bibliothèque de l'Ecole des Chartes , lye série , tome III , p. 394-414.

Macaire. g

xcviij Préface.

seule; mais c'était compter sans l'Allemagne, qui nous dispute avec tant de zèle et souvent de succès le soin d'étudier les origines de notre langue et de notre littérature. Un jeune professeur de l'université impériale devienne, M. Adolf Mussafia, a publié dans ces derniers temps deux des poèmes italianisés de la bibliothèque de Saint-Marc que j'avais indiqués comme de curieux témoins de notre ancienne intluencc : la Pnse de PampeluneeX la chanson de Afiica/r^('). Il a bien fait dans l'intérêt de nos communes éludes, et rienau'àce titre il aurait droit à mes remerciments, si son extrême courtoisie ne méritait encore de ma part une gratitude plus personnelle. M Mussaiia, quia dédié son volume à un des maîtres de la philologie romane, a bien voulu me faire partager cet honneur en associant mon modeste nom au nom illustre de Frédéric Dietz, Je me féliciterais davantage de ce rapprochement si je pouvais le croire mérité, et si je ne savais combien M. Dietz a sujet de s'en plaindre La publication de M Mussafia est venue assez tôt pour que la mienne ne fût plus la première ; elle est venue trop tard pour que son travail pût nj'ètre profitable, et c'est là seulement ce que je regrette Knire son texte et le mien on pourra noter çà et là Quelques différences, heureusement légères, dont les unes tiennentàun parti pris * .

I Alifri" •'•■'• Grdichte au» Venpzianischcn Hand Khfiffn. -ben von Adolf Mussafia. i vol. in-H

] vers, évidemment intervertis, selon moi,otii

été replace:, jjiii leur ordre naturel ; quelques leçons inn tdligibles ont été corrigées ; enfin quelques éléments du

Préface. xcix

mais dont d'autres doivent marquer de petites inexactitudes de transcription, et ici je suis disposé d'avance à tenir ces erreurs pour miennes et à les prendre à mon compte. J'ai fait ma copie à Venise en quelques jours, avec l'aide de mon confrère et ami M. de Montaiglon , et malgré l'attention que nous avons apportée à ce travail rapide, il y a tout lieu de croire que M. Mussafia, qui a eu à Vienne le manuscrit de Venise à sa disposition et qui était ainsi dans de meilleures conditions que nous, soit pour la transcription, soit surtout pour la révision des épreuves, a dû être plus rigoureusement exact. Ce que j'en dis d'ailleurs est par simple scrupule, le sens demeurant le même quand çentilment , par exemple , se trouve d'un côté écrit par un a et de l'autre par un e, double orthographe que le même scribe employait le plus souvent au moyen âge. Dans un texte comme celui-ci, qui ne peut jamais devenir un îesto di lingua, de telles différences ne sauraient tirer à conséquence.

M. Mussafia, dans la préface qu'il a mise en tête du poëme de Macaire, s'est surtout proposé d'en étudier le langage, ce langage étrange qui n'est ni du français ni de l'italien, qui participe de l'un et de l'autre, et qui, en somme, est un chef-d'œuvre de barbarie; mais la barbarie ellemême a sa grammaire telle quelle, et c'est là sans doute ce que le jeune philologue a voulu constater. Il me paraît y avoir aussi bien réussi que le sujet le permettait.

texte réunis par M. Mussafia sont séparés à dessein dans ma lecture.

c Préface.

Pour moi, dans le temps où M. Mussalia se livrait à celle élude, j'entreprenais, non de considérer en lui-même le langage de noire poëme, mais de l'examiner par comparaison avec le français des chansons de geste de la (m du Xll' siècle ou du commencement du siècle suivant, de rechercher en quoi il s'en rapproche, en quoi il s'en éloigne au point de vue du vocabulaire, de la grammaire, du mètre, ei d'en faire à ce triple pomt de vue une sorte de commentaire perpétuel. En d'autres termes, je m'imposais la liche de montrer quelles altérations, et combien profondes, le compilateur de Venise a fait subir au poème qu'il avait sûrement sous les yeux. De là l'essai de restitution que je propose au lecteur à côté du texte franco-vénitien.

Si j'avais pu penser que ce texte fût cniièrcment l'ouvrageae l'Italien qui l'a écrit, mon entreprise serait tant soit peu puérile; elle consisterait seulement à ouvrir une sorte de concours entre nous deux, et ne tendrait qu'à monirer jusqu'à quel point me sont plus familières qu'à lui et notre ancienne langue et notre ancienne versification. Mais persuadé comme je le suis que le MacAÏre de Venise correspond à une chanson française aujourd'hui perdue, j'ai pu raisonnablement, j'aime à le croire, tenter ac la retrouver, ou du moins d'en reconstituer une qui s'en rapprochât, afmdcme donner plus de chance de faire partager mon seniimenl, afm de rendre mon hypothèse plus acceptable, en lui donnant un corps.

J'ai pris plaisir, je l'avoue, à cette étude, à ce jeu d'érudition, de patience, si l'on veut ;

Préface. cj

mais ce n'est point par caprice que je m'y suis laissé entraîner. Ce n'est pas non plus par simple conjecture que j'ai cru à l'existence du modèle dont notre poëme n'est à mes yeux que la copie défigurée. Ce poëme fût-il le seul en son genre, à n'en considérer que la forme, puisque le fond ne peut faire question, on serait déjà peu disposé à y voir une composition entièrement originale; mais on s'y sent encore moins enclin quand on sait que sur les rayons de la même bibliothèque et ailleurs reposent des ouvrages analogues, lesquels, vérification faite, ne sont que d'anciens poèmes français altérés à divers degrés par des copistes ou par des jongleurs italiens.

Voici les titres des poèmes dont je veux parler, et dont il nous reste à la fois un ou plusieurs manuscrits purement français, une ou plusieurs copies plus ou moins italianisées :

Aliscans : une copie italianisée (').

Anséis de Carthage : id. (2).

ASPREMONT : quatre copies italianisées (j).

1. Venise, Bibl. de S. Marc, Ms. cotéviii. civ. J. Voyez le Romvart de M. Adalbert Keller, p. 29 et suiv., et les Handschriftliche sîudien de M. Adolf Mussafia (2^ fascicule), vienne, 1863, P- 29 et suiv.

2. Paris, Bibl. impériale, Ms. fr., 1598, provenant de Mazarin.

?. Paris, Bibl. imp., Ms. fr,, 1598; Venise, Bibl, de S, Marc, Ms. iv. civ. 3 ; et Ms. vi. civ. 3.

^? Manuscrit 3205 de la seconde vente Solar. (Vendu 3 1 50 fr. à un acquéreur inconnu.)

J'ai eu sous les yeux ce dernier manuscrit ainsi que les trois autres. Pour les deux manuscrits de Venise, voyez les extraits qu'en a publiés M. Immanuel Bekker dans les mémoires de l'Académie de Berlin, année 1839, p. 252

cij Préface.

Florimont : une copie faite en Italie, mais irès-peu italianisé j).

Foulque de Candie : Deux copies italianisées (>\

Gui de Nanteuil : une copie italianisée (').

Renaut de Montauban : une copie faite en Italie, mais très-peu italianisée [^).

RoNCEV*ux ou Roland : une copie italiani-

i 291. Voyez aussi le Romvjrt, p. 1 et i6, et les corrections de M. Mussafij, HandtLhriltliche studien, p. j-18.

1. Venise, Bibl. de S. Marc, Ms. xxii. civ. 6. Le scribe italien qui a copié ce manuscrit y a ajouté une mention finale ou on reconnaît facilement son origine :

A la fin de nostre enscript Renduns gracie à Yesu Crist, Che por scripre soir et matin Nos a conduit à laudablefin.

i. Venise, Bibl. de S. Marc, Ms. xix. civ. j; Ms. xx. av. 3. Le premier est incomplet parla fin, le second par le commencement de m vers environ); tous deux renferment une même version. Le n" xx paraît copié sur le n xix.

j. Voyez sur ce manuscrit Gui de Santeuily édition de de M. P. Meyer, p. xxiv xxxiv et loo-ioj.

4. Venise, Bibl. de S Marc, Ms. coté xvi. civ. j. C'est lAmiient une copie italienne on s'en aperçoit dés la seconde tirade :

Li bernagf fu grant c^uant il fu ascemblé ; Ne fu SI grant véu puis que Caille fu n'

Çarlle ainsi écrit serait un indice suffisant, mais à part quelques oublu de ce genre, Ir scribe n'a pas altéré son leiie

I V»niw. Bibl. d^ S Marc. Ms >v nv r M. Bekker, M ■ ■ !quei ver»

sf- 1 me, 000,

(Uns %on tdtiion de U Lhanswn de Roland. (Voyez les cor-

Préface. ciij

A ces textes étendus il faut ajouter plusieurs fragments d'Aye d'Avignon, dont Pun est à Bruxelles , dont d'autres ont été récemment retrouvés à Venise par M. Mussafia. Le premier a été publié d'abord par M. de Reiffenberg, puis par M, Achille Jubinal, enfin par M. P. Meyer et par moi , dans l'édition que nous avons donnée du poëme d'Aye d'Avignon ('). Nous en avons signalé les premiers l'origine italienne , et c'est depuis lors que M. Mussafia a retrouvé et publié les fragments du même poëme qu'on lit dans ses Handschriftliche sîadien (2). Ces fragments, comme le jeune philologue l'établit fort bien , se rattachent à celui de Bruxelles : ils faisaient partie du même manuscrit.

Ainsi, sans parler de la compilation d'où j'extrais Macaire , on peut compter déjà neuf poèmes analogues au nôtre, qui n'ont absolument d'original que les fautes dont ils sont parsemés , que les altérations qu'ils ont subies sous la plume de leurs éditeurs italiens.

Ouvrons maintenant le manuscrit de la bibliothèque de Saint-Marc, où la chanson de Macaire occupe la dernière place. Que trouvons-nous en tête de ce recueil de récits réunis ou même amalgamés ^ Un nouveau poëme, le dixième en son genre, à ajouter à ceux que je viens d'indiquer. C'est le poëme de Beuve d'Hanstone , ma-

rectionsdeM. Mussafia, Handschrijtliche sîudien, p. ii-i8.) Plus récemment, M. Theodor Mûller en a publié un grand nombre dans les notes de l'édition du même poëme qu'il a donnée à Gœttîngue ('863).

I Voyez Aye d'Avignon, p, xxni, xxv, xxvi et 1 30, 1 ? i

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