V. aussi Gaydon. p
Mais l’aparlernt me dites noiant.
Aparler quelqu’un pour lui parler , est une locution qui revient souvent au moyen âge, notamment dans le poème de Huon de Bordeaux :
Que s’il revient, jel vorrai aparler.
(P. toj.)
Et dist Macaires : « Fesons le saigement. »
Fesons le et non simplement fesons ou ferons ,
Notes. 349
comme au texte de Venisç. Le faire ou la faire sont des locutions consacrées.
Faisons le noblement.
( Gaydon , p. 176.)
Dist à ses homes : « Saigement le fesons. »
( Auberi le Bourguignon, ms. Fr. 860, fol. 241 r°.)
P. 23, v. 16 : il est costume l'empertor.... que. Raoul de Cambrai, p. 226 :
Il est costume à maint riche borgois...
Jourdain de Blaives, ms. fr. 860, fol. 1 1< v° col. 2 :
Que n’est costume à nul franc chevalier
Que son seignor doie nul jor tancier.
P. 23, v. 20 : en la chambre couchant, locution analogue à celle de chandeille alumant , qu'on trouve dans Gaydon, p. 10.
P. 23, v. 21 : faire une vengeance de.
Voyez Ogier, I, 26 et 27.
De toi ofendre li paroit vituper.
Je ne pouvais songer à conserver le mot vituper, qui n’a jamais existé en français sous cette forme. On le trouve sous la forme vitupéré , mais seulement au XIVe siècle. (Voyez, par exemple, Bauduin de Sebourc,
1 ,1 1 2.) Je doute fort qu’il ait été en usage au siècle précédent.
Gentil conseil te saurai bien doner.
(Huon de Bordeaux, p. 264, v. 28.)
P. 25, v. 14 : Au mot ofendre du texte italien je substitue adeser , qui est le terme propre en pareil cas :
Mais por l’anel, ne t’osons adeser.
( Huon de Bordeaux, p. 172, v. 10.)
Mac ai re.
Mcssaigiers est, ne doit iestre âdtsez.
{ Gaydon , p. no, v. io.)
Se il m’avoit fera ne adesè.
{Ibid., v. ij.)
Mais il ne l’ont touchié ne adezi.
( Id ., p. 1 88, v. il.)
Idem , ibid. : li semblerait viltés.
Ou vieutés , comme dans ce vers de Huon de Bordeaux, p. 149 :
Car il li sanble che serait grant vieutés.
P. 25, v. 19 : Sovente fois, ou au pluriel, comme dans Raoul de Cambrai, p. 169 : Soventes foiz.
P. 25, v. 24 : Ne t’estuet esmaier, ou, en conservant le mot doter : ne te covient doter ; ou enfin : pas ne t’estuet doter.
P. 2j} v. ij : ens el palais plenier. Le texte de Venise ait droiturier, dont je ne connais pas d’exemple ainsi employé ; au contraire, palais plenier est partout.
Pour lui servir en son palais plenier.
{Huon de Bordeaux, p. il.) Etc.
P. 27, v. 1 $ : dormir et reposer. Le texte de Venise dit polser, français pousser. J’aurais pu employer ce terme en restituant :
Ens en lor chambre et dormir et pousser.
Mais je ne trouve le mot qu’un peu tard , dans une version en prose d’un de nos anciens poèmes : Il fist semblant de dormir et moult pousse et souffle {Miles el Amisj exemplaire sur vélin de la Bibl. imp., fol. 76 v°. Antoine Verard, sans date). Au contraire, on rencontre fréquemment la locution dormir et reposer :
Onqes n’i pot dormir ne reposer.
{Aliscans, p. 77, v. 16.)
Notes.
Deriere Puis de la chambre roiel.
Regiel se trouve déjà dans la cantiiène en l’honneur de sainte Eulalie. Roiel est dans la chanson de Parise la Duchesse, 2e édit., p. 25, où il rime, comme ici, avec des mots terminés en é et en er.
De traïtor ne se puet nus garder.
Ou gaitier, comme dans Gaydon, p. 1 28 :
De traïtor ne se puet nus gaitier.
P. 29, v. 6 : com ert acostumés, ou, pour conserver le mot usé du texte italien : com il l’avoit usé.
Se mes ancestres l’a ensement usé.
( Huon de Bordeaux , p. 174.)
P. 20. v. 9 : ices dras. Le texte de Venise dit parti, mais précédemment, p. 2 6, v. 23, il port t drape. Dans le premier cas, le compilateur a conservé le mot français; dans le second, il le remplace par un mot purement italien, au moins en ce sens. Pan, en vieux français, signifiait un morceau d’étoffe et ne se prenait point au sens de vêtement.
Qui li véist ses dras desrompre et desmaller,
Et par panz et par peces aus pores ganz doner.
(Parise la Duchesse, 2e édit., p. 20.)
La dame le conroie à un pan de cender.
(Id., p. 2 j.)
P. 29, v. 13, 14 : Il y a ici dans le texte de Venise une répétition que je n’ai pas cru* devoir reproduire.
S’en est issu en la sale el pavé.
Ou encore :
S’en est issu par le palais pavi.
Cf. Gaydon, p. 1 11 .
Macaire.
P. 31, v. 16 : cuivcrt renoié. Voyez Huon de Bordeaux, p. 35 et passim.
... Sire, par foi vos le saurës.
Cf. Huon de Bordeaux , p. 245, v. 4 et passim.
P. 33, v. 2 : qui tôt a à jueier. Locution des plus fréquentes. Voyez, par exemple, Gaydon, p. 180, et Huon de Bordeaux, p. 295 . Cette locution s’adapte ici fort bien au sens du vers. Peut-être, cependant, pour rester plus près du texte italien, faut-il lire : qui tout a à baillier ( Huon de Bordeaux, p. 11), ou encore : qui le mont doit jugier ( id ., p. j).
Maléurée, lasse se vait clamer.
Aliscans, p. 86, v. 30 :
Sovent se claime lasse, maléurée.
Qui Pachoisonne et dure et asprement.
On saitque les adverbes commeas^reme/itsontformés d’un adjectif ou participe au féminin et du mot ment, issu de mens, mentis ( aspera mente). Dans l’ancien français comme en provençal, quand deux adverbes de cette classe se suivent , le second seul est complet, et la finale ment sert ainsi à deux fins. Dure et asprement pour durement et asprement.
A une part l’en mènent coiement.
Ainsi restitué d’après ce vers de Gaydon (p. 229) :
En cel broillet Penmenrons coiement.
C’est sans doute ce mot coiement que le compilateur italien a remplacé par secretament.
Notes.
Vers la roïne que furent tant embronc,
Enpron, du texte italien, m'a paru le même qu’enbron, qui se lit au vers 1 8 de la page suivante, où il est employé au propre, tandis qu’ici il aurait, selon moi, un sens figuré. Il peut se faire cependant qu’enpron signifie ici empressé. En ce cas, je propose de lire :
Vers la roïne qu’ont tant airison Que de l’ocirre.
On pourrait même se servir ici de l’adjectif :
Vers la roïne que sont tant aïrouz Que....
Aïrouz, dans Gaydon . p. 17, et ailleurs, se trouve à la rime dans une tirade en on.
P- 3 5, v. icf : Sans point de raençon.
De même Gaydon, p. 301 : Sans point d'arrçsfaon.
P. 3 S, v. 22 : n’est mie as autres bon.
Gaydon, p. 88 :
Voit le Auloris, ne lifu mie bon.
Auberi le Bourguignon, ms.fr. 860, fol. 24 1 v°, col. 1 :
François le voient, ne lor fu mie bon.
P. 36, v. 8 et 27, et p. 38, v. 4. Je n’ai pas cru pouvoir conserver le mot ( uçeson du texte italien, qui serait sans doute jugeoison ou jugison en français. Mais je n’en connais pas d’exemple, et il me semble que çuçeson est encore ici une de ces simplifications d’expression si familières à notre compilateur. .
P. 37, v. 7 : murent noise et tenson.
Gaydon, p. 93 :
Qui son seignor muet noise ne tenson.
P* .37» v. 1 3 : vos en menés si lonc.
Ou mieux peut-être : vos traiés si en lonc.
Macaire . 22
M ACAI RE.
P. 37, v. 15 : honte en anr'es et reprovier. C'est une locution qui revient à chaque instant dans nos vieux poèmes. Voyez Préface, p. cxxix.
Tel duel en ot par poi d'ire ne font.
Gaydon, p. 316 :
Lors a tel duel à poi d'ire ne font .
On disait également à poi ou par poi , mais dans cette locution si frequente on trouve plus souvent fent que font, et l’image est alors beaucoup meilleure.
Et si n’ont cure quels est s’estracion.
C’est ce vers ou tout autre de même sens que notre compilateur italien a si étrangement traduit dans son jargon barbare :
Ni no sa mie de qi fila ela son.
traduction aussi absurde qu’incorrecte ; car les barons de Charlemagne ne peuvent ignorer l’origine de la reine, seulement ils ne s’en inquiètent pas, ils n’en tiennert pas compte. Voilà le vrai sens. J ai donc remplacé ni no sa mu par et si n'ont cure , locution bien connue. Pour estracion , voici des exemples qui me justifient :
Plaist vos oîr quels est s’astration ?
(Ms. fr. 1448, fol. 295 r®, col. 1.)
Plus loin, dans le même manuscrit, on lit :
.1111. jéans de male estracion.
(Fol. 322 VO, col. I.)
et dans le Moniage Renouart, ms. de Boulogne-sur- Mer, fol. 182 r°, col. 2 :
Vés là un homme de grant estrasion.
P. 39, v. 3 ; faire lonc sermon.
Notes.
Huon de Bordeaux, p. 281 : trop faites lonc sermon.
P. 39, v. 4 : amendison. Voyez Aliscans , p. 212, et Gaydon, p. 124.
P. 39, v. 6 : S’elc i a colpes, expression empruntée au poëme de Parise la Duchesse. Voyez notre édition de ce poëme , p. 10: Madame n’i a colpes.
P. 39, v. 8 : Nos la respiterons , et non resplenteron comme au texte italien; ae même qu’il faut lire à la p. 41, v. 8, respitier au lieu de resplaiter.
Par Saint Denis, distli quens Brachefier,
Par itel chose dois estre respitiis.
( Couronnement Lotys, ms. de Boulognesur-Mer, fol. 27 r°, col. 1.)
Quant por avoir est tes cors respitiis.
( Id fol. 28 r°, col. 2.)
« J’étais perdu, dit le duc Naimes dans Aspremont, quand Balant prit ma défense » :
A moult grant peine me pot il respitier.
(Ms. fr. 249 {, fol. 103 ro.)
P. 39, v. 11 : ovraigne.
Quant voit sa gent morir à tel ouvraigne.
( Ansiis de Cartage, ms. fr. 12548, fol. 69 v°, col. 1.)