V. aussi Gaydon, p
P. 39, v. 13 : regnier (royaume). On disait au même sens régné, regni, regnier ou renier ( regnum regnatum, regnarium). Les deux premières formes sont les plus connues ; la troisième l’est moins, parce qu’elle ne revient pas à beaucoup près aussi fréquemment. En voici deux exemples :
Dont vuidiés mon regnier.
{ Ogier , v. 32 ij.)
Macaire.
U ne a marche ne pais ne renier,
[Huon de Bordeaux , p. 7.)
De soe fille à tel vilti jugier ;
à tel vilti pour si vilment, ou, avec la forme contracte, à tel vieilli, comme dans ce vers de Huon de Bordeaux (p. 297) :
Quant en vo vile estes à tel vieuti.
Conseil vos doin que l’aliés espargnier;
esparenier, pour conserver du texte de Venise, se justifie par de nombreux exemples, par ceux-ci entre autres :
Faites moi pendre et au vent encroer ;
Mal ait qui m’en espargne.
( Amis et Amilts , ms. fr. 860, fol. 96 v°, col. 2.)
Par le doloive furent trestuit noié,
Fors sol Noël que il ot espargnii.
[ Aspremont , ms. fr. 249$, fol. 72 v°.)
P. 41, v. 4 : contralier (ou contraloier).
C’est la forme ancienne la plus fréquente du mot contrarier. Exemples :
Je voi ici Ogier qui à me contralie.
( Gui de Bourgogne, p. 3.) lez tu venu por nos contraloier ?
[Gaydon, p. 30}.)
Et si li dist : « Emperere, frans ber-,
ainsi restitué d’après ce vers de Huon de Bordeaux (p. 299) :
S’il est ensi, empereres, frans bers ; en supprimant Fs à' empereres et de bers , mots dont le
Notes. 557
sujet au singulier se distinguait fort bien du régime sans cette addition.
P. 41, v. 8 : mettre en respitier (différer).
Ceste bataille mettez en respitier.
( Gaydon , p. 182, v. 10.)
Et s’aucuns est qui ce voille noier.
Dans une situation identique, le traître Thibaut dit : Se cest afaire voloit noier Gaydon.
( Gaydon , p. 18.)
On peut lire aussi , en restant plus près du texte de Venise :
Et s’aucuns est qui voille i contrester.
Mal de celui qu’osast vers lui tenser.
Gaydon, p. 22 :
Fransois oïrent lor seignor desraisnier ;
Mal soit de cel qui ost lever le chief;
et p. 157 :
Tense ms lui, et vers lui guerre enprent.
Quant voit dus Naimes le roi asoploier.
Auberi le Bourguignon, ms. fr. 859, fol.
1 $6 v°, col. 1 :
Quant Lambers l’ot ainsi asoploier.
P. 43, v. 6 : c’ot el cuerdiablie.
Ici le compilateur italien a certainement changé la rime : c’oit le cor enbrasie n’est pas une locution du temps, et, en tout cas, il faudrait : cot le cuer embrast. Peut-être lisait-on dans le texte français : c’ot le cuer espris d’ire (car in se trouve à la rime dans des tirades
Macaire.
en i«). J’ai pensé qu’on pouvait admettre aussi la leçon
Îue ]e propose : Macaire était endiablé contre la reine. Uablie , diablie, diablerie , sont fréquents dans nos anciens poèmes. Voir, par exemple, Gaydon, p. 120; le Siégé de Thebes, ms. fr. 375, fol. 36 r°, col. 3 ; les Enfances Ogier , ms. fr. 1471, fol. 64 r°.
P. 43, v. io :
De la roïne jugier si s’asoplie.
On disait au même sens asoplier ou asoploier et asoplir.
Charles l’entent, moult en fu asouplis.
(Huon de Bordeaux , p. 6j.)
A lui l'amenent de samit revestie.
Gaydon, p. 182 :
Ferraut amainnent au roi. '
Alixandre, p. 231, éd. Michelant :
De dras religious fu toute revestie.
P. 43, v. 13 : d’un chier paile roé, expression consacrée et qui revient à chaque instant dans nos vieux poèmes. Voir, par exemple, Alixandre , p. 342, édition précitée.
Bel ot le vis corne rose en esté.
Je m’éloigne un peu du texte, qu’on ne peut d’ailleurs restituer en le serrant de trop, près. On pourrait s’en rapprocher davantage, mais en répétant les mots coloré et descoloré, qui, dans le texte de Venise, terminent ce vers et le vers suivant. On pourrait lire, par exemple :
Ses vis qu’estoit et bels et colorés,
Or est tôt pales et tôt descolorés.
Mais mieux valait reproduire ici une comparaison qui
Notes. 559
revient si souvent dans nos anciens poèmes. Exemples :
Plus sont vermel que n’est rose en esté.
Plus est vermaille que n’est rose en esté.
(Ms. de Boulogne-sur-Mer, fol. 177 t°, col. 2.)
La rose samble en mai la matinée.
(Aliscans, p. ??.)
Cele le voit sel prent à araisnier, d’après Gaydon, oit on lit, p. 92 :
Gaydes le voit sel prent à arraisnier.
P. 43, v. 21, 22 et 23.
Il ne faut pas s’étonner d’entendre la reine dire, dans le même temps, au roi : tu et vos. Rien de plus fréquent dans nos anciens poèmes. En voici un exemple choisi entre mille :
Ramenrai toi en France à sauveté
Et tous iciaus que tu as à guier,
Se nel perdis par vostre malvaisté.
(Huon de Bordeaux, p. 104 )
P. 43 , v. 22 : Si fait au sens de tel . con fait au sens de quel , sont des expressions dont les exemples abondent dans tous les textes.
Ne se me vint en cuer ne en pensé.
Cf. Parise la Duchesse, 2e édit., p. 8, v. 27.
P. 45, v. 4 : por noient en partis , ou, mieux peutêtre, comme dans Huon de Bordeaux, p. 3 : pour noient en plaid iis.
P. 45, v. 9 : Qui son segnor faut
Fierabras, p. 7 :
Qui son droit signeur faut, il n’a droit de parler.
$6o Macaire.
P. 45, v. 13 et 14 :
N’aimes Poî, s’en a le chief crollé;
A soi méisme a dit sans delaier;
leçon empruntée presque littéralement âü poème de Ga-jdon (p. 93, v. 3 et 4) :
Riolz l’entent, s’en a le chief hocié ;
A soi méismez a dit sans delaier ;
P. 45, v. 16 : Mar verra Kalles
Gaydon, p. 163, v. 10 :
Mar vistez onques les gloutons deffaez.
P. 45, v. 17 : engani. C’est une forme très-voisine de l’italien ingannare. Le mot le plus usité en ce sens est engignier.
Huon de Bordeaux, p. 98 :
Sainte Marie com fui mal engignié !
Mais dans ce même poème, je l’ai dit déjà, on trouve aussi engancr :
Tant m’enorta et tant m’ot engané.
Li emperere cui douce France apent.
On pourrait lire aussi, comme dans Huon de Bordeaux, p. 179 :
Li emperere ù douce France apent.
Ne face d’elc faire le jugement.
Je suis de près le texte de Venise. Mieux vaudrait lire peut-être :
Que ne la face mener par jugement.