‹ Macaire chanson de geste publiée d'après le manuscrit unique de Venise, avec un essai de restitution en regardChapitre 16 sur 118 · La Jagmann · texte numérisé non relu

La Jagmann

2. Correspondance de Charles- Auguste et de Gœthe, (Briefwechsel des Crossherzogs Cari August von Sachsen- Weimar eisenach mit Gœthe in den lahren 'von 1 77 { bis 1828.) Weimar, 1863, 1 2 3 vol., t. II? n° 369.

3. Je n’ai pu vérifier cette dernière partie de l’anecdote dont j’ai trouvé l’indication dans un%artide de M. Charles Richomme, déjà cité ci-dessus.

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Si l’Angleterre n’a pas imité notre poëme d’aussi près que l’Allemagne , il n’en est pas moins sûr qu’elle l’a connu et qu’elle en a tiré parti. D’abord la cathédrale de Peterborough en possédait une version ou un extrait dont le texte était peut-être latin , à en juger par ce titre : Qualiter Sybilla regina posita sit in exilium extra Franciam et quomodo Makayre occidit Albricum de Modisdene. Mais au delà de cette indication on ne sait rien du manuscrit auquel elle se rapporte. La bibliothèque dont il faisait partie est aujourd’hui dispersée ou perdue (»).

Une preuve plus complète et plus décisive de l’intérêt que la chanson de la Reine Sibile a excité en Angleterre est l’imitation partielle qu’on en trouve dans un vieux poëme intitulé Sir Triamour. Cette imitation, bien qu’un peu dissimulée, n’en est pas moins manifeste. Elle a été reconnue et signalée par M. Ferdinand Wolf dans son mémoire sur la traduction espagnole de La Reine Sibile (-;. Voici, en substance, la partie du poëme anglais qui se rapporte visiblement au nôtre :

« Aradas, roi d’Aragon, serait le plus heureux des rois s’il était père. C’est l’unique satisfac-

1 . « Les manuscrits de Peterborough , comme nous nous en sommes assuré nous -même, n’existent plus, » dit M . Francisque M ichel à propos de l’indication ci-dessus , qu’il a relevée dans le catalogue des manuscrits de l’église de Peterborough, donné par Gunton à la suite de son histoire de cette église. ( Mémoire sur la popularité du roman des Quatre Fils Aymon , — Actes de l’Académie de Bordeaux , IVe année, 1842, note 12e, p. 90. )

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tion qui manque à son bonheur et à celui de la belle Marguerite, sa femme. Pour obtenir cette faveur du ciel, il fait vœu d’aller en terre sainte, et part, laissant la reine grosse. Il a confié la garde de son royaume à son grand maître Marrock; maisMarrock, loin de répondre à une telle confiance, s’éprend d’un amour criminel pour la reine. Il est éconduit, feint de se repentir, mais au fond de l’âme jure de se venger. A son retour, le roi, dont le pèlerinage a été on ne peut plus heureux , se réjouit de voir qu’il a été exaucé d’avance. Mais Marrock lui persuade que l’enfant auquel la reine va donner le jour est le fruit d’un commerce coupable. Marguerite, dit-il , a trompé sa surveillance ; il l’a trouvée dans les bras d’un chevalier inconnu auquel il a tranché la tête de sa main. Le roi veut qu’elle expie sa trahison par la mort ; Marrock lui conseille de la condamner seulement à l’exil. Marguerite est donc bannie. Elle part sous la conduite d’un vieux chevalier, sir Roger, lequel avait pour compagnon habituel un lévrier ( greyhound ) qu’il avait élevé et dont il était très-aimé.

« Marrock les rejoint bientôt avec une bande d’affidés, qui tombent pour la plupart sous les coups de sir Roger ; mais le vieux chevalier, attaqué par derrière , tombe à son tour pour ne

Elus se relever. La reine s’est réfugiée dans un ois, où Marrock et quatre des siens qui survivent ne peuvent réussir à la retrouver.

« Le lévrier demeure auprès du corps de son maître, qu’il recouvre de mousses et de feuilles. Marrock revient à la cour, et la reine, conduite par la Providence , arrive en Hongrie , où elle

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accouche d’un fils. Elle est recueillie par un chevalier hongrois qui lui donne l’hospitalité dans son château. L’enfant est baptisé sous le nom de sir Triamour.

« Cependant, sept jours après la mort de sir Roger, son levrier , poussé par la faim , apparaît tout à coup au palais du roi d’Aragon, à la grande surprise de tous, et particulièrement d’Aradas, qui ne s’explique point ce retour inattendu. Le chien reçoit sa pitance, disparaît, puis revient une seconde , une troisième fois. Cette fois , Marrock est là. Le lévrier lui saute à la gorge, le mord et s’en retourne auprès de son maître. Il est suivi , fait découvrir le corps de sir Roger, et du même coup le crime de Marrock. Sir Roger est enterré , et le fidèle lévrier meurt quelques jours après sur sa tombe. Marrock est traîné et pendu. »

Telle est la partie du poëme anglais où l’auteur s’est certainement aidé de la chanson française qui nous occupe. Quant au reste, les deux récits ne se ressemblent que par le dénoûment , où, après une longue suite d’aventures , Aradas retrouve Marguerite et son fils, auquel il a sauvé la vie sans le connaître (>).

De nos jours, Walter Scott a aussi mis à profit l’histoire du chien d’Aubri, qui n’était pas inconnue à sa vaste érudition. Il y a fait une allusion très-claire dans le Talisman , ou Richard en Palestine (chap. XXIV\

l. Voyez les Spécimens of earlyenglish metrical romances, by George Ellis. London, 1848, p. 491-50$.

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~ * Dans votre propre pays, mon frère, dit Richard au roi de France , une affaire semblable a été décidée par un combat solennel entre l’homme et le chien , comme appelant et défendant. Le chien fut victorieux ; l’homme confessa son crime, et il fut puni de mort. — Je sais, mon frère, répondit Philippe, qu’un combat semblable a eu lieu sous le règne d’un de nos prédécesseurs, à qui Dieu fasse grâce ; mais c’était dans un temps déjà éloigné de nous (')• »

Par conséquent , Walter Scott entendait par ler de la légende primitive , non de la version qui place l’histoire au temps de Charles V, et sans doute il avait relevé le fait dans la chronique du moine de Trois- Fontaines.

L’auteur du mélodrame The Dog of Montargis, représenté pour la première fois sur le théâtre de Covent-Garden le 30 septembre 1814, n’était pas allé si loin en chercher le sujet. Cette pièce n’est qu’une imitation avouée de la pièce française de Guilbertde Pixerécourt (1 2).

Ainsi, on peut l’affirmer de science certaine, la chanson de la Reine Sibile ou de Macaire , en même temps qu’elle obtenait en France un succès prodigieux , se répandait à l’étranger, était connue, traduite, imitée, en Italie , en Espagne, en Hollande, en Allemagne, en Angleterre.

Méritait -elle tant d’honneur ? C’est une question résolue si l’on ne consulte que le goût des

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