Voyez le récit de Ribier, Appendice , IX, p
2. Nec minus ultorera Galli stupuere moiossum. Æternum facti monimentum curia pictis Servat adhuc mûris. Nudos in imagine dentes Exerit, et lacero victor canis insidet hosti.
Illius ante oculos dominus clam vulnere cæco Conciderat , multo fundens cum sanguine vitam ; Visus deinde cani media sicarius aula Vindictam stimulât, memores que resuscitat iras. Ergo virum sine more feris latratibus urgens, Judicium ostendit sceleri, pœnam que reposcens Irruit; et quanquam sicarius iret in armis,
Sola que protegeret pietas spectanda moiossum, Hostica vindicibus dens morsibus ilia rupit.
{Prædium ruslicum, I. IV.)
Préface. xlv
maistre jaict à Montargis soubs le régné de Charles V, en 1371.
La date de 1371 est une nouveauté. C’est le progrès que j’annonçais ci-dessus. Montfaucon le premier a accepté cette date et l’a mise en circulation, on verra tout à l’heure sur quel fondement. A cela près, son estampe n’est qu’une copie en contre-partie de celle qu’on peut attribuer à Androuet du Cerceau. Le savant bénédictin en fait ainsi connaître l’origine :
« Le fameux duel d’un gentilhomme de la « cour du roi Charles V, dit le Sage, contre un « chien dont ce gentilhomme avoit tué le maître, « est un fait si extraordinaire, que le lecteur sera v sans doute bien aise d’en voir ici l’estampe. « L’histoire de ce duel se voit encore sur le « manteau d’une des cheminées de la grande « salle du château de Montargis, mais la pous- « sière qui s’y est attachée depuis si longtemps u fait qu’on ne peut distinguer qu’avec peine « les parties qui la composent. Le R. P. Noël a Seurrad, ci-devant prieur de Ferrières, m’a pro- « curé une vieille estampe faite, il y a près de « deux cens ans, de l’histoire représentée sur « cette cheminée; c’est d’après cette estampe « qu’on a fait faire la planche suivante. Voici « l’histoire de ce duel rapportée dans le Theatre « d’honneur et de chevalerie de La Colombière. »
Après la relation qu’il emprunte à La Colombière, Montfaucon explique les détails de l’estampe et ajoute :
« Ce duel se fit l’an 1371, s’il faut s’en rap-
Préface.
xlvj
« porter (il ne le fallait pas) à la date marquée « au haut de la planche, ajoutée à la main long- « temps après que la planche fut faite. Lemeur- « trier était le chevalier Macaire, gentilhomme,
« archer des gardes du Roi
« Ce combat eut l’issue que La Colombière v marque ci-dessus. Le chevalier Macaire,
« pour être délivré du chien qui l’étrangloit, pro- « mit de confesser tout ; il avoua qu’il étoit au- « teur du meurtre, et fut envoyé au gibet, disent « les mémoires qu’on m’a envoyés de Montargis.
« Il est surprenant qu’aucun des historiens du « temps n’ait fait mention d’un fait si extraor- « dinaire »
Voilà, certes, une surprise naïve et des plus étranges ; mais ce qui est plus fort encore, c’est cette mention de mémoires envoyés de Montargis. Et que pouvaient donc être ces mémoires, sinon un ou plusieurs des récits que nous venons de passer en revue ? En ce cas, il n’était guère nécessaire de les tirer de Montargis, puisqu’ils étaient ailleurs. Assurément Montfauconne veut point ici abuser ses lecteurs; il s’est donc laissé abuser luimême de la façon la plus singulière. Est-ce qu’à Montargis, à part la peinture du château, on. pouvait rien savoir sur le trop fameux duel? Il est vrai que le titre de l’estampe reproduite par Montfaucon indique Montargis comme le théâtre du combat ; mais le récit de La Colombière porte que ce combat eut lieu dans l’île Notre-Dame, et cette différence si notable eut dû suffire pour éveiller la critique endormie de Montfaucon, lequel, après quelques recherches à Paris, en
Préface. xlvij
aurait su beaucoup plus long qu’aucun de ses correspondants de Montargis.
L’inconcevable facilité avec laquelle un homme de ce mérite avait accueilli pareille histoire fut spirituellement relevée en 1 7 3 2 par un rédacteur anonyme du Journal littéraire de La Haye. Après avoir annoncé la publication du tome III des Monuments de la monarchie française , le journaliste ajoutait :
« Nous avons été surpris d’y trouver, sous le « règne de Charles V, le prétendu duel d’un « gentilhomme de la cour de ce roi contre un « chien. Le fait avec toutes ses circonstances se « trouve dans V Almanach de Milan de cette an- « née , et il convient si bien à un pareil ouvrage « que nous n’avons garde de l’en tirer. Notre « auteur le rapporte cependant sans le révoquer « le moins du monde en doute, non plus que « l’authenticité d’un tableau où ce duel est re- « présenté ... et d ont on trouve ici une estampe . . . « Il ne faut que comparer cette estampe avec « toutes les autres de ce volume pour voir que « ce prétendu monument n’est d’aucune autori- « té. Notre auteur trouve surprenant qu’aucun v des historiens du temps n’ait fait mention d’un « fait si extraordinaire . Pour nous , vu les cir- « constances de ce fait, nous eussions trouvé « bien plus étonnant encore qu’ils en eussent fait « mention (•). »
i. Journal littéraire de La Haye, année 17Îi. 2> u X1X»
l'e partie, p. 259.
Préface.
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Montfaucon, nous dit un correspondant du Mercure de France (l 2) , « ne jugea pas à propos « d’interrompre ses grandes occupations pour « prendre lui-même son fait et cause ; » mais il trouva des défenseurs officieux, et d’abord, selon toute apparence, l’abbé Lebeuf. Encore un grand savant compromis dans cette affaire, si, comme on ne peut guère en douter, il est l’auteur de la Lettre écrite d’Auxerre à M. Maillart, avocat au Parlement de Paris, pour soutenir la vérité du fond de l’histoire du chien deMontargisÇ}).
La thèse était embarrassante , même réduite à ces termes , et il fallait être l’ami de Montfaucon, un ami zélé, pour se faire le champion d’une cause aussi douteuse. A la lecture de la lettre on devine aisément le sentiment qui anime l’auteur, quel qu’il soit, et l’on reconnaît l’embarras qu’il éprouve. Il souhaite, dit-il, qu’on retrouve l’ancienne chronique citée par Olivier de la Marche ; il souhaite « que cela arrive pour «confondre les adversaires du P. de Montfaucon;» mais en même temps il avoue qu’il lui semble difficile d’attribuer l’histoire au règne de Charles V. Une fois embarqué dans cette question,