Décembre
2. Mercure de France, novembre 1734. — Un extrait de cette lettre a été réimprimé dans la Collection des meilleures dissertations, notices et traités particuliers relatifs à l’histoire de France, par MM. C. Leber, J.-B. Salgues et J. Cohen. T. XVIII, in-8°, Paris, 1830. Une note de M. Leber (p. 183) est ainsi conçue : « Cette lettre doit être de l’abbé Lebeuf. » En effet, lettre écrite d’Auxerre est déjà un premier indice en faveur de la supposition de M. Leber, et l’érudition dont fait preuve le défenseur anonyme de Montfaucon en est un second plus significatif encore.
Préface.
il jette à la mer tout ce qu’il désespère de sauver, et ne laisse pas d’être fort en peine avec le reste.
Ce n’est pas l’érudition qui lui manque assurément pour se tirer d’affaire ; il en a une à son service aussi solide qu’étendue ; mais cette érudition même le gêne plus qu’elle ne l’aide. Il en est réduit, en somme, à des raisonnements comme celui-ci : « Il est vrai que nous n’avons point « d’écrivain du siècle même de l’événement qui « en ait fait mention ; mais il est ordinaire que « les histoires les plus singulières ne sont pas « celles qui sont écrites le plutôt. On suppose « qu’elles ont tellement frappé qu’on ne les ou- « Niera jamais et qu’il est inutile de les écrire. « C’est beaucoup que malgré cette négligence « on ait retenu les noms des deux chevaliers qui « font le sujet de l’histoire. »
Pour concilier les contradictions des divers récits, l’auteur de la lettre se livre à des suppositions très-hasardées qu’il serait superflu de reproduire. En désespoir de cause, il conclut ainsi : «Je me « contenterai , pour appuyer la réalité du fait , « de rapporter le témoignage d’un personnage « qui certainement ne passait point pour cré- « aule et qui ne donnait point dans la fable : « c’est Jules Scaliger, mort en 1558. »
Belle autorité, en effet, que celle d’un personnage mort en 1558, fût-il Jules Scaliger, pour attester la réalité d’un fait réputé antérieur de près de deux siècles !
C^uant au règne sous lequel l’événement aurait eu lieu, le correspondant de M. Maillart pense
aue pour le déterminer il faudrait retrouver ans quelques chartes les noms d’Aubri de Macaire . d
Préface.
Montdidier et du chevalier Macaire; il ajoute que pour lui « il a trouvé un Macaire de Sainte- Menehould, chevalier français vivant en 1204.»
Un mois après la date ae cette lettre paraît, encore dans le Mercure de France , un Supplément à ce qui a été inséré fie mois précédent) au sujet de l’histoire du chien de Montargis, où par occasion il est parlé d’un chien renommé dans l’histoire orientale (■). L’auteur de ce supplément paraît surtout s’être proposé de placer son historiette orientale, qui est du reste assez jolie. Quant à son argumentation en faveur du chien de Montargis, elle peut se résumer ainsi : l’histoire du combat de ce chien était regardée comme indubitable dans les XVe et XVI0 siècles ; elle n’a d’ailleurs rien qui choque la vraisemblance; en quoi l’auteur a raison sur le premier point, mais sans prouver autre chose que la crédulité des XVe et XVIe siècles ; et sur le second point, il est permis de penser qu’il se montre bien accommodant.
Ainsi défendue , quoique avec plus de chaleur que de force , contre les doutes de la critique, l’histoire du chien de MontaTgis devait fournir encore une longue carrière. Elle rencontra cependant , quarante ans après l’article du journaliste de La Haye, un adversaire plus redoutable, c’est-à-dire mieux armé.
Leibnitz avait publié à Hanovre, en 1698-, son édition de la chronique d’Alberic de Trois- Fontaines. Personne apparemment ne l’avait lue ,
1. Mercure, décembre 1734. — Un extrait de ce supplément a été aussi réimprimé dans la collection précitée, même tome, pages 189-iqî.
Préface.
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personne du moins de ceux que nous venons de citer : ni Montfaucon, ni son critique de La Haye, ni ses défenseurs du Mercure, sans quoi la querelle ne serait pas née ou n’aurait pas pu durer. Mais un savant plus connu aujourd’hui par ses erreurs que par ses mérites, le Franc-Comtois Bullet, releva un jour dans la chronique d’Alberic le passage que nous avons rapporté plus haut, et, ce texte à la main, fouetta vivement le chien de Montargis pour le renvoyer au roman d’où il était sorti. Si depuis lors on a vu le fidèle lévrier rentrer dans l’histoire derrière son maître, la faute n’en est point à Bullet. Il avait très-bien réussi à l’en mettre hors. « Je n’aurois pu me décider, disait ce savant , à nier un fait soutenu d’un monument, consigné dans nos chroniques, cité par des écrivains de réputation, respecté par Scaliger , adopté par Montfaucon, si je n’avois découvert une preuve incontestable de sa fausseté ('). »
En effet, quelle preuve plus incontestable que le passage d’Albenc ? Tout ce qu’on y pouvait ajouter, c’était de retrouver et de produire le roman que le chroniqueur avait eu sous les yeux. Telle est la tâche que je me suis donnée et que je remplis aujourd’hui. Réussirai -je mieux que Bullet à reléguer au pays des fables l’anecdote . du chien de Montargis ? Rien ne me paraît
i . Dissertations sur la mythologie françoise et sur plusieurs points curieux de l’histoire de France, par M. Bullet. Un vol. in-ia. Paris, 1771. — La Dissertation sur le chien de Montargis que renferme ce volume (p. 64-92) a été réimprimée par M. C. Leber, avec des notes, dans la collection citée plus haut.