Machault à Bâillon, 11 janvier 1"'.8, H
Renues pour cette imposition, Sa Majesté veut et ordonne que les États assemblés chargent par une délibération précise les commissaires de la commission intermédiaire d'arrêter sans perdre de temps les rôles du vingtième pour la prochaine année 1750, et d"y imposer tous les contribuables pour raison dudit vingtième aux mêmes sommes pour lesquelles ils sont actuellement compris dans les rôles du dixième; et que ceux qui se prétendraient surchargés au delà du vingtième de leurs revenus se pourvoiraient devant le commissaire départi, après avoir payé la moitié de leur cote, et que le rejet des modérations qu'ils auraient obtenues serait fait sur tous les autres contribuables au marc la livre de leur cote,... et que Sa Majesté fait défense à ses commissaires de recevoir aucuns mémoires ni représentation, et leur ordonne d'enjoindre aux Etats de prendre une délibération précise dans les vingtquatre heures '. »
Ainsi les États devaient, sous peine de séparation immédiate, consentir en principe au vingtième, puis remettre à l'intendant ces rôles qu'on lui avait toujours cachés si obstinément : s'ils refusaient de divulguer les secrets de l'empire, de « présenter eux-mêmes les verges pour les frapper - », ils n'y gagneraient rien; le dixième serait continué sous le nom de vingtième, sans espoir pour la province d'aucune diminution. C'était là un langage que les États étaient peu habitués à entendre; l'événement prouva qu'il n'était pas de trop pour arracher leur soumission.
Après avoir d'abord inutilement demandé que le vingtième n'eût pas lieu en Bretagne (démarche de pure forme), puis qu'il y fût abonné 900 000 livres, les États reçurent l'injonction formelle de délibérer sur la remise des rôles du dixième à l'intendant. Ils refusèrent à leur tour, sous prétexte que ces rôles ne pouvaient pas être retirés de la main des collecteurs avant la fin de leurs opérations. Considérant cette réponse comme une fin de non-recevoir, les commissaires du roi signifièrent alors les ordres rigoureux que portaient leurs instructions secrètes.
La consternation fut grande; mais il était impossible de ne pas obéir. Ils se résignèrent, au bout des vingt-quatre heures prescrites, à voter la remise des rôles à l'intendant, mais décidèrent en même temps d'envoyer à la cour les présidents des trois ordres pour se plaindre des violences qu'ils avaient subies. Un nouveau déboire attendait ici les malheureux députés : la défense formelle, de la part du roi, aux présidents et à tous autres membres de l'assemblée de sortir de la ville de Rennes tant que durerait la session. Les États n'eurent plus d'autre ressource que de faire transcrire sur leurs registres copie des ordres