De Viarme à Machault, 31 octobre, ibid
tisfaction fut extrême à la cour. On y montra une joie que d'Argenson qualifie d'indécente *, sans songer à concilier cette épithète avec son affirmation réitérée que le dessein du contrôleur général est très arrêté de chercher noise aux États de Bretagne, et Mme de Pompadour écrivit à son frère, à Rome, que cette affaire « donnerait sur l'oreille à MM. du Languedoc et du clergé - ».
Mais il fut bientôt évident que l'on s'était réjoui trop vite, et que le calme de cette séance avait été ménagé à dessein « dans le but de donner plus de force et d'effet à la rage qui devait le suivre * ». C'était sur le vingtième que les opposants avaient résolu de concentrer tous leurs eflorts. Si cela n'avait tenu qu'au ministère, pas un mot n'aurait été prononcé sur ce sujet aux États de 1750. Les instructions des commissaires du roi leur enjoignaient de considérer le vote de 1749 comme acquis définitivement, l'affaire comme entièrement terminée, et de ne souffrir sur elle aucuns mémoires ni représentations. Seule une phrase banale, jetée à la fin de la réponse royale aux remontrances de 1749, promettait que s'il se présentait à l'égard des déclarations quelque difficulté qui n'eût pas été prévue « Sa Majesté serait toujours disposée à y pourvoir de la manière la plus favorable que le bien de son service pourrait le permettre », à condition toutefois que seule la dépulation ordinaire des États à la cour fût chargée de cette sorte de représentation. Il y avait loin de là aux résolutions bien arrêtées de la noblesse bretonne, qui entendait protester contre les violences faites aux petits États, forcer le gouvernement à demander formellement le consentement de l'assemblée au vingtième, et ne l'accorder qu'à la condition d'un abonnement.
Comme on ne pouvait échapper à l'obligation de lire le procès-verbal de la dernière session, l'occasion allait être certainement fournie à la noblesse de rouvrir cette question que le gouvernement désirait tant voir close. Effectivement, la lecture de ce procès-verbal, le 1" novembre, fut le signal de l'embrasement. « 7 ou 8 de MM. de la noblesse, dont le projet était concerté et qui s'étaient assurés d'un grand nombre de partisans, demandèrent qu'on lût les remontrances présentées au sujet du vingtième, et les réponses qui y ont été faites : et comme on ne les avait pas là présentes, et que d'ailleurs c'était intervertir l'usage ordinaire, on crut les satisfaire en priant MM. les députés à la cour de se mettre en état de faire le rapport le lendemain et de commencer la séance par là; ce fut vainement : les cris redoublèrent *, et je n'ai jamais vu dans l'assemblée plus de tumulte et de déraison. »