‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 114 sur 268 · La Boissière à Machault, i novembre. H · texte numérisé non relu

La Boissière à Machault, i novembre. H

s'étaient pas mis en règle pour les déclarations dans un délai déterminé, à exiger aussi l'autre moitié. Le duc de Chaulnes ignorait encore qu'aucune concession ne pouvait désarmer le mauvais vouloir de la province, qu'aucun adoucissement ne serait capable de la réconcilier avec la nouvelle forme d'impôt qu'il s'agissait d'y établir.

Sur les instances du duc de Chaulnes, la commission déposa enfm le 8 novembre ce rapport redouté. C'était à peu près une simple répétition des remontrances de 1749 : « Il m'a semblé, écrit de la Boissière ', que presque tout ce que j'en entendis a été dit dans nos premières remontrances et dans celles des autres pays d'États : les fruits dont la paix nous a fait espérer la douceur; nos misères; les secours fournis pendant la guerre; nos privilèges, dont on cite des époques sous le règne des ducs et des rois leurs successeurs; la violence qui a enchaîné la liberté des suffrages dans l'assemblée extraordinaire de 1749;.. la rigueur de nous faire payer actuellement le dixième au lieu du vingtième; les difficultés, les impossibilités, les frais immenses de la perception. » La commission avait fait exprès de ne pas traiter entièrement ce dernier article; les États s'empressèrent de lui demander des additions à son mémoire, et décidèrent de ne pas délibérer avant qu'elle les eût présentées. Il était évident que les États ne cherchaient qu'à prolonger leur inaction. Le duc de Chaulnes se décida alors à tenter le lendemain un coup hardi : présenter subitement à l'assemblée les demandes du roi sur la capitalion, les 2 sols pour livre du dixième, les fonds des fourrages et du casernement. Les États avaient résolu de ne rien faire avant la conclusion de l'affaire du vingtième ; mais l'usage ne leur permettant pas de tarder à délibérer sur ce qui leur était directement proposé de la part du roi, on pouvait espérer les déterminer par là à aller de l'avant, et infliger un échec moral au parti de l'opposition.

Le succès justifia cette manœuvre audacieuse. Ce fut un véritable coup de théâtre qui étonna et déconcerta la cabale : elle ne trouva rien à objecter à cette nécessité de délibérer sur des ordres du roi directement présentés, et les fonds en question furent tous accordés, malgré les « clameurs affreuses - » de 48 gentilshommes qui s'obstinèrent à protester contre le vote qui venait d'être émis. Le ministère venait de remporter une réelle victoire : elle était due à l'énergie du duc de Chaulnes et aux efforts des trois présidents des ordres. Tous avaient travaillé sincèrement au succès de ce petit coup d'État parlementaire, l'évèque de Rennes comme les autres, car il se sentait surveillé de près, et une lettre très sévère et très froide qu'il avait reçue du roi à propos du vote du don gratuit, où le clergé était brièvement remercié d'avoir « suivi» le

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