‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 115 sur 268 · M novembre. II. 323. ■2. Ibid · texte numérisé non relu

M novembre. II. 323. ■2. Ibid

vœu des deux autres ordres, lui avait moiilro qu'il était sérieusement compromis en haut lieu, et qu'il n'était que temps d'avoir une conduite irréprochable.

Rien n'était décidé cependant tant que l'affaire du vingtième restait en suspens. Quand la commission eut enfin terminé son rapport, et que le duc de Chaulnes eut opposé à toutes les demandes de suppression ou d'abonnement un refus péremptoire, le parti des mutins prit sa revanche et dévoila de nouveau son projet de maintenir l'assemblée dans une inaction systématique, afin de contraindre le ministère à une dissolution. Une vieille coutume, que le clergé remettait en vigueur lorsque son intérêt ou ses ressentiments le lui commandaient, facilitait singulièrement celte tactique : il prétendait n'avoir à donner son avis que lorsque les deux autres ordres auraient émis le leur; il suffisait donc à la noblesse de retarder indéfiniment l'envoi du sien pour paralyser toute l'activité de l'assemblée et enlever au gouvernement la seule ressource qu'il eût pour triompher de son opposition systématique : la faire mettre en minorité par les votes combinés du clergé et du tiers. Aussi les journées des II, 12 et 1.3 novembre furent-elles perdues en parlementages inutiles et en débats violents entre la noblesse et le tiers, dont le clergé restait spectateur inactif et en apparence indifférent, mais très heureux en réalité de mettre le gouvernement en échec sans avoir à se compromettre directement par l'émission d'un vote hostile. Force fut au duc de Chaulnes, pour avancer un peu les choses, de recourir de nouveau à la tactique qui avait déjà réussi une première fois : il fit demander aux États divers fonds pour les fouages, les étapes, les milices, etc., les obtint, et profita même d'un instant de calme et de docilité pour enlever par surprise la nomination des commissions ordinaires (15 novembre).

Mais l'assemblée était étrangement mobile, sujette à de brusques revirements, et personne ne pouvait se flalter d'avoir dompté définitivement des caractères aussi intraitables. Les ennemis de Machault ne pouvaient d'ailleurs accepter avec résignation cette soumission qui dérangeait tous leurs plans. Ils suivaient, eux aussi, avec la plus grande attention tous les incidents de la tenue, excitant par une active correspondance le zèle des meneurs de l'assemblée, leur représentant qu'ils étaient le dernier espoir de la liberté française, qu'on attendait d'eux le salut de la patrie, que le royaume entier tournait vers eux ses regards, qu'ils étaient à jamais déshonorés s'ils cédaient '. Quand on sut que la Bretagne semblait disposée à plier devant le contrôleur général, les adversaires de celui-ci dans le conseil, les courtisans ennemis de Mme de Pompadour, les évêques, mirent tout en œuvre pour rallumer un feu

Page 1