L'évêque de Rennes à Machault, 25 novembre
difficile de pousser plus loin les concessions; et à la séance du 25 novembre les Étals ne purent faire autrement que de remercier le duc de Chaulnes et d'accepter ce qu'il offrait, le tiers et le clergé du moins, car tout ce qu'on put obtenir de la noblesse fut qu'elle consentit à se prononcer pour l'envoi d'une députation à la cour. Le vote n'en était pas moins acquis, à la majorité de deux ordres contre un; mais alors la noblesse imagina en désespoir de cause un dernier moyen de chicane, qui lui fut suggéré par un de ses membres, M. de la Bédoyère, « le chien courant de la cabale de l'Église ' » : ce fut d'exiger impérieusement la transcription sur les registres de son avis différent de celui des deux autres ordres, chose contraire à toutes les traditions des États. Làdessus se réengagea une discussion passionnée. « Le tiers refusa de le permettre; et M. Daillon déclara au nom de son ordre qu'il n'en signerait pas la délibération, comme contraire à toute règle et à l'usage; cependant, comme l'opposition du tiers avait mis le feu dans la noblesse, M. l'évêque de Rennes et M. le duc de Rohan crurent pour le tempérer en devoir signer la délibération, quoique persuadés de son irrégularité dans le fond et dans la forme -. » Le duc de Chaulnes aussi voulut d'abord empêcher cette grave infraction aux traditions des États; il craignait, avec raison, que la transcription de ce refus de la noblesse à côté de l'acceptation des deux autres ordres n'en diminuât singulièrement la valeur, et ne fournit pour l'avenir ample matière à ces récriminations, à ces difficultés, que les États excellaient à faire naître sous les plus minces prétextes. Mais d'autre part la noblesse mettait tant de chaleur à obtenir celte concession que la refuser eût été la pousser à bout, et peutélre lui inspirer des résolutions extrêmes. Tout bien pesé, le duc jugea encore moins dangereux de permettre l'enregistrement en question que de le défendre, et il engagea lui-môme Bâillon à se désister de son opposition. Le 26, mention de l'avis difïérent de la noblesse fut faite sur les registres, à côté des avis du clergé et du tiers, et la victoire que le ministère avait obtenue avec tant de peine se trouva ainsi affaiblie, dès l'origine, d'une périlleuse restriction. Pour le moment, toutefois, tout disparaissait devant la joie d'être sorti heureusement de ce terrible défilé du vingtième. « Enfin, le vingtième est fini!» s'écriait avec un soulagement indicible le trésorier des États La Boissière, dans une lettre qu'il écrivait au contrôleur général au sortir de cette pénible séance.
Le vingtième était fini, du moins provisoirement; mais il n'en était pas de même des tracas du gouvernement et de ses représentants. Une affaire qui ordinairement ne donnait lieu qu'à d'insignifiantes discus-
\. Baillou à Ciaulrier, 27 novembre.