La Boissière à Macbaull, 1" octobre, H
par elle aux commissaires du roi. Le duc de Cliaulnes, qui voyait l'humeur et l'aigreur des esprits bien plus grandes qu'à la dernière tenue, redoutait extrêmement ce moment, où il serait forcé de signifier les ordres précis qui lui interdisaient de recevoir toute demande sur cet article. Aussi, tout en faisant connaître les termes de ses instructions, jugca-t-il nécessaire d'en diminuer un peu la rigueur: et il déclara que s'il ne pouvait écouter leurs plaintes générales, il écouterait volontiers les griefs particuliers qu'ils pourraient avoir sur l'exécution des ordonnances, dès que les commissions auraient été nommées. Concession déjà faite en pure perte en 1750 et bien inutile auprès de gens moins soucieux d'obtenir justice que d'avoir prétexte de se plaindre : nuisible même, car elle indiquait de la part de l'administration une certaine timidité, une certaine hésitation, qui encouragea la faction à être plus intraitable que jamais; et le duc d'Aiguillon ne se trompait peut-être pas en attribuant à cette faiblesse inaccoutumée du duc de Chaulnes une grande part dans les troubles qui agitèrent les États de I7."i2 •. Ajoutons cependant qu'avec les dispositions dans lesquelles était la noblesse, une rigueur extrême n'eût pas eu vraisemblablement plus de succès
11 put bientôt s'apercevoir de l'inutilité de sa précaution. Les Étals rédigèrent une protestation véhémente contre ces ordres « qui ne pourraient être plus rigoureux s'ils étaient adressés à des sujets rebelles et désobéissants », envoyèrent au duc de Chaulnes, pour en solliciter la révocation, une députation qu'il refusa de recevoir, et décidèrent de rester, jusqu'à ce qu'ils eussent obtenu le retrait de ces ordres, dans l'inaction la plus complète. Comme Tévêque de Rennes, avec son zèle affecté pour le bien du service, les exhortait à reprendre la suite de leurs travaux ordinaires, M. de la Bédoyère s'écria : « Le clergé nous a donné de si bons exemples que nous les suivrons! )> et un autre député de la noblesse : « Nous serons aussi sages qu'il nous le demande quand nous en aurons fait autant que lui !» — « La fermentation des esprits est plus forte que jamais, écrit le duc de Chaulnes le i*"'' octobre -, et l'on doit en craindre les partis les plus violents. L'humeur et l'esprit de fronde qui règne à Paris a gagné ici considérablement depuis la dernière tenue : je suis instruit par plusieurs personnes qu'on dit assez publiquement qu'on peut sans risque pousser la résistance aussi loin qu'on voudra : l'on cite les exemples du Parlement et du clergé, on s'appuie du rétablissement des États du Languedoc, enfin jamais les apparences n'ont été aussi orageuses : tous ceux qui viennent ici depuis longtemps conviennent non seulement qu'ils n'ont jamais vu de pareilles disposi-