‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 123 sur 268 · D'Aipuillon à Machault, 29 décembre 1753, H · texte numérisé non relu

D'Aipuillon à Machault, 29 décembre 1753, H

tions, mais ne doutent pas un moment qu'il n'y ait un parti très formé et très décidé de faire casser les Élats à quelque prix que ce soit, et de réparer par là le prétendu déshonneur de n'avoir pas fait assez de résistance à la dernière tenue dans laquelle plusieurs en avaient déjà fait le projet. » Telle était aussi l'impression de l'intendant de Viarme : « Cet esprit de vertige, que quelques-uns ont apporté de Paris, que d'autres ont fomenté ici depuis la dernière tenue, est perpétuellement animé soit par lettres, soit par les propos indécents qu'on leur tient de s'être conduits comme des lâches il y a deux ans. On leur met devant les yeux l'exemple des États de Languedoc que le Roi a, dit-on, été obligé de rétablir; on leur assure que ces États auront l'abonnement du vingtième; on leur cite le clergé qui n'en est que plus heureux d'avoir tenu ferme puisqu'il n'a encore rien payé. Les plus mutins de l'Assemblée de 1730 sont ici aujourd'hui les plus raisonnables, et les boute-feu de cette tenue, qui n'y étaient pas en 1730, sont venus ici avec un parti lié et le mieux concerté, qu'ils soutiennent avec la plus grande opiniâtreté et le plus funeste aveuglement K »

Six jours de suite, du l'^'" au 6 octobre, les Étals s'obstinèrent à ne rien faire. On évitait avec un soin minutieux tout ce qui pouvait ressembler à une délibération quelconque. On refusait de voter la gratification ordinaire de 1 300 livres pour le courrier qui avait porté à la cour la nouvelle du don gratuit; on refusait de nommer une députation pour aller visiter officiellement un député malade. Chaque jour, les États se réunissaient à l'heure accoutumée, perdaient plusieurs heures en récriminations, en propositions rejetées aussitôt qu'émises, rappelant â s'y méprendre « cet état effrayant où est la mer devant ou après une violente tempête - »; puis, le soir venu, sans avoir fait quoi que ce fût, ni rien écrit sur les registres, on se séparait avec le refrain ordinaire : A demain les États! « Ce qui se passe ici, écrivait l'évêque de Rennes, n'est pas croyable ^. »

Beaucoup cependant commençaient à hésiter et à redouter les conséquences d'une désobéissance poussée aussi loin *; et la journée du 7 fit éclore une délibération au moment où l'on s'y attendait le moins; ce fut de charger la commission du vingtième de rédiger un mémoire justificatif de la conduite des États et de l'envoyer aux ministres. Cette résolution, qui impliquait de l'hésitation et de la crainte, parut aux

Page 1