La Boissière, 4 octobre
3. Journal du commandement du duc d'Aiguillon. — Luynes, XII, 298.
4. El ils avaieut raison d'avoir peur. Dès ce moment l'intendanl et le contrôleur géuéral échangeaient quelques vues sur les moyens de retirer à cette noblesse le pouvoir de rL-volulionner les Étals et deux lettres de cachet étaient expédiées contre .MM. de la Bédoyére et de Kersauson. On préfera ne s'en servir qu'à la fin de la session, de crainte de surexciter les esprits
plus fms observateurs être un indice d'un procliain retour à la règle, et l'évêque de Rennes, soit pour paraître l'auteur de cet heureux revirement, soit dans le dessein secret de rallumer l'incendie qui s'éteignait, osa proposer le 8 de nommer aux commissions. Son discours fit une impression favorable sur le tiers, mais n'en fit aucune sur la noblesse qui persista dans son refus, et cette séance, « une des plus orageuses que nous ayons eues • », finit, comme les précédentes, sans autre résultat que d'avoir rendu courage à la cabale.
Bien plus terrible encore fut la séance du lendemain 9. Intimidé par la noblesse, qui ne voulait même pas qu'il fût dit que les États auraient pu prendre un avis quelconque, le greffier n'avait rien écrit sur le registre de ce qui s'était passé la veille. L'évêque de Rennes le tança publiquement et voulut lui faire mettre, ce qui était la vérité même, que les ordres s'étaient retirés aux chambres et que leurs avis s'étaient trouvés dilïérents. Mais « quelque modéré que fût ce récit, la noblesse ne voulut jamais en entendre la lecture et s'opposa à ce que le greffier le portât sur le registre, voulant impérativement qu'il n'y fût rien dit du tout; l'évêque de Rennes fut hué avec indécence toutes les fois qu'il voulut parler, et le tumulte était à l'excès quand l'ordre du tiers ouvrit un avis de conciliation qui fut tourné en ridicule; c'était qu'au lieu de dire que les ordres n'avaient pu se concilier, il proposait qu'on dit qu'ils s'étaient séparés parce qu'il était alors 4 heures. Les risées que l'on fit sur cet avis engagèrent le tiers à se ranger du côté de la noblesse pour ne rien mettre du tout de ce qui s'était passé la veille. L'Église, irritée, tint le fort à son tour, et mit pour point de droit que d'un fait public passé dans l'assemblée, lorsqu'un des ordres, même un des membres, requérait d'en constater la vérité, on ne pouvait pas le lui refuser, et elle persista plus de deux heures dans l'engistrement proposé. Enfin ne sachant plus comment se tirer de là, elle consentit, crainte de pis, à se rendre à l'avis des deux autres ordres ; mais sa complaisance ne fut payée que par des huées de dérision -. » Voulant alors au moins que dans cette séance, à défaut de celle de la veille, il y eût quelque chose de fait, l'évêque de Rennes proposa de voter les fonds accoutumés pour secours et aumônes, et la gratification au courrier du don gratuit. « A peine eut-il été non pas entendu, mais deviné, que le feu recommença de plus belle, et il n'y eut plus moyen de l'éteindre de toute la journée et même de toute la nuit; à cette proposition-là on en substitua dix autres inutilement »; mais devant les dispositions évidentes du clergé et du tiers à sortir de l'inaction afi'ectée où l'on restait depuis plus de dix jours, la noblesse jugea qu'elle n'avait plus qu'un moyen pour