‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 125 sur 268 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

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éviter de se voir battue : c'était, comme elle avait fait en ITiiO ', de ne donner aucun avis. C'était empêcher indéfiniment le clergé de donner un vote, et, quand même il l'eût donné, le frapper d'avance de nullité; car le règlement de 1687 exigeait que chaque ordre se fût prononcé pour qu'il y eût délibération, et par conséquent deux ordres du même avis ne l'emportaient point sur le troisième, si celui-ci n'en donnait aucun. Ce même règlement de 1687 exigeait par malheur qu'un ordre ne pût quitter sa chambre avant d'avoir émis son vote et que la séance ne pût être levée avant que les trois ordres se fussent prononcés; c'était donc pour la noblesse se mettre elle-même et mettre les deux autres ordres dans la nécessité de demeurer en permanence dans les chambres des États jusqu'à un moment impossible à déterminer. Mais l'obstination était telle que personne ne recula devant cette extrémité, et il fut résolu que l'on passerait la nuit dans le couvent des Cordeliers, où siégeaient les États, l'assemblée, officiellement, tenant toujours. Les députés se partagèrent en trois groupes, qui devaient alternativement souper, veiller et dormir; i'évêque de Rennes, brisé de fatigue, alla se coucher, malgré la règle qui interdisait au président de s'absenter pendant les délibérations; le comte de Lannion se fit donner un lit de l'infirmerie des Cordeliers, sur lequel il se jeta tout habillé à deux heures du malin; on apporta à Bâillon un matelas dans la chambre du tiers; et ainsi se passa cette première «pernoctation>^, qui ne devait pas être la dernière.

Le lendemain matin, 10 octobre, tous étaient encore dans leurs chambres, et nul ne savait comment ils finiraient par en sortir, lorsque très à propos ils furent mandés sur le théâtre, de la part des commissaires du roi, pour recevoir communication des ordres royaux que ceux-ci avaient réclamés lorsqu'ils avaient vu la gravité delà situation, et qui venaient enfin d'arriver. Le roi ordonnait aux États de nommer leurs commissions ordinaires, sous peine de désobéissance; lorsque cela serait fait, il permettait à ses commissaires (le duc de Chaulnes avait insisté pour cette concession) de recevoir les représentations des États sur les griefs particuliers qu'ils pourraient avoir contre la forme de la levée du vingtième, et annonçait l'intention d'y avoir tel égard qu'il serait juste et convenable « sans que, sous prétexte de donner le mémoire des griefs ou d'en attendre la réponse, les Etats diffèrent leur travail ordinaire que je veux être commencé et suivi conformément à ce qui s'est toujours pratiqué ». Les États ne pouvaient pas, n'osaient pas résister à un ordre catégorique du roi lui-môme, quand il était

1. Seulement en 1750 les choses n'avaient jamais été poussées aussi loin, et sur les 11 heures du soir ou minuit, on avait toujours, d'un commun accord, trouvé quelque moyen d'éluder l'applicalion littérale du règlement et d'aller se coucher.

accompagné des mots sacramentels, à peine de désobéissance : les commissions furent nommées sur-le-champ, et ainsi se termina cette première crise. Mais l'autorité n'en avait pas moins subi un grave échec, puisque, après avoir annoncé l'intention de ne recevoir aucune représentation, aucun mémoire sur le fond ni sur la forme du vingtième, elle se déclarait prête maintenant à recevoir un mémoire sur les griefs; l'opposition, qui avait fait un essai victorieux de ses forces, ayant fait traîner pendant près de quinze jours ce qui d'ordinaire en demandait trois, ne pouvait être que très encouragée par cette reculade, et il était aisé de prévoir que sous prétexte de ce mémoire des griefs, c'était le vingtième tout entier qu'elle saurait bien remettre en question, a Ils attaqueront le fond et la forme, écrivait avec raison La Boissière; et certainement la mêlée sera chaude; et je serai bien étonné si nous finissons sans scandale *. »

Le danger, dans l'affaire du vingtième, était même infiniment plus grand que dans celle des commissions, car le fait d'avoir maintenu, ou à peu près, les rôles du dixième pour la levée du vingtième, donnait aux réclamations passionnées de la province une apparence de fondement, et le parti des mutins pouvait ici compter sur l'appui de la presque totalité de l'assemblée. Aussi le duc de Chaulnes n'avait-il pas attendu ce fameux mémoire des griefs, par lequel il s'imaginait désarmer la colère des Bretons, pour demander avec persévérance au contrôleur général quelques adoucissements, qu'il considérait comme seuls capables de prévenir dans l'assemblée les dernières extrémités. Bien qu'il reconnût que les surcharges dont les contribuables se plaignaient provinssent de leur faute, et qu'il fût convenu devant l'intendant que l'administration du vingtième n'avait pu agir autrement qu'elle avait fait -, le duc de Chaulnes n'était pas éloigné de donner raison dans une certaine mesure aux récriminations des Bretons. 11 aurait voulu qu'on ne fit les rôles que sur les déclarations, quelles qu'elles fussent, tant qu'elles n'auraient pas été vérifiées, et que jusque-là les rôles de 1751 et de 1752 ne fussent déclarés exécutoires que pour la moitié de leur teneur. Une voulait pas voir que fixer le vingtième à la moitié du dixième, jusqu'à remise des déclarations, était un moyen sûr de ne voir jamais arriver ces dernières, puisque les contribuables auraient tout à perdre et rien à gagner en les remettant. Il insistait vivement dans une lettre du 13 octobre au contrôleur général sur la nécessité d'envoyer à bref délai une ordonnance stipulant que les rôles de 1753 seraient faits d'après les déclarations, et seulement d'après elles, sans s'arrêter au manque de pièces justificatives; que ces rôles auraient effet rétroactif

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