‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 13 sur 268 · SON ORIGINE · texte numérisé non relu

SON ORIGINE

plus douce que celle dont le roy usoit quelquefois à l'esgard de ses autres pays d'Estats, et que s'ils différoient plus longtemps àtesmoigner leur obéissance, sans doute Sa Majesté se sentiroit obligée de prendre de plus sévères résolutions.... Il semble que l'on ne pouvoit moins dire à des députés qui ne se lassent point de vous refuser et n'ont que des négatives sèches, sans aucun raisonnement, et qu'ayant tenté toutes les avances de douceur et de lenteur, il est plus juste, ayant l'honneur de parler de la part du Roy, de prendre le party de la fermeté que de la faiblesse. » On le voit, le contrôleur général n'avait qu'à interroger les traditions de sa famille pour voir de quel ton il fallait parler aux assemblées assez hardies pour marchander leur obéissance au roi.

Le petit-fils de Charles, Louis-Charles de Machault (1667-1750), remplit les fonctions de conseiller au grand conseil (161)1), de maître des requêtes (1694), de lieutenant général de police (1718), de premier président au grand conseil (1740). Il fit partie de différentes commissions judiciaires, et la sévérité qu'il y montra lui valut le surnom de Machault coupe-têtes '. Saint-Simon, qui le représente comme un homme intègre et capable, exact et dur, magistrat fantasque et bourru, insinue cependant que ses mœurs ne furent pas toujours aussi graves que sa personne ^ Le marquis d'Argenson est encore plus sévère et le dit dur, emporté, avare, toujours mécontent des autres et content de lui, et néanmoins fripon à argent. Mais on sait le mépris que professait Saint-Simon pour la noblesse de robe, et d'Argenson est ici d'autant plus suspect qu'cà son parti pris habituel de dénigrement s'ajoutent des ressentiments personnels contre l'ancien lieutenant de police, que lui-même a pris soin de raconter •'. Peut-être pouvait-on reprocher à Louis-Charles de Machault un excès de sévérité, et un peu de cette raideur pédantesque qui était alors le défaut ordinaire des grandes familles parlementaires : mais l'honorabilité de sa vie est démontrée par l'amitié que lui témoignait le chancelier d'Aguesseau : il fit partie des commissions dont le chancelier s'entourait pour préparer la réorganisation de la législation et de la justice, et où furent élaborées les ordonnances auxquelles d'Aguesseau attacha son nom '\ Ce fut dans ce comité de jurisconsultes que son fils, Jean-Baptiste de Machault, commença à se faire connaitre.

Né à Paris, le 13 décembre 1701, de Louis-Charles de Machault et de Françoise-Elisabeth Milon, fille d'un maître des requêtes, Jean-Captiste de Machault fut pourvu à l'âge de vingt ans d'une charge de conseiller

1. Fastes de Louis XV, de ses ministres, de ses qéne'raux, etc.

2. Saint-Simon, éilition Clicruel, t. XIV, p. 326 : » Il ne se radoucissait, dit Saint-Simon, qu'avec des créatures de mauvaise vie, dont il ne se laissait jamais manquer ».

:{. D'Argenson, I, 124 et 126; IV, 200.

4. Monuier, Le chancelier d'Aguesseau, sa conduite et ses idées politiques.

au Parlement de Paris, puis de maitre des requêtes en 1728 : il épousa le 2 avril 1737 Geneviève-Louise Rouillé du Coudray ' : l'année suivante, il devint président au grand conseil. Il s'initia surtout à la connaissance des affaires dans les conférences réunies par d'Aguesseau pour préparer la révision des ordonnances : il y était chargé, avec le fils du chancelier, de faire des rapports sur les mémoires que Ton recevait à celte occasion de divers magistrats de province. Là commencèrent ses liaisons avec le chancelier, qui le prit en grande estime ; avec la famille d'Argenson, dont il devait plus tard avoir si peu à se louer; avec le procureur général au Parlement de Paris, Joly de Fleury ; avec Trudaine, son ami dcnfance, qu'il désignait en 1731 comme le plus digne de lui succéder, s'il quittait les finances. Ce rôle modeste suffit longtemps à Machault, qui n'avait pas d'ambition, et plusieurs années se passèrent sans que sa notoriété dépassât le petit cercle dans lequel les circonstances l'avaient placé.

Toutefois un incident qui eut lieu en 1739 ^ put déjà produire un certain bruit autour de son nom et faire ressortir la fermeté qui fut toujours sa qualité essentielle. Il s'agissait de lélection d'un recteur de l'université de Paris : grave sujet de lutte entre jansénistes et molinistes. La faculté de théologie, qui avait enregistré la Bulle en 1714, rétracté son acceptation et interjeté appel au futur concile sous la régence, s'était de nouveau soumise à la Bulle en 1729, grâce à une rigoureuse épuration, et avait exigé de tous les candidats aux grades de théologie une adhésion, de cœur et d'esprit, à la constitution. Mais, s'il était exclu de la faculté de théologie, le jansénisme conservait une influence prépondérante dans la faculté des arts, la plus importante de toutes, dans le sein de laquelle était nécessairement pris le recteur, et qui récemment encore appelait à cette haute fonction des jansénistes comme Rollin et Coffin. Enlever aux appelants cette dernière citadelle était le vœu le plus ardent du cardinal Fleury, et il comptait pour cela sur l'abbé de Ventadour, un Rohan, âgé seulement de vingt-deux ans, mais qui possédait deux conditions essentielles pour la réussite de cette difficile entreprise, beaucoup de dextérité et le prestige d'un grand nom. Le sur moyen de faire réussir ce candidat était d'admettre au droit de vote un grand nombre de jeunes gens, de jeunes « maîtres es arts » dont on avait eu soin depuis quelques années de peupler petit à petit l'Université, pour contre-balancer rinfluence des vieux docteurs jansénistes. Or un arrêt du Parlement, de 1670, fixait à trente ans l'âge requis pour prendre part aux élections

1. Il en eut trois fils : Louis-Charles, 1737-1820, qui fut évéque d'Amiens: Armand-Hiiaire, 173'J-1827, lieutenant général, ^rand-croix de Saint-Louis: Charies-Henri-Louis, 17m-1s:j0, colonel du régiment de Languedoc en 1777, maréchal des camps cl armées du roi en 17S8. pair de France de 1815 à

2. D'Arg., II, 76, 70. 107, etc.; Jourdain, Histoire de l'Université de Paris au XF7/e et au XVIII' siècle.

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