Chaulnes à Saint-Florentin, 15 novembre, H
commençant à entrevoir la fin; et le parti delà rébellion se sentit frappé au cœiir. Un peu plus de hardiesse de la part du duc de Cliaulnes eût procuré plus tôt ces avantages et épargné à l'autorité royale le danger dètro ainsi bravée, au vu et au su de tout le royaume, car les événements dont la Bretagne était le théâtre avaient un retentissement extrême, et tous ceux — ils étaient nombreux — qui étaient alors engagés dans les voies de la résistance se réjouissaient de voir les volontés souveraines accueillies dans cette province « avec si peu de révérence et de soumission ' ».
Un symptôme évident de lassitude et d'hésitation de la part de la noblesse ne tarda pas à se manifester; le 15 novembre, 104 voix contre .ï7 dans le second ordre décidèrent de ne plus insister sur l'abonnement, et de réclamer seulement des adoucissements dans la régie. Le duc de Chaulnes, qui n'avait employé la rigueur qu'à contre-cœur, et qui continuait à compter davantage sur la conciliation, avait activement négocié avec les chefs de la noblesse pour les amener cà émettre ce vote, intimement convaincu que la perspective d'adoucissements dans la régie du vingtième, et peut-être môme d'une certaine part laissée aux Étals dans l'administration de cette imposition, serait le seul moyen de mener à bon terme l'assemblée, qui avait encore une longue carrière à parcourir. Il commençait à se répandre en Bretagne le bruit que le Languedoc allait obtenir une commission mixte pour la levée du vingtième, et refuser aux Bretons ce qu'on allait accorder aux Languedociens paraissait au duc de Chaulnes chose impossible : comment désormais objecter aux doléances des Etals l'argument constamment répété dans les réponses de la cour el des commissaires du roi, à savoir l'impossibilité de faire des exceptions pour la Bretagne, puisqu'on se préparait à en faire pour le Languedoc, et qu'un règlement possible dans le midi n'était pas apparemment impraticable dans l'ouest? Si Ton s'obstinait à refuser à Rennes ce que l'on accordait à Montpellier, le duc de Chaulnes ne voyait aucune espérance d'éviter à l'assemblée une mort violente. Aussi avait-il fait tous ses efforts pour inspirer sous main à la cabale l'idée de demander des changements dans la régie, et dès que la noblesse eut montré quelque disposition à entrer dans celle voie, il s'empressa, le jour même, d'écrire à Machault pour lui recommander vivement ce parti. A peine son courrier était-il en route qu'arrivaient trois lettres, du Roi lui-même, de Machault et de Saint-Florentin, écrites par eux le t.3, lorsqu'ils connaissaient la manière dont les Klats avaient accueilli l'arrêt du 2 novembre, et qui enjoignaient formellement aux conunissaires du roi de défendre aux Etats de s'occuper davantage du vingtième, sous quelque prétexte que ce fût, à peine de désobéissance, et