De Viarme à Alachault, lo décembre, ibid
LE VINGTIÈME DANS LES PAYS d'ÉTATS. 191
la permission de choisir librement ses commissaires; le clergé eut la ruse de prendre un avis plus docile, mais différent, ce qui empêchait tout : accepter d'abord la régie, et demander ensuite au duc de Chaulnes la même permission. Quant à la noblesse, qui avait déclaré avec menaces que si les deux autres ordres s'unissaient pour accepter elle refuserait de nommer ses commissaires, 107 voix contre 28 y prirent un avis essentiellement grave et directement contraire à l'obéissance due au roi, car il portait non seulement sur la forme, mais aussi sur le fond du vingtième : « Puisque Sa IMajesté ne juge pas à propos d'accorder à la province de Bretagne une forme de régie qui puisse la sauver de sa ruine totale, la noblesse de ladite province, assemblée en Étals, déclare ne point accepter la régie telle qu'on la lui a olîerle, et même ne point consentir à l'imposition du vingtième ». Les avis des trois ordres se trouvant dilïérents, il n'y avait point de délibération prise, et le plan de régie était par conséquent rejeté. Mais tout n'était pas terminé pour cela; la noblesse voulait qu'il fût fait mention sur les registres, non seulement du refus qu'elle avait fait de l'arrêt du conseil, mais encore de son refus de l'impôt lui-même, et les deux autres ordres s'y opposaient, pour ne point paraître avoir délibéré sur le fond du vingtième et transgressé par conséquent les ordres souverains. De guerre lasse il fut résolu qu'on se bornerait à inscrire purement et simplement les trois avis différents sur les registres; mais il fallait encore régler le préambule. La noblesse voulait qu'il fût dit que les États s'étaient retirés aux chambres pour délibérer sur l'arrct du conseil du S de ce mois concernant le vingtième et les deux autres ordres voulaient que l'on mit, concernant la régie du vingtième : il fallut plusieurs heures de débats violents pour décider que l'on mettrait seulement, sur rarrét du conseil du 8 de ce mois; et comme conclusion on adopta ce texte : en conséquence les États ont chargé M. le procureur général syndic de rapporter à MM. les commissaires du roi l'arrêt du 8 de ce 7nois et l'instruction qui y était jointe. Ainsi fut dit le dernier mot sur le vingtième aux États de 1752, et ce dernier mot restait, comme on voit, au parti de l'opposition, puisque les registres conservaient la mention du non-consentement de la noblesse au vingtième, et que ce refus ne pouvait manquer de fournir ample matière à chicanes pour entraver la levée de l'impôt et en rendre douteuse la légalité. Le gouvernement n'avait rien abandonné et les États eux-mêmes l'avaient débarrassé des ennuis qu'aurait pu lui causer la commission mixte; mais il n'avait rien obtenu et restait aussi impuissant que par le passé devant la résistance universelle.
Les commissaires du roi, accablés de fatigue et de dégoût; les présidents des ordres, à bout de forces; les députés eux-mêmes, fatigués d'être si longtemps loin de chez eux et aigris les uns contre les autres, • n'avaient plus qu'une pensée : en finir au plus vite avec cette session,
qui durait depuis plus de trois mois, plus du double des sessions ordinaires, et qui n'avait été pendant tout ce temps qu'une crise perpétuelle. Aussi s'accordèrent-ils pour expédier rapidement ce qui leur restait de leurs afTaires ordinaires; et la clôture eut lieu enfin le 22 décembre. Le lendemain matin, le duc et la duchesse de Chaulnes étaient déjà sur la route de Paris, bien résolus à ne pas affronter désormais une semblable tâche, et annonçant bien haut qu'ils allaient dire au roi la vérité, toute la vérité, que leurs lettres n'avaient pu contenir tout entière : « J'en suis alarmé pour les Étals », écrivait le sénéchal de Rennes.
H avait raison de trembler; car, si l'autorité royale avait été bafouée, le vingtième refusé, le contrôleur général tenu en échec, la province n'eut pas à se louer non plus d'avoir fait aussi complètement le jeu des ennemis de Machault à la cour. Dès le commencement d'octobre étaient arrivées des lettres de cachet contre les chefs de la noblesse, dont, par prudence, il ne devait être fait usage qu'après la clôture de l'assemblée. Les renseignements circonstanciés que le duc de Chaulnes fournit à son retour à Machault et à Saint-Florentin servirent à compléter la liste des victimes. Non pas que l'on pût se faire illusion sur l'efficacité de ces punitions, dont la rigueur ne manquait jamais d'être tempérée au bout de peu de temps, et qui étaient regardées comme un titre d'honneur par ceux qui les subissaient; mais le pouvoir croyait se devoir à luimême de ne pas paraître désarmé en face de semblables manœuvres. La Bretagne ne tarda donc pas à voir signifier les ordres qui dispersaient aux quatre coins de la France les héros de la résistance; MM. de la Bédoyère et de la Berneraye, à Angoulême ; de Begasson l'oncle, à Vitleaux en Bourgogne, et son neveu, à Guéret; de Kératry, à Isigny; de Kersauson, à Issoire; de Kerguézec, à Gannat; de Saint-Pern du Laltay, à Nevers; Troussier, à Saumur; M. et Mme de Pire, chez laquelle se réunissaient les fortes têtes de la cabale et où l'on n'avait pas ménagé les propos contre le duc et la duchesse de Chaulnes, à Saintes. Quelques députés furent traités plus durement encore et envoyés en prison sous l'escorte ignominieuse de la maréchaussée : MM. Baron, député et sénéchal de la ville de Quintin, de Sceaux, de Langourla, Le Mintier, de Vavincourt, et de Beschard. L'évêque de Bennes, lui aussi, fut e-iUr, ayant reçu défense de sortir de son diocèse; son zèle affecté n'avait dupé personne, et tout ce qu'il avait gagné à sa perpétuelle duplicité était de s'être rendu odieux également au ministère et à la noblesse; semblable, comme on ne manqua pas de le dire par une comparaison peu déplacée en parlant de ce prélat, à M. de Langeais, qui la même année perdait deux procès', l'un contre sa femme qui l'accusait d'impuissance, l'autre contre une fille qui se disait grosse