Mémoire au lloi par la noblesse de Bretagne, H
mélange qui dégoûte une partie de l'ancienne noblesse d'assister aux Élats, par le désagrément de voir des gens de qui les pères rampaient dans la poussière, prendre la parole et l'emporter sur la vraie noblesse avec une effronterie que la force de leurs poumons fait prévaloir à la raison et au bon sens. »
Le gouvernement recula néanmoins devant une réforme aussi grave ^ qu'il n'aurait pu soutenir qu'à la pointe de lepée, et pour laquelle les instruments indispensables lui faisaient, en ce moment même, défaut; car les désagréables incidents de la session de 1752 amenaient alors un départ général, à moitié forcé, à moitié volontaire, de tous les hauts fonctionnaires de l'administration royale dans cette province. De Viarme quittait son intendance qu'il passait à Le Bret; le duc de Chaulues vendait pour 600 000 livres sa charge de lieutenant général au duc d'Aiguillon, qui ne se doutait guère, en acceptant cette charge redoutable, des déboires sans nombre qu'il devait un jour y trouver. Imposer à ces nouveaux venus une politique de combat eût été les compromettre irrémédiablement dès le premier jour, et perdre tout le bénéûce de l'apaisement relatif avec lequel l'opinion accueillait leur nomination.
On préféra donc user de douceur, et Ion put ainsi conjurer l'orage dont la province était menacée après le départ des exilés. L'arrêt du 2 novembre fut scrupuleusement exécuté, et les rôles du vingtième faits d'après les déclarations, dont les dernières arrivèrent dans le courant de 17o3; seules, celles qui étaient absolument défectueuses furent renvoyées aux contribuables pour être rectifiées; une déclaration du 27 août 1753 régla la restitution aux contribuables de ce qu'ils pourraient avoir payé en trop de 1750 à 1752 : la perception se ût avec moins de résistance qu'on n'avait pu le craindre ^. Cela tenait, il est vrai, à ce que l'administration se garda bien de faire procédera la vérification des déclarations; « il faut, disait d'Aiguillon ', laisser accoutumer à ce monstre de vingtième, dont le nom seul faisait trembler,... avant de le faire connaître entièrement.... Comme les déclarations ne sont pas justes, on sent une joie secrète d'avoir trompé et cette petite satisfaction fait prendre en patience l'augmentation de charge. On imagine que le Roi perdra à la régie, et qu'il sera trop heureux que la province veuille bien prendre l'abonnement, comme elle l'avait proposé. Si on jetait un coup d'oeil sur le produit actuel de la régie *, on serait bientôt détrompé :
1. Une vingtaine de membres de la noblesse furent cependant notés pour être exclus à l'avenir: M.M. du Groesquer, de Lescoet, de Boishorant, de Kermadec, de Pontphily, Charelle de la Colinière, etc. (Dictionnaire d'admiuis- -» tration de la province de Bretagne, dans les documents publiés par Garon, p. 513.)
2. Observations de Le Bret sur le cahier des États en 1754. H. 332.