‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 15 sur 268 · Ainsi le marquis d'Argenson, Galonné. Sénac de Meilhan · texte numérisé non relu

Ainsi le marquis d'Argenson, Galonné. Sénac de Meilhan

b MACHAULT D ARNOUVILLE.

en 174i et ill'i, et logea à Valenciennes chez rintendant '. Un homme ambitieux pouvait facilement tirer parti doccasions semblables pour s'elTorcer de sélever plus haut. Mais, loin de vouloir en profiter, Machault ne songeait nullement à abandonner sa vie paisible, à quitter les amitiés qu'il avait contractées à Valenciennes, à cesser ses fréquents voyages à sa terre d"Arnouvi[le, qu'il aimait tout particulièrement, pour se charger des responsabilités du pouvoir : et ce fut à son insu, et contre son gré, que la volonté de Louis xV le tira des fonctions relativement modestes d'une intendance pour lui confier la difficile gestion des finances publiques.

A ce moment de son règne, Louis XV rompait définitivement avec les traditions d'économie que Fleury avait mises en honneur, et cherchait de plus en plus dans un régime de dissipations, de fêtes, de réjouissances de toutes sortes, une diversion à l'implacable ennui qu'il ne devait jamais réussir complètement à tromper. Mme de Pompadour venait d'être présentée officiellement à la cour, le 14 septembre 1745 : elle était dans tout l'éclat de son règne naissant : peu rassurée toutefois sur la durée d'un crédit que l'opposition déclarée d'une grande partie de la cour pouvait ébranler, qu'un renouvellement de terreurs religieuses chez le roi pouvait anéantir, elle sentait le besoin d'entrainer Louis XV dans un véritable tourbillon de divertissements, qui ne lui laissât pas un instant de réflexion. Aux énormes dépenses de la guerre s'ajoutait ainsi une augmentation alarmante des dépenses de cour. Le contrôleur général Orry, formé à l'école de Fleury, n'était pas l'homme qu'il fallait pour ce régime de prodigalités. Il osait faire des représentations sur l'excès des dépenses et résistait en face à la favorite. « Si ce qu"on dit est vrai, lui disait -il un jour quelle sollicitait une place de fermier général pour son mari Lcnormant d'Etiolés, vous n'avez pas besoin de moi; et si ce n'est pas vrai, vous n'aurez pas la place. » Les frères Paris, protecteurs alti- Irés de Mme de Pompadour, se plaignaient des résistances qu'ils trouvaient chez le contrôleur général pour leurs marchés de fournitures de vivres, et mena(;aient de ne plus se mêler d'aucune affaire tant qu'il serait en place; ils étaient trop nécessaires pour qu'on put hésiter longtemps entre des banquiers complaisants, toujours prêts à venir au secours du trésor royal, et un ministre austère, qui ne savait parler que d'économies. Ce n'étaient pas d'ailleurs ses seuls ennemis : il n'y avait peut-être pas de courtisan ni de ministre qui n'eût eu à se plaindre de la fermeté, on disait de la dureté, du contrôleur général; le comte d'Argenson, notamment, lui reprochait trop de parcimonie dans les

1. Note manuscrite d'un des fils de M. de Machault sur un exemplaire, conservé à Tlioiry, de l'ouvrage de Montyon, l'avIlculurUi's el ol).servaliun.s sur les ininitilres (le Fronce Irs plus rel'^bres, depuis 1660 Jusi/u'à 179/.

Page 1