Journal des économistes, août
ORGANISATION FINANCIÈRE ET CONTRIBUTIONS DU CLERGÉ. ïîll
su()posent un peu plus de 100 millions pour le clergé de France; c'est aussi le chiffre qu'adoptait Necker en 1784 i; or Necker était tenu par sa religion même à des ménagements tout particuliers envers le clergé, et son traité de l'administraliou des finances se fait remarquer par des tendances apologétiques manifestes à l'égard de l'organisation financière de l'Église; c'est enfla ce que pensait l'auteur du Mémoire déjà cité de 1788 sur les impositions du clergé de France. Les plus modérées parmi les évaluations qui furent faites à la tribune de l'Assemblée constituante : 160 millions d'après Malouet, loO d'après Talleyrand (dont 70 pour les biens-fonds et 80 pour les dimes), 120 à 1 10 d'après Mayet, curé de Rochetaillée (dont 60 pour les biens-fonds, 60 à 80 pour les dimes), ne sont pas en désaccord avec ce chiffre; car elles s'appliquent au clergé étranger en môme temps qu'au clergé de France, et le royaume est en 1789 plus grand, plus riche et mieux cultivé qu'en 1749.
Il y a loin de là aux richesses immenses que l'imagination populaire attribuait au clergé; mais ces 110 millions n'en supposaient pas moins, si l'application rigoureuse de l'édit de mai 1749 leur était faite, 5 millions pour le vingtième seul, et beaucoup plus si les autres impôts avaient grevé le clergé dans la proportion commune; or il s'en fallait de beaucoup qu'il fournit à l'État un secours équivalent seulement à ce qu'il aurait dû supporter de vingtième; et quant aux autres impôts, comme les ecclésiastiques ne payaient plus de capitation, n'étaient pas imposables à la taille, même pour leurs héritages particuliers (sauf s'ils faisaient valoir au delà du labour de 4 charrues dans le territoire d'une même paroisse), étaient exempts de droits d'aides pour les boissons provenant du cru de leurs bénéfices, exempts de tous emprunts, taxes et levées des villes, exempts du logement des gens de guerre, exempts des droits de franc-fief et nouveaux acquêts, largement privilégiés sur le fait de la gabelle, bref « exempts de toutes impositions faites et à faire, non seulement pour le service de l'État en général, mais encore pour celui des villes et communautés en particulier ^ », ce qu'ils coûtaient au clergé peut être à bon droit regardé comme une quantité négligeable. Les contributions du clergé se réduisaient en somme à ses décimes annuelles, et le chiffre de ces décimes peut être fixé avec précision, ayant été indiqué par les agents généraux euxmêmes, dans leur mémoire contre l'édit du vingtième. Voici, d'après eux, à combien les décimes se montaient en 17o0 :