Procès-verbaux, t. Vil, p. lOlo
2. Luynes, X, 225, 318. — L'archevêque d'Albi dans son rapport du 20 juin iloo conslale que les archives du clergé ne conservaieut plus la moindre trace de ce qui s'était passé eu 1730.
attachait au paiement de l'impôt un caractère avilissant? C'est surtout [)ar amour-propre, par dignité, qu'un homme bien né doit se défendre le plus possible contre ces taxes, qui, de quelque nom qu'on les appelle, conservent avec la taille une fâcheuse ressemblance et ravalent celui qui les supporte au niveau du commun. L'épiscopat français, qui se recrute pour plus des 9 dixièmes dans les rangs de la plus haute noblesse, qui est prodigue, fastueux et magnifique, a les idées, comme les mœurs, de cette brillante société où il est né, dans le sein de laquelle il vit, et dont le sépare à peine, selon la jolie expression de M. Taine, une mince barrière ecclésiastique. C'est dans l'ordre, et il ne convient pas de s'en indigner, ni môme de s'en étonner. Un cardinal de Rohan, prince-évêque de Strasbourg; un autre Rohan, archevêque duc de Reims, premier pair de France; un cardinal de la Rochefoucauld, archevêque de Bourges, primat des Aquitaines; un Choiseul, évêquecomte de Chàlons ; un Fitz-James, évêque de Soissons, — pour citer au hasard quelques-uns des noms les plus retentissants parmi ceux qui remplissent les pages de l'AImanach royal, — pouvaient-ils, devaientils déroger à leur illustre naissance et ternir léclat de leur grand nom? Lorsque Machault fit rompre les États du Languedoc, l'évêque de Castres, François de Lastic de Saint-Jal, dit au maréchal de Richelieu qu'il était bien singulier que des États assemblés par une lettre signée Louis fussent cassés par une lettre signée Machault, et que ce contrôleur général, qui paraissait faire si peu de cas de ceux qui les composaient, devrait savoir que ses ancêtres, à lui évêque de Castres, avaient plus versé de sang pour le service des rois que ses ancêtres, à lui Machault, n'avaient jamais versé d'encre ' . Cet évêque exprimait bien l'opinion de l'épiscopat français sur le compte des commis, traitants et autres financiers en général, et l'horreur profonde que lui inspirait l'idée d'avoir quelque chose à démêler avec celle sorte de gens. Quand on est souverain, on reçoit des impôts, on n'en paye point; or ils sont bien près d'être des souverains, ils sont comtes, barons, ou à tout le moins seigneurs de leur ville épiscopale : membres-nés et souvent présidents des Étals de leur province; quelques-uns sont princes du Saint-Empire; tous sont princes du monde, au moins autant que princes de l'Église. Leur demander de partager fraternellement le poids des décimes avec d'humbles prêtres, fils de roturiers habitués à la taille, serait leur denumder plus de vertu qu'il n'est donné à l'homme d'en avoir. N'oublions pas aussi qu'étant grands seigneurs, ils ont des dettes; beaucoup meurent insolvables -; l'énormité de leur dotation se trouve la plupart du
1. Jonrnul à Mme de Soiiscarriore, Bibl. nal., ms. fr. 13710.
2. L'évêque de Grenoble, Jean de Caiiiet, qui a parfois rendu de bien mauvais services à son parti, en convieut, et, qui plus esl, cherche à le Juslilier.
temps insuffisante. Leur charité, qu'il serait inique de nier, conspire avec leur faste et leur magnificence pour mettre la plupart d'entre eux aux prises avec de cruels embarras d'argent '.
Ils se taxaient donc plus que modérément, eux et leur entourage, et laissaient à leurs curés le soin de compléter le reste, comme il convenait à des roturiers. Vit-on vers 1750 un évèque imposé en tout et pour tout à 6 livres pour son évéché, et à 6 autres livres pour une abbaye qui y était jointe? Certaines brochures du parti de Machault l'affirment -•, mais, jusqu'à vérification du fait, vérification qu'il nous a été impossible de faire, il convient de le tenir pour plus que suspect. Il n'est pas prouvé davantage que dans tel autre diocèse, où les décimes se montaient à 25 000 livres, l'évêque en fit percevoir 40 000, et gardât la différence; quoique l'évêque de Grenoble, en essayant d'expliquer le fait, semble en admeltre laréalité -^ Mais ce qui est certain, c'est que 36 00U livres étaient annuellement consacrées à procurer aux cardinaux décharge de leurs décimes, ou à créer des pensions en leur faveur *; c'est que lévèché de Verdun, avec ses 57 000 livres de revenu au minimum, payait 180 livres de décimes"; c'est que l'évêque de Digne, un des plus surchargés, qui avouait 13 766 livres de revenu, se trouvait très malheureux de supporter 302 1. 10 s. de décimes, V45e de son revenu ^; c'est que le chapitre de l'église cathédrale de Dijon, qui reconnaissait posséder 2o 565 livres de rentes dans le seul diocèse de Dijon, ne figurait sur les rôles des décimes que pour -'85 livres, 1/7 h de son revenu '■; c'est qu'enfin, avec la manière dont se faisait la répartition des décimes, toutes les injustices étaient possibles. Quand l'évêque avait reçu le chiffre de ce que son diocèse devait acquitter, il assemblait sous ses yeux, dans son palais épiscopal, pour procéder à la répartition entre les contribuables *, son bureau
1. Ainsi Chrislophe de Beaumont, qui dépensait en aumônes des centaines de milliers de livres chaque année, dépensait aussi 100 000 écus pour prouver par une généalogie en 2 volumes in-folio qu'il était d'une naissance distinguée et d'une maison ancienne.