‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 158 sur 268 · Précis des rapports de l'agence, etc., p · texte numérisé non relu

Précis des rapports de l'agence, etc., p

dont le casuel ou les dîmes novales passeraient pour être considérables. Et en effet, les 60 livres sont fréquemment dépassées : « 11 y a une infinité de curés à portion congrue que l'on impose beaucoup au delà de 00 livres, dit en 1747 un document officiel, émané du clergé i, parce qu'ils se trouvent dans des paroisses où il y a de très gros casuels ». Or rien de plus incertain, rien qui laisse plus de place à l'arbitraire, que l'appréciation de ce casuel; rien qui se prête mieux à servir de prétexte pour rejeter sur les curés le fardeau dont les gros bénéficiers tiennent à se débarrasser.

Le contribuable surchargé veut-il obtenir modération? Il ne peut s'adresser pour cela qu'aux bureaux diocésains, juges de leur propre ouvrage, et qui prononcent souverainement jusqu'à une valeur de 30 livres. En appel il a les 8 bureaux ou chambres ecclésiastiques : maigre ressource, car il n'y trouvera pas de juges plus indépendants. Parfois même, les archevêques des villes où des bureaux sont établis sont en droit d'en nommer tous les membres -. Partout, en tout cas, la prudence épiscopale a eu soin d'écarter de ce qui concerne la répartition des décimes tout regard indiscret; et toute autre juridiction qui élève une prétention quelconque à connaître de cette administration se voit aussitôt rappeler à l'ordre par quelque arrêt du conseil qui casse sa sentence ou interdit sa procédure. Aussi le bas clergé préfére-t-il en général garder le silence, et les évêques dans leur lutte contre Machault pourront invoquer comme argument en leur faveur la rareté des réclamations élevées contre la répartition des décimes : l'étonnant serait que ces réclamations osassent se produire et plus encore qu'elles fussent couronnées de succès.

Que tout le clergé soit imposé au même taux que les curés à portion congrue, un cinquième, et il déboursera annuellement, en supposant un revenu de 1 10 millions, plus d'une vingtaine de millions; or il eu paye à peine 6. La conclusion qui s'impose est donc qu'il existait dans la répartition des décimes ecclésiastiques une extrême inégalité; que ces privilèges du clergé, si obstinément défendus, n'étaient pour une grande partie du clergé lui-même qu'une amère ironie; qu'ils étaient onéreux à 1 État et ruineux pour l'Église, la conduisant lentement, mais sûrement, à sa perte, par l'accumulation de sa dette ; nuisibles à la religion, en mettant le bas clergé dans l'impossibilité de donner à la célébration du culte l'éclat convenable et d'apporter le soulagement qu'il aurait

1. Délibération du conseil du clergé, 28 août 1747, à propos d'une contestation élevée sur ses décimes par un curé du diocèse d'Avranclies, Gs 2783. — D'ArRcnson cite vers le même temps un très pauvre curé de Touraine imposé à 7o 1. pour ses décimes.

2. C'est ainsi par exemple que les choses se passent à Bordeaux. (Recueil des actes, titres et mémoires du clergé, t. VIII, p. 223G.)

voulu aux misères dont il était témoin; qu'il aurait mieux valu pour l'immense majorité du clergé rentrer dans la condition commune; que seule y eût perdu une brillante aristocratie d'ecclésiastiques de cour, d'abbés commendataires et de prélats non résidants; et qu'enfln pour vouloir extirper ces abus il n'était pas nécessaire d'être un janséniste sectaire : il suffisait d'être épris de raison et d'équité.

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