CHAPITRE IX
l'assemblée du clergé de frange de 1750
Les démêlés de Machault avec le clergé étranger n'étaient qu'une escarmouche préliminaire; l'engagenienl décisif ne devait avoir lieu qu'avec l'assemblée quinquennale du clergé qui devait s'ouvrir au mois de mai 1730. Jusque-là, d'un commun accord, les choses restaient en suspens; les ordonnances des intendants d'Amiens et de Perpignan, qui avaient dans leur département des diocèses ou fractions de diocèses du clergé de France, ayant excité les alarmes et les réclamations de celuici, Machault lui-même avait assuré aux agents généraux que l'exécution en serait suspendue jusqu'à la réunion de l'assemblée. Si celle-ci faiblissait, toute résistance ecclésiastique, qui ne pouvait se concevoir qu'à la condition d'être unanime, était détruite du coup, aussi bien dans les diocèses des pays frontières que dans ceux de l'intérieur du royaume. Mais le clergé comptait bien qu'il n'en serait rien, et envisageait sans trouble les circonstances critiques pour lui au milieu desquelles allait s'ouvrir son assemblée; ses richesses menacées dans leur origine par l'édit d'août 1749, dans leur développement par celui de mai, son influence battue en brèche à la cour par le parti îMachault et Pompadour, son crédit menacé dans la nation par les attaques redoublées des philosophes : il envisageait tout cela sans trouble, sur qu'au fond le cœur du roi était pour lui.
Les choix qui furent faits par le clergé pour la députation à l'assemblée montrèrent que son parti était pris de résister jusqu'à l'extrême. La province d'Albi élut son archevêque, un des principaux auteurs de la séparation des États de Languedoc; celles de Toulouse et de Narbonne choisirent les évoques de Rieux et d'Alais, qui dans ces mêmes États avaient refusé le don gratuit. L'évoque de Rennes, député de la province
de Tours, était déjà entré en conflit avec le contrôleur général à propos des États de Bretagne, et devait par la suite, aux États de IToO et de 1752, s'attirer tout spécialement son antipathie. Deux autres députés, l'archevêque de Bordeaux et l'évêque de Blois, avaient fait partie des conciliabules tenus chez l'archevêque de Paris en août 1749 et signé le mémoire de représentations adressé au roi. L'archevêque de Sens * était intimement lié avec le Dauphin, son entourage, et le parti dévot à la cour. L'archevêque de Rouen n'avait pas craint d'aiïronter le mécontentement royal en refusant presque de recevoir dans sa maison de Gaillon, lors du voyage que fit Louis XV au Havre en septembre 1749, le cortège royal, dans lequel figurait Mme de Pompadour; il avait témoigné très clairement qu'il ne se croirait nullement honoré par semblable visite -. Tous d'ailleurs, les abbés aussi bien que les prélats, étaient décidés à se montrer inébranlables, et à empêcher à tout prix « que leur don eût la moindre odeur de contrainte ^ ».
De son côté, ^lachault se passionnait visiblement pour la lutte et divers incidents qui précédèrent l'assemblée montrèrent que le ministère ne négligerait rien pour l'emporter. Un sieur Donat, avocat au Parlement de Paris ou se disant tel, jeta le trouble dans les diocèses de Provence par une circulaire adressée à tous les curés à portion congrue, où il soutenait, par des arguments qui n'étaient que trop fondés, la nécessité d'une augmentation des portions congrues puisque les prix de toutes choses s'étaient notablement élevés depuis 1686, et d'une réduction de la taxe des curés et vicaires aux décimes. Rien n'était plus capable de mettre la division parmi le clergé, dans le moment où l'union lui était plus nécessaire que jamais, et il est certain que Machault vit avec satisfaction, si même il ne la provoqua point, la tentative de ce personnage. En pareille circonstance (car des manœuvres semblables avaient été déjà tentées et devaient l'être bien des fois encore), les prélats avaient toujours eu recours à la protection du conseil d'État, et celle-ci ne leur faisait jamais défaut; le mémoire séditieux était supprimé, les assemblées de curés interdites, et les arrêts parlementaires permettant aux curés de se réunir étaient cassés. Il en fut encore ainsi en 1749, et le chancelier accorda aux plaintes des agents généraux non seulement la
i. Languel de Gergy.