‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 164 sur 268 · Ibid., 11 septembre · texte numérisé non relu

Ibid., 11 septembre

Liste des membres de l'Assemblée du clergé de 1750 : cardinal de la Rochefoucauld, archevêque de Bourges; les archevêques de Sens, Rouen Bordeaux, Vienne, Albi; les évèques d'Alais, Rennes, Chàlons, Blois, Toulon, Gap, Rayonne, Rieux, Glandèves, Aulun; les abbés de Ris, de Chanterac, de Menou, de Belle-AfTaire, de Cassan, de Damou, de Baurecueil, d'Esponchés, de l'Enfant, de Monljouvent, de Pierrefeu, de Berton, de la Plunarède, de Radonvilliers, Dulau, de la Galissonnière, et les agents généraux du clergé.

l'assemblée du clergé de FRANCE DE 1750. 241

suppression de la circulaire incriminée, mais encore l'arrestation de son auteur ' ; mais il ne semble pas que la répression ait été aussi rigoureuse que le chancelier l'annonçait : soit que l'arrestation n'ait pas eu lieu, soit qu'un élargissement l'ait suivie de près, toujours est-il qu'à la fin (le I7o0 on retrouve le sieur Donat non dans la prison où les gros décimateurs auraient souhaité de le voir, mais en liberté, à Rome, con^ tinuant à exciter tous les curés du royaume contre leurs évèques, et, pour surcroît de noirceur, se faisant fort d'obtenir l'adhésion du Souverain Pontife aux plans qu'il leur exposait -. A peine le haut clergé s'était-il vu débarrassé de Donat que surgit pour lui une affaire plus fâcheuse : les accusations réitérées lancées contre l'évêque de Metz, Claude de Uouvroy de Saint-Simon, à propos de graves prévarications dans la répartition et la levée des décimes de son diocèse. Plusieurs membres de son chapitre portèrent plainte contre lui, et ordre fut donné d'apporter au conseil du roi les registres des décimes de ce diocèse depuis 173 i- 3. Nous ignorons la suite de cette affaire; il est possible que les malversations reprochées à ce prélat n'aient pas été plus fondées que tant d'autres crimes alors chaque jour imputés aux évèques molinistes par le parti des appelants; mais l'incident n'en prouvait pas moins le vif désir du gouvernement de surprendre les évèques en faute, et sa résolution de ne les point ménager. Ordre fut signifié aux prélats se trouvant à Paris et ne devant point faire partie de la future Assemblée de retourner, sous trois jours, dans leurs diocèses *. Machault tenait à empêcher le plus possible les conciliabules suspects et les progrès de la fermentation parmi le clergé, et il jugeait d'ailleurs que la véritable place d'un évèque était au milieu de son troupeau. Le gouvernement montrait d'habitude moins de souci pour les intérêts spirituels de ses sujets.

Mais une surprise bien plus désagréable attendait les membres de l'Assemblée. Comme ils commençaient à se réunir à Paris, paraissait une réfutation en règle des idées qu'ils se préparaient à défendre, un libelle consacré à démontrer le néant des immunités ecclésiastiques et le droit du souverain sur les biens du clergé. Le titre n'en était autre que Lettres, avec ces mots significatifs tirés du chapitre xix du traité de Sénèque De constantia : ne repiignate bono vestro. L'auteur de ce libelle n'est pas exactement connu : on l'a attribué à l'ancien procureur géné-

1. Lettres des agents généraux à l'cvêtiue de Marseille, 5 décembre 1749, et au premier secrétaire du chancelier, -1% janvier 1750, G^ 2557 et 2578.

2. Lettre de Donat au curé de la cathédrale d'Orléans, 1'='' décembre 1150; AIT. étrangères, fonds de Rome, t. 807.

3. D'Argenson, mars cl avril 1750, passim. •4. D'Argenson, 2y avril 1750.

rai Joly de fleury *, à Silhouette ^, chancelier du duc d'Orléans et déjà bien vu du contrôleur général à cause de son attitude dans l'affaire du vingtième des princes du sang, à La Bédoyère^, ex-avocat à la cour des aides, à Chauvelin S intendant d'Amiens, qui était en effet « antiprêtre ^ » par caractère, enfin à un avocat, Bargeton, qui aurait reçu pour ce travail 15 000 livres du contrôleur général. Cette dernière opinion est la plus vraisemblable ". Il est certain que l'auteur était janséniste, et très attaché au parti du Parlement; qu'il était animé contre le clergé des défiances et du mauvais vouloir alors général dans tout ce qui touchait à la magistrature ; que s'il est exagéré de voir en lui un ennemi de la religion, il ne l'est pas du tout de le considérer comme un adversaire ardent des ecclésiastiques. Il est également certain que le livre fut composé et publié par ordre du contrôleur général, répandu par ses soins; qu'il eut en très peu de temps deux éditions; que quand un arrêt du conseil du l^'^ juin 1730 en eut prononcé la suppression, « comme contenant des déclamations contraires à l'honneur du clergé de France, et des traits odieux contre le premier ordre du royaume '-, il n'en continua pas moins à se vendre partout, même, et surtout, dans le voisinage des Grands-Augustins où se tenait l'Assemblée, et moins cher que ne l'étaient d'ordinaire les livres défendus. Cet arrêt du I" juin 1750 lui-même fut peut-être moins une victoire remportée dans le conseil par le parti contraire à Machault, qu'une ruse de celui-ci pour donner plus de lecteurs à un ouvrage dont le sérieux et l'érudition pouvaient effrayer la masse du public "^ : car tel était ordinairement, dès celte époque, le résultat des rigueurs déployées contre la presse.

On ne doit pas chercher cependant dans les lettres A'e repugnate l'expression entière et exacte de la pensée du contrôleur général, et il est très probable que la plume qui a exécuté ses instructions et défendu sa politique a quelquefois exagéré un peu les unes et légèrement compromis l'autre. Indépendamment d'abord de toute question religieuse, certains passages se rencontrent dans les lettres .Ye repugnate, que jamais Machault n'aurait écrits *. Mais dans la question religieuse sur-

1. Tourneux, Coirespondance littéraire de Gnmm et de Diderot, I, 431.

2. Luynes, X, 414. — D'Argenson, 2 juin 1730, VI, 208. — Soulavie, Mémoires de Richelieu.

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