‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 17 sur 268 · Luyne<, t. V, p · texte numérisé non relu

Luyne<, t. V, p

2. Luyncs, t. VII; Barbier, décembre IT'io; Soiilavie. Mémoires de Richelieu, V, 100."

3. C'est ce que dit formellement d'Argensou, 27 octobre 1748. A ce moment, d'ailleurs, Mme de Pompadour ne connaissait pas Machault, et le caractère de celui-ci n'aurait pas été une recommandation auprès d'elle. Quoi que dise Dareste (///.s/, de France, t. VI, p. 4M), Machault n'était pas le ministre traitable et complaisant dont elle avait besoin. On a quelquefois prétendu que -Machault avait gagné Mme de Pompadour à force de prévenances pendant son séjour à Valcucienues, où elle aurait suivi le roi pendant la campagne de Fontenoy : or il est certain que Mme de Pompadour n'accompagna point Louis XV pendant son expédition.

l. L'original de cette lettre est dans les Archives de Tlioiry.

0. D'Arg., 2'J septembre 1747; 21 novembre 1747; 27 octobre 17i8.

passer les finances à un homme qui devait être à lui, et dont la modestie semblait devoir garantir la docilité. Plus tard, quand la brouille se fut produite entre les deux ministres, un des reproches que les ennemis de Machault lui adressèrent avec le plus de persistance était de s'être montré ingrat envers celui qu'ils alTectaient, avec une exagération manifeste, de considérer comme le seul auteur de son élévation. De ce nombre est le président llénault, un des hommes les plus prévenus contre le nouveau minisire, qui raconte en ces termes son arrivée à Versailles : « J'étais à Versailles le jour que M. d'Arnouville fut présenté au Roi en qualité de contrôleur général. M. d'Argenson, qui était dans son lit, incommodé de la goutte, le pria à dîner. H y vint avec son père, et nous dinàmes tous trois. Jamais diner ne m'a paru si long. M. d'Argenson fit toutes les amiliés possibles à M. d'Arnouville, tâcha de tirer de lui quelque démonstration de reconnaissance de la fortune où il était élevé et où son amitié avait tant contribué. Jamais, jamais, je le répèle, les mots damilié, de reconnaissance, ni rien d'approchant, ne sortaient de sa bouche. Assurément on ne peut pas dire qu'il ait manqué depuis aux engagements qu'il. avait pris ce jour-là. 11 n'en prit aucun, et il sembla vouloir s'en garantir par toute la rudesse, la sauvagerie, et l'air morose qu'il conserva pendant tout le diner. Il avait constamment les yeux attachés sur son assiette, mangeait peu, et parlait encore moins. Enfin le diner finit. Dès que nous fûmes seuls, je dis à M. d'Argenson : « Mon- « sieur, voilà un ingrat bien décidé! » M. d'Argenson leva les bras au ciel, et ne me répondit rien '. »

D'Argenson était assurément mal tombé, s'il avait espéré trouver dans Machault un contrôleur général complaisant. Il se trouva en effet que la cabale qui avait fait renvoyer Orry n'avait remporté qu'une victoire incomplète, et que beaucoup des qualités qui avaient rendu celui-ci importun se rencontrèrent encore chez son successeur : même dureté, même insensibilité devant les plaintes des intérêts particuliers; l'abord hautain et sévère; une sorte de froideur qui semblait s'étudier à décourager la demande. Sa taciturnité était célèbre; sur ce point, tous ceux qui l'ont connu s'accordent à porter le même témoignage. Duclos le dit « fier et glacial ». Mme du Ilausset parle « de sa mine froide et sévère ». L'ambassadeur autrichien Slahremberg le dépeint aussi « 1res froid et parlant peu - ». « A peine, dit d'Argenson, entend-on quelque peu de paroles pour beaucoup qu'on lui dit : il est silencieux devant le babil, et statue muette devant la pétulance française ^. » Suivant le même auteur, enclin, il est vrai, à la satire, et qui fait plus volontiers des cari-

1. Mém. du président Urnault, recueillis par le baron de Vigan.

2. Lettre de Stahremberg à Kaunitz. 3 février llaT. (Arnelh, Histoire de- Marie-Thérèse, t. V.)

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