SON CARACTÈRE
catures que des portraits, il aurait passé une journée entière à Compiègne sans dire autre chose que les mots : « Donnez-moi à boire • ». Cette froideur le faisait taxer par ses ennemis d'indifférence ou même de stupidité. Des hommes plus équitables n'y ont vu que la gravité convenable à un homme d'État, et, plus qu'à tout autre, à un contrôleur générai, qui avait à tenir à distance d'innombrables solliciteurs. Sénac de Meilhan a tracé de Machault un portrait fort exact : « Sa figure était imposante : il parlait avec gravité, entrait avec les intendants des provinces dans tous les détails de leur administration, faisait parler le Roi avec gravité dans ses réponses aux parlements.... Il n'avait pas les talents de M. d'Argenson, les grâces et l'agrément dans l'esprit qui caractérisaient ce ministre; mais il avait ce qui est nécessaire dans le gouvernement, un sens droit et étendu, de l'instruction, un caractère ferme, de la dignité dans les manières et de la probité ^. » C'est bien ainsi que le dépeint Bernis, un ennemi : « Il avait de la contenance, le sang- froid et la dignité d'un ministre, trop peu d'ouverture et de communication, trop de despotisme et de sécheresse, l'air trop fin, trop pédant, pas assez de connaissance de l'Europe, et trop de confiance dans ses commis : mais ces défauts étaient balancés par de l'esprit, des lumières, de l'adresse et une représentation convenable '. »
La décision et l'énergie étaient les traits dominants de son caractère, qui rappelle ci beaucoup d'égards celui de Richelieu et celui de Colbert. Rien n'était capable de le faire reculer, fort qu'il était de la droiture de ses intentions. D'Argenson parle « de son entêtement de tête de fer » et le compare à un sanglier blessé qui va toujours son chemin, quelque chose que l'on fasse ^ Cette inflexibilité que tous les contemporains ont remarquée chez lui n'excluait pas cependant une cei'taine souplesse et une véritable habileté, pas plus que sa froideur et sa taciturnité n'excluaient une politesse devenue proverbiale -K D'Argenson qui l'accuse de brutalité et de violence, l'accuse aussi de ne pas dédaigner l'intrigue : « Il entend, dit-il, la cour mieux qu'homme du monde.... Le vrai du caractère de ce ministre est qu'il est aussi habile courtisan qu'inepte homme d'État ". » Appréciation suspecte, comme un trop grand nombre de celles du marquis ''; mais il est vrai que Machault, qui n'avait pas