Chauvelin, Examen impartial
LA CAMPAGNE DES BROCHURES, l'OPINION PUBLIQUE. 267
de rÉlal; car cette prétention ne choquerait pas moins les principes de la justice et les préceptes de la loi divine. La distinction des deux puissances est en effet l'œuvre de Dieu; il a voulu que tout le spirituel fût à l'Église et tout le temporel aux souverains, la religion chrétienne a toujours parlé des droits des princes et des devoirs des sujets; elle n'a pas été révélée au monde pour porter la moindre atteinte à la souveraineté des rois; or que deviendrait cette souveraineté si le clergé formait une petite société particulière, contribuant aux charges publiques non par obligation, mais par complaisance? Il est de l'essence de la souveraineté d'exiger, et non de demander; la réduire au rôle de solliciteuse, c'est lui enlever le principal de ses attributs, c'est la rendre illusoire. Les biens ecclésiastiques sont avant tout dans l'État, soumis au maître de l'État, et la consécration particulière qu'ils reçoivent ne les affranchit pas de cette hypothèque tacite et primitive qui grève tous biens quelconques pour le service de l'État, pas plus que la consécration des ecclésiastiques au service divin ne les soustrait à l'autorité temporelle. 11 n'est pas plus permis à l'Église de s'arroger quelque autorité sur le tribut, qu'aux souverains de décider des dogmes, ou d'usurper le pouvoir de lier ou de délier les consciences. Tout ce que les papes, les conciles, les évèques ont pu faire de contraire à ce principe, les décrets des conciles de Lalran et de Trente, la Bulle In Cœna Domini, etc., est nul et de nul effet, car c'était de leur part un empiétement manifeste sur un terrain dont Dieu lui-même leur a interdit l'accès. Tous ces raisonnements étaient appuyés par l'abbé Chauvelin de la grave et gênante autorité de Bossuet, dont il citait un passage de la politique tirée de l'Écriture sainte à propos du Redde Csesari quod est Cxsaris * : « C'est comme s'il eût dit : Ne vous servez plus du prétexte de la religion pour ne point payer le tribut; Dieu a ses droits, séparés de ceux du prince.... Les tributs qu'on paye au prince sont une reconnaissance de 1 autorité suprême : et on ne la peut refuser sans rébellion.... Saint Paul l'enseigne expressément : « Le prince est ministre de Dieu, vengeur des mauvaises « actions. Soyez-lui donc soumis par nécessité, non seulement par crainte « de la colère du prince, mais encore par obligation de conscience. »
Obligé ainsi de renoncer au droit divin et à l'équité naturelle pour légitimer ses immunités, le clergé aura-t-il au moins la faible ressource de les montrer respectées de tout temps et acquérant ainsi le bénéfice de la prescription? 11 n'en est rien : que l'on regarde le présent, que l'on regarde le passé, on n'y trouvera rien de ce que le clergé voudrait y faire voir. Si le clergé ne doit rien, pourquoi concède-t-il si fréijuemment des sommes importantes? pourijuoi à chaque nouvel impôt fait-il avec le trésor public des transactions qui sont autant de litres contre la