‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 173 sur 268 · Liv. VI, 3'' proposiliuii · texte numérisé non relu

Liv. VI, 3'' proposiliuii

liberté prétendue de ses dons? Pourquoi les fermiers des biens ecclésiastiques sont-ils astreints à la taille, au grand détriment des revenus des propriétaires? Pourquoi la taxe des oblats, véritable imposition mise sur les biens du clergé sans son aveu? Pourquoi la régale, les droits d'indemnité et d'amortissement, qui se sont toujours levés sur le clergé sans contradiction de sa part? Pourquoi en un mot les biens ecclésiastiques ont-ils toujours supporté leur part des charges publiques, sous une forme ou sous une autre, depuis le commencement de la monarchie française, avant même la fondation de cette monarchie? Et à ce propos, Chauvelin, Damiens de Gomicourt ', Joly de Fleury, s'engagent, comme Bargeton. dans de longues discussions historiques et refont, sans y changer grand'chose, la deuxième et la troisième des lettres Ne repugnate.

Enfin, tenant à poursuivre le clergé jusque dans ses derniers retranchements, ses adversaires ajoutent à ces considérations de droit et de fait une dernière démonstration : à savoir que quand bien même il n'aurait jamais, comme il le prétend, contribué aux charges publiques que volontairement, sa résistance à ce qui lui est actuellement demandé n'en serait pas moins condamnable et sa conduite dans l'Assemblée de 1750 moins scandaleuse. Les demandes qui lui étaient faites étaient justes et modérées : il s'agissait d'une somme d'argent peu considérable, non pour le roi, mais pour le clergé lui-même : à voir les choses de près, l'immunité ecclésiastique était étraDgère au débat. Il s'agissait aussi d'une déclaration des revenus pour parvenir à une meilleure répartition des décimes; n'était-ce pas conforme aux préceptes de l'équité et de la religion ? « Le seul délai d'une répartition plus juste est une injustice dont ils ne devraient pas vouloir charger leur conscience ^. » Au fond, ce qui a dicté la conduite de l'Assemblée du clergé, ce n'est donc pas un prétendu devoir de conscience, mais un attachement exagéré aux richesses et aux grandeurs de ce monde. Le contraste de cet attachement et des préceptes évangéliques sur le mépris des richesses était trop piquant pour ne pas être relevé : il le fut, et avec insistance, dans un grand nombre de libelles satiriques, écrits par des jansénistes à la requête et avec la protection du contrôleur général. Voici par exemple en quels termes l'un des principaux, /'/ Voix du prêtre, par l'abbé Constantin, que la cour, à ce que dit Soulavie, fit répandre à profusion, s'attaquait au faste et à l'orgueil du haut clergé : « Nous apprenons avec douleur que Votre Majesté, toujours attentive à ne point violer les droits sacrés du sacerdoce, voit le sacerdoce oser fièrement attaquer les droits de sa couronne. Les remontrances du haut

\. Auteur des Observations sur la nature des tjicns ecclésiastiques. 2. Chauvelin, Examen impartial.

clergé prêchent hautement la révolte et l'indépendance : ils veulent se soustraire au paiement du vingtième et faire retomber sur les autres sujets de votre Royaume tout le poids de ce tribut indispensable. Si on les en croit, l'obéissance les avilira et le peuple méprisera leurs avis quand ils ne mépriseront pas les ordres de Votre Majesté. Poussa-t-on jamais plus loin le fanatisme? Les anciens apologistes de la Religion chrétienne ne trouvaient pas de meilleure preuve de sa dignité et de son excellence que le précepte rigoureux qu'elle faisait, aux fidèles de l'obéissance exacte aux ordres des puissances. Si les chrétiens résistaient autrefois aux Césars, ce n'était point pour conserver les richesses que les vers et la rouille consument : c'était pour ne pas perdre par l'apostasie les biens éternels que rien ne peut détruire. Ah ! que les temps sont changés! La soif de l'or dévore ceux que le zèle de la maison du Seigneur dévorait autrefois : le bien des pauvres est enlevé, l'orphelin pleure, la veuve gémit, et le prêtre cruel destiné à soulager leurs besoins et à essuyer leurs larmes, veut par un refus injuste forcer le Prince à les opprimer et à les rendre encore plus malheureux. » Pas tous les prêtres cependant; car il y a deux clergés dans le royaume : celui qui est riche et celui qui est pauvre, celui qui ne vit que pour le monde et celui qui ne vit que pour ses devoirs, celui qui sait se dispenser du poids des décimes et celui qui en est accablé, celui qui refuse hautainement tout ce que le roi lui demande et celui qui est prêt à payer le vingtième et à remettre ses déclarations. — Le Riche ^ éleva la voix à son tour pour signaler l'énormité des richesses des évêques « qui ne leur coûtent rien à acquérir et sont plus rapides que celles des plus téméraires financiers, sans crainte d'être taxés comme eux pour leur trop grande fortune », et le Pauvre - ne manqua pas non plus de protester contre l'abus que le clergé faisait de son nom pour refuser l'impôt au roi : « S'il est malade dans son lit, c'est toujours l'Elat et le citoyen qui préviennent ses besoins : les riches ecclésiastiques n'y viennent jamais que les derniers.... Aussi consent-il volontiers que le Roi prenne, sur des biens qui lui appartiennent, mais dont il ne jouit pas, tout ce qu'exigent les besoins de son État. » La Lettre d'un Turc à son correspondant de Censtantinoplc sur les difficultés de la lanyiie française ' expose plaisamment la peine que ce Turc eut à comprendre qu'être exilé signifiait être chez soi, que les sommes destinées au luxe et aux profusions des prélats étaient ce qu'on appelait le bien des pauvres, et que la fidélité dont les évêques se vantaient envers le souverain consistait à lui désobéir. — Quel([ues évêques avaient parlé de se retirer dans les séminaires ou

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