‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 174 sur 268 · Recueil de pièces, t. IX · texte numérisé non relu

Recueil de pièces, t. IX

dans les hôpitaux de leurs villes et de renoncer à tous leurs biens si le gouvernement en venait à lever l'impôt par la force. VAvis sincère au.i prélats ci-devant assembles ' tire ironir|uement parti de cette menace: « Ah, nos seigneurs, que ce serait édifiant! On vous verrait donc enfin marcher à pied, comme vos prédécesseurs dans l'apostolat, ou montés sur un àne, prêcher d'exemple l'humilité et le mépris des richesses misérables de ce monde.... IMais je ne crains pas que vous passiez à l'exécution. Vous ne brûlez point du désir d'instruire et de veiller au salut des âmes : vous regardez la résidence comme une prison d'État; il faut vous exiler pour vous y contraindre.... » Du reste de si graves conséquences ne sont point à redouter : « Ne vous alarmez point sur la diminution de votre train, la délicatesse de vos tables, et la jouissance de toutes ces frivolités de mode dont vous avez malheureusement donné le goût à quelques pasteurs du second ordre : la somme que le roi vous demande n'est pas assez considérable ». Citons encore, dans l'allégorie intitulée Gercel (le clergé), cet exposé satirique île la conduite des évoques : « Cet être singulier (le Gercel) était une nation mixte, moitié sainte, moitié profane, moitié sujette, moitié indépendante, moitié soumise et moitié rebelle, moitié riche et moitié pauvre.... Cette nation était composée de plusieurs ordres ou tribus : les uns, qui étaient riches, jouissaient paisiblement du doux plaisir de ne rien faire; les pauvres seuls étaient chargés de tout le fardeau.... Les chefs, au lieu de résider dans les principales villes où ils étaient chefs, avaient des palais dans la capitale des Foncaris pour y dépenser plus facilement des revenus considérables qu'ils auraient été obligés sans cela de distribuer aux pauvres de leur résidence.... Cependant l'Empereur respectait cette nation : à l'exemple de ses prédécesseurs il l'avait même comblée de biens et de privilèges qu'elle avait trouvé le secret d'augmenter sous son règne, au point de faire craindre aux sages de l'Empire qu'elle n'envahit un jour, par une révolution insensible, tous les biens-fonds des particuliers qui faisaient le soutien et la force de l'État.... Malgré ces bienfaits elle ne devait rien, suivant elle, que des prières, que l'on devait encore lui payer. » Quand • l'Empereur fut cependant amené à réclamer d'elle sa quote-part dans les dépenses de l'État, les chefs répondirent « qu'à l'égard du dénombrement (de leurs biens).... il ne convenait point d'en donner une connaissance entière à tous les hommes, surtout à ceux qui faisaient profession de lever les tributs, lesquels se trouvant tentés, pourraient s'exposer, témérairement conduits par la cupidité, au châtiment et à la mort des sacrilèges : protestant au surplus que dans toute autre occasion, lorsqu'il s'agirait de biens profanes appartenant à des sujets ordinaires, ils seraient les premiers à donner des preuves de leur fidélité, de leur

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