‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 178 sur 268 · Réponse crilif/ne à la Voix du Saf/e et du peuple · texte numérisé non relu

Réponse crilif/ne à la Voix du Saf/e et du peuple

pas ;'i craindre que ces concessions n'aient rien d'absolu quant à l'étendue ni quant à la durée? Aussi ces arguments d'ordre purement humain ne sont-ils pas ceux auxquels les libellistes ecclésiastiques s'attachent de préférence; c'est dans le ciel, et non sur la terre, qu'ils vont chercher la raison d'être de leurs immunités. Dieu a irrévocablement séparé du commerce des hommes les biens qu'il a voulu lui être consacrés, qu'il a inspiré à l'homme de lui offrir en témoignage de son souverain domaine sur toutes les choses de la terre. Il serait impie et sacrilège de détourner à des usages profanes et temporels la moindre part de ces biens spirituels et sacrés. Il en est de ces biens comme des territoires qu'un prince a abandonnés par traité à une puissance étrangère, et sur lesquels tout droit désormais lui échappe. Le roi qui taxerait des biens d'Kglise chargerait donc gravement sa conscience, comme les ecclésiastiques qui ne repousseraient pas son usurpation. Gardien et économe, mais non propriétaire, des biens consacrés, le clergé n'a pas le droit de rien détourner du dépôt confié à ses soins; c'est une obligation stricte, à laquelle dans la circonstance présente il n'obéit qu'à regret, mais qu'il ne voudra jamais enfreindre.

Et si Dieu a séparé de la sorte les biens d'Eglise des biens profanes par des barrières infranchissables, ce n'est pas sans de puissants motifs. L'intérêt de la religion l'exigeait. Leur destination sainte, k savoir l'entretien du culte et l'assistance des pauvres, risquerait en eiïet d'être compromise, et même d'être complètement sacrifiée, s'il était licite aux princes de la terre d'étendre leur main jusque sur les biens consacrés à Dieu. Où s'arrêterait en effet leur avidité? Quelle garantie l'Église aurait-elle contre leurs caprices? .\e pourrait-on pas en venir jusqu'à une complète spoliation, qui anéantirait toute manifestation extérieure du culte que Dieu a voulu lui être rendu, c'est-à-dire au plus grand malheur qui puisse affliger un État catholique? Une seule forme de subsides est donc possible quand il s'agit de biens d'Église; des subsides volontaires, librement accordés par les premiers pasteurs, seuls capables par leur situation de savoir ce qui peut être détourné des revenus destinés au culte sans en compromettre l'exercice, « ce qui ne peut être considéré avec des yeux purement politiques ' ». Le clergé ne conteste pas le dire de ses adversaires, que tous les biens d'un État sont grevés d'une hypothèque tacite pour les besoins de cet État; mais les biens de l'Kglise sont en outre chargés d'une dette, privilégiée entre toutes, primant l'autre de beaucoup, à savoir le culte divin; et c'est seulement lorsque, au jugement des chefs de l'Eglise, il a été pourvu d'une manière convenable à ce service, qu'il devient possible de songer aux créances moins avantagées. Celte manière d'envisager les biens ecclé-

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