‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 179 sur 268 · Jean de Caiilet, letlre III · texte numérisé non relu

Jean de Caiilet, letlre III

278 MACHALLT D'aRNOUVILLE.

siasliques, déclare neltement Tévèque de Grenoble, est un devoir de religion *.

Mais, dira-t-on, ne peut-il pas se faire que les biens d'Kglise s'étendent au delà de ce qu'exigent les besoins du culte et le soulagement des pauvres, qu'ils deviennent immenses, excessifs, qu'ils tarissent pour un Etat toutes les sources de l'impôt? — Hypothèse fausse, répondent les défenseurs du clergé, pour la France et pour le siècle présent; hypothèse môme impossible pour quelque temps et quelque pays que ce soit, car il y a contradiction à admettre que les biens d'Eglise puissent être trop considérables; la religion est en elîet le plus solide fondement des empires, et jamais il ne se dira, même au point de vue de la grandeur matérielle d'un État, trop de prières. Loin de songer à dépouiller l'Église, l'État devrait plutôt se taxer lui-même pour augmenter ses biens car il a été écrit : " Honora Deum de tua subslantia 2 ». Le culte est la chose capitale dans uu État catholique; l'immunité des biens ecclésiastiques est la sauvegarde indispensable de l'exercice de ce culte; elle ne saurait disparaître sans que la religion et les mœurs fussent en péril; et si l'auteur des lettres Ne repugnate et les autres écrivains de son espèce pensent le contraire, « c'est qu'ils n'ont jamais réfléchi sur la grandeur de Dieu ou sur les devoirs de l'homme, ou qu'ils n'y ont pensé qu'avec la présomption de l'irréligion ^ ».

Ainsi l'Église contribuant très suffisamment aux besoins de l'État par des prières; loin d'être tenue à aucun versement d'argent, ayant plutôt qualité pour en réclamer; pouvant soustraire à latteinte du fisc une grande partie, voire même la totalité de son territoire; si riche qu'elle puisse devenir, ne pouvant jamais l'être trop ; tels étaient les principes que les apologistes de l'immunité ecclésiastique osaient sérieusement soutenir, en plein siècle de \'oltaire, à quarante ans de la Révolution. Machault pouvait souhaiter de tels contradicteurs. Des exagérations de cette sorte ne se commettent pas impunément, et si le clergé avait voulu démontrer lui-même la nécessité de lois restrictives de la propriété ecclésiastique, il n'aurait pu, semble-l-il, rien faire de mieux que d'énoncer de semblables théories. Les réfuter serait bien inutile; qu'il suffise de remarquer que le clergé se chargeait lui-même de ce soin; il le faisait, en donnant à ses dons gratuits assez de régularité et à ses emprunts assez d'extension pour compromettre très sérieusement ce dépôt sacré et inaliénable dont il était si jaloux; il le faisait encore en donnant à ses revenus une destination souvent bien étrangère à des objets de piété et de religion; il le fit enfin plus tard quand il renonça spontanément

Page 1