‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 198 sur 268 · D'Argcnson, 13 octobre · texte numérisé non relu

D'Argcnson, 13 octobre

7. Lettre des agents généraux à l'évêque de Grenoble, janvier 1751, .\rjh, nat., G8 2379.

du lo septembre et à la déclaration du 17 août, ils répondirent d'une commune voix qu'ils se conformeraient à la conduite des évoques, et feraient jusqu'au martyre tout ce que ferait le haut clergé '.

L'entrée du Dauphin au conseil des dépêches (23 octobre 17o0j fit un instant espérer au clergé que le crédit de Machault était en baisse auprès du roi; mais sa déception fut grande, lorsqu'il apprit que c'était précisément au contrôleur général qu'était confié le soin de le mettre au courant des affaires, et que loin de nuire au ministre détesté l'événement était plutôt de nature à le rendre plus puissant 2, Si le clergé avait pu conserver quelques illusions sur ce point, un avenir prochain allait lui montrer combien son erreur était grande. L'état de santé du chancelier d'Aguesseau rendait sa retraite imminente, et les compétitions étaient ardentes à la cour pour la succession à ce poste de premier ordre. Machault désirait l'obtenir, et Mme de Pompadour le désirait autant que lui. Jamais peut-être il n'y eut de remaniement ministériel où elle ait eu plus à cœur de faire triompher sa volonté. Elle ne cessait de répéter au roi que Machault entreprenait les plus grandes choses pour l'autorité royale comme pour le bonheur du peuple, qu'il importait de réduire le clergé à Tobéissance, et qu'il fallait pour cela donner la prééminence à Machault dans le ministère. Elle exerçait sur le roi « une véritable tyrannie 3 » en ce sens. Le seul compétiteur sérieux de Machault était le premier président Maupeou; depuis longtemps ce chef du Parlement aspirait à la chancellerie, et pour l'obtenir il avait tenu sa compagnie dans une tranquilité relative, empêche que les remontrances ne fussent trop aigres, et étouffé les affaires délicates, comme les refus de sacrements '*. La détermination du roi fut conforme à son antipathie instinctive contre les parlementaires, ainsi qu'à son désir de ménager l'équilibre entre les factions rivales à sa cour, désir tempéré toutefois par une préférence de plus en plus marquée pour le contrôleur général. H dédoubla la chancellerie, et, chose jusqu'alors sans exemple, imagina de nommer un chancelier en lui enlevant, dès l'origine, la garde des sceaux. Maupeou fut complètement écarté; Lamoignon de Blancménil, premier président de la cour des aides, fut nommé chancelier, sans les sceaux (9 décembre ITijO^; et les sceaux furent confiés à Machault, qui restait aussi aux finances. S'il faut en croire le président Hénault (et l'histoire est bien vraisemblable de la part de

1. D'Argenson, 6 et 13 novembre 1750. Journal historique à Mme de Souscarrière, Bibl. nat., ms. 13110.

2. 11 est vraisemblable que les préventions du Dauphin contre Machault purent alors commencer à disparaître, et qu'il apprit ainsi à rendre justice à ses éminetiles qualités.

f 3. D'Argensou, IS mars 1751.

4. Mém. de Bcrnis, p.p. Masson, I, 'i\). — Gaillard, Vie de Malesherùes.

Louis XV), d'Argenson aurait eu la confusioQ d'avoir servi à son insu à l'élévation de son rival. L'abbé de Broglie, qui voulait à la fois faire arriver Lamoignon, son parent, à la chancellerie, et plaire à Mme de Saint-Florentin eu faisant avoir les sceaux à Machault, aurait eu l'idée de ce partage insolite. Le roi en parla à d'Argenson, sans lui citer aucun nom, et le consulta sur les difficultés qui pourraient résulter de cet arrangement. D'Argenson répondit qu'il n'en prévoyait aucune. Peu de temps après il apprenait l'usage que le roi avait fait de sa réponse.

Le nouveau chancelier passait pour être l'ami des jésuites et pour devoir incliner du côté du clergé. Mais il était indolent, peu influent, très peu propre à l'intrigue, et son rôle fut des plus effacés. Séparée de la garde des sceaux, la chancellerie était d'ailleurs peu de chose; un beau titre, peu de pouvoir réel, et une situation assez médiocre au point de vue financier. Tout l'avantage réel des nouveaux arrangements était pour le contrôleur général, qui acquérait une prééminence marquée dans le conseil et devenait presque premier ministre '. Il n'avait pas, il est vrai, l'expectative de la chancellerie, ordinairement dévolue aux gardes des sceaux; mais cela n'enlevait rien à ses attributions qui étaient immenses, puisqu'il recevait le pouvoir « de faire toutes les fonctions qui dépendent de ladite charge, avec pareil pouvoir et autorité dont les chanceliers de France ont accoutumé de jouir et d'user », et notamment la qualité, concurremment avec le chancelier, de chef de la justice dans toute l'étendue du royaume -.

Cette distinction insolite accordée au contrôleur général était d'un mauvais augure pour le clergé; aussi sa soumission parut-elle probable; les financiers répétaient que l'on réussirait au mois de janvier par des moyens très certains. Janvier se passa cependant sans aucun incident; mais c'était dans le mois suivant, où expirait le délai laissé pour l'exécution de la déclaration du 17 août, qu'il allait falloir agir. Comme on ignorait encore toute la faiblesse de Louis W , on s'imaginait eu général qu'il allait être forcé d'agir en effet. Quelques actes de défection se produisirent; d'Argenson parle de trois abbés qui auraient remis au con-

1. Macliault s'honora en refusant les avantages pécuniaires considérables (Luynes, d'Argenson el Barbier varient dans leurs indications à cet égard de 80 000 à 120 000 1.) qui étaient joints à son nouveau titre, et se contenta du traitement de contrôleur général et des droits du sceau. (Fonds Joly de Fleury, vol. 1053.)

'1. Sur ce dernier point la volonté royale ne fut pas respectée. Maupeou, pkin de di'pit d'avoir été ainsi laissé de côté, et viveuient blessé de la prééminence que son rival allait pouvoir prendre sur lui en plein I*arlcnieut, manœuvra de telle sorte que sa compagnie n'enregistra les lettres patentes qu'avec la restriction suivante : « pour par l'iuipétraut avoir et tenir les sceaux sans pouvoir prétendre dans l'adiuinistration de la justice aucun pouvoir ni autorité, lesquels appartiennent essenliellement au seul état, oflice et dignité de chaucelier de France ». (2'.i décembre 1730.)

trôleur général des déclarations de leurs revenus ' ; l'évêque d'Auxerre et l'archevêque de Sens, d'accord pour la première fois depuis bien longtemps, manifestèrent des dispositions à obéir; le cardinal de Tencin donna des instructions en ce sens au clergé du diocèse de Lyon 2; elle supérieur général de l'ordre de Citeaux envoya le li décembre IToO à toutes les maisons de son ordre des modèles de déclarations, avec ordre de les faire en double, un exemplaire pour la maison mère, l'autre « pour être envoyé dans le temps et à qui il appartiendra respectivement, suivant les ordres que nous vous en signifierons dans la suite 3. » Ce n'était pas encore obéir à la déclaration du 17 août; mais c'était se préparer à obéir. Ces symptômes étaient alarmants, et le haut clergé comprit la nécessité de faire quelque chose, de chercher ou de paraître chercher quelque accommodement. Le l*""" ou le 2 février 1751, l'archevêque de Paris apporta au roi un mémoire « contenant les plus vives expressions de la douleur où est le clergé d'imaginer qu'il a pu déplaire à Sa Majesté et du désir qu'il aurait qu'on put trouver les moyens d'accorder son goût et son inclination avec sa conscience et son devoir * ».

Louis XV n'était que trop disposé à entrer dans cette voie. A mesure que le moment approchait de passer de la menace à l'exécution, sa conscience s'alarmait de plus en plus. Ses scrupules étaient encore augmentés par la condamnation récente que venait de faire la cour de Rome (25 janvier 173 1) des lettres Ne repugnate et delà Voix du Sage et du peuple, utanquam continentes doctrinam ac propositiones respective falsas,erroneas, temei'arias, scandalosas, ecclesiasticis juribus injuriosas, de schismate ac de hœresi suspectas ^ ». H était défendu sous peine d'excommunication de les garder et de les lire; comment donc suivre la politique qui y était préconisée? 11 profita avec joie de l'occasion que le clergé lui offrait. 11 reçut bien le mémoire de l'archevêque de Paris, enjoignit à Machault d'engager les négociations que le clergé demandait, et celuici s'y prêta de bonne grâce ^ quoique mécontent sans doute au fond de voir le roi négocier de puissance à puissance, là où il aurait dû parler en maitre.

Certes le concours de toutes les bonnes volontés n'était pas de trop pour mener à bien une œuvre aussi difficile. Machault re voulait aucune concession de principe; or, comment concilier celui auquel il s'attachait

1. Les abbés de Pomponne, d'Oppède et de la Fare-Lopis(d'Argenson, 1' décembre 1730).

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