‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 199 sur 268 · Luynes, 7 février 1731, Xi · texte numérisé non relu

Luynes, 7 février 1731, Xi

o. Recueil de pièces, t. V et VIII.

6. Le duc de Luynes (7 février 1731, XI, 36; 17 février, XI, 53) affirme que Machault était sincère.

— obligation pour le clergé de contribuer dans une juste proportion aux besoins de l'État — avec la théorie obstinément soutenue par l'Église, de sa pleine indépendance dans l'octroi de ses subsides? D'un côté Machault et le maréchal de Noailles, de l'autre l'archevêque de Paris, l'archevêque de Sens et quelques autres prélats dont on toléra pour la circonstance la présence dans la capitale, cherchèrent inutilement le terme qui pût satisfaire des prétentions aussi opposées. Celui de don gratuit était absolument rejeté par les plénipotentiaires du roi; ceux de subvention, d'aide, de subside, étaient rejetés par les évoques. Barbier pense qu'en désespoir de cause on s'en tiendra à l'expression vague de droit de vingtième, que les deux partis pourront interpréter à leur avantage, que sous ce nom le clergé donnera 10 millions par an, sans préjudice des 1 500 000 livres ordonnées par la déclaration du 17 août, et que pour améliorer son département le clergé exécutera seulement ses délibérations de 1726, sans aucune immixtion de la part du gouvernement. On était en réalité beaucoup plus loin de s'étendre. Soit que les archevêques aient été rebutés par l'énergie avec laquelle Machault s'opposait à tous les faux-fuyants, à toutes les équivoques que le clergé eût souhaités pour dissimuler un peu son acte de soumission, soit qu'ils aient désespéré d'amener les autres évèques à composition, ils suspendirent les négociations, sous prétexte d'attendre l'arrivée des archevêques de Bourges et de Rouen. Cependant les six mois de délai étaient expirés. Il ne restait plus qu'à recourir à la force '.

1. A propos de ces négociations circula une pièce des plus curieuses, les Articles de capitulation à demander pour le Clergé de France à M. le contrôleur général par MM. les archevêques de Paris et de Sens, pléiiipotentiaires d'office dudit clergé, l'un en sa qualité de patriarche, l'autre en vertu de la grande et haute considération quil a dans ce corps, les deux se faisant fort de l'acquiescement de tout le corps. Elle ne paraît pas avoir été imprimée : des copies manuscrites s'en trouvent dans le tume IX du recueil de Fonlanieu, dans une série de mémoires relatifs aux adaires du clergé réunis par les soins des agents généraux (Arch. nat., (J** 2ooU), et enfin dans les papiers de d'Argenson à la Bibliothèque de l'Arsenal (ms. fr. 2453), avec celte indication en marge: « Pasqumade sur les propositions d'accorder le clergé avec la cour, mars 1731 ». On peut à première vue se croire eu présence d'un document authentique : toutes les circonstauces auxquelles il est fait allusion sont justes, et le style du contrôleur général est remarquablement imité; mais il est inadmissible de supposer que si le clergé avait réellement fourni de pareilles armes contre lui, la foule des polémistes qui lui étaient opposés n'en eût pas tiré parti et n'en eût pas parlé à tout propos. Des évèques venant olfrir de faire, moyennant récompense honnête, ce qu'ils ont hautement déclaré leur être défendu par toutes les lois divines et humaines, c'était là trop bonne aubaine pour Machault et pour son parti pour qu'ils eussent pu négliger de le faire savoir iirbi et orhi. Or, on chercherait vainement dans la masse éuorme des écrits qui circulèrent alors aucune allusion à ces articles de capitulation. Je crois donc plus probable qu'il s'agit d'une plaisanterie, d'une |)asqniuade, comme dit d'Argenson (20 mars 1751, VI, 378j, plus Une et plus spirituelle que la plupart des autres, que son auteur dédaigna de livrer à la publicité et réserva

Malheureusement Louis XV se montrait décidément incapable de pousser les choses jusqu'au bout, et un revirement marqué s'opérait dans son esprit en faveur du clergé. Il écoutait volontiers le chancelier,

pour l'amusement d'un petit cercle d'amis, et que peu de personnes connurent. Le texte mérite d'en être cilé; on peut voir à quel point elle eût fait la joie des adversaires du clergé.

« Le clergé exécutera la déclaration du Roi du 17 août llbO dans tout ce qu'elle contient, en conséquence donnera les déclarations de ses biens ainsi qu'il est ordonné ; il fera aussi l'imposition de 1 500 000 1. chaque année pendant 5 ans, conformément à l'arrêt du conseil du do septembre signifié à l'Assemblée le 10, mais on demande les articles suivants :

Art. 1". ■ — Que dans les déclarations de ses biens, le clergé ne sera point obligé de faire mention que c'est en exécution de ladite déciaralion qu'il les donne, ni pareillement dans l'imposition des 1 oOO 000 I. que c'est en exécution de l'arrêt du conseil.

AuT. 2. — Qu'il sera permis au clergé de donner le nom de don gratuit à l'imposition des 1 .'iOO 000 1. dans le département qu'il en fera.

Art. 3. — Que les abus, vexations, injustices, malversations et prévarications imputées au clergé et alléguées pour motif dans ladite déclaration ne seront point censées avouées par l'exécution volontaire de ladite déclaration.

Art. 4. — Que le clergé, en exécutant ladi'.e déclaration et ledit arrêt, ne sera pas censé reconnaiire pour véritables et justes les maxunes. principes et conséquences suivant lesquels M. le contrôleur général agit et parle, soit dans ladite déclaration, discours des commissaires à rassemblée et arrêt du conseil, soit dans les écrits répandus par son ordre dans le public.

Art. 0. — Que quoique le clergé dans ses délibérations, lettres et remontrances ait tant de fois répété que ladite déciaralion, arrêt du conseil, et discours des commissaires sont contraires à ses immunités et tendent à les détruire, il ne sera pas néanmoins censé, en les exécutant aujourd'hui, avoir renoncé auxdiles immunités, mais seulement (ju'il s'est trompé lorsqu'il a cru que ladite déclatration y était contraire, et qu'en conséquence

Accordé, attendu que ladite déclaration et ledit arrêt ne l'ordonnent point, mais sans préjudice de presser nousmêmes l'exécution de l'un et de l'autre, si le clergé y procède trop lentement.

Accordé, sans tirer à conséquence, et bien entendu que dans le cas présent ce nom signifiera seulement que c'est volontairement que le clergé fait l'imposition, sans donner la peine de l'y contraindre ni de la faire nous-mêmes, nous réservant au surplus d'ordonner l'imposition de telles autres plus grandes sommes que nous jugerons à propos après que nous aurons vu les déclarations des biens du clergé.

Accordé, autant que faire se peut, ladite déclaration néanmoins subsistant toujours dans les registres du Parlement.

Cet article est important, on n'exigera point un aveu formel du clergé, c'est assez.

Accordé, à condition néanmoins que le clergé sera censé pareillement à l'avenir se tromper dans toutes les occasions où il pourrait faire semblables remontrances, lettres et délibérations au sujet de quelques impositions ou autre chose qui lui serait ordonnée de la part du Roi, et qu'il n'alléguera plus en faveur de ces prétendues immunités aucun droit divin, ni humain, conciles, capi-

qu'il trouvait « doux et juste », le cardinal de Tencin, l'ancien évèque de Mirepoix, et ne paraissait aucunement se soucier de l'inexécution des ordres qu'il avait donnes à la face de la France et de l'Europe. Macliault tomba malade, en grande partie du chagrin que lui causait la faiblesse du roi. Par une coïncidence singulière, l'inquiétude et le dépit altérèrent aussi la santé de Mme de Pompadour. L'époque de l'année dans laquelle on entrait lui était de toutes la plus défavorable; le temps pascal n'arrivait jamais sans faire faire au roi de sérieuses réflexions sur l'état de son âme et sans lui inspirer quehjues velléités de s'approcher des sacrements, gage assuré de perte peur la marquise. En 1751 ce danger était doublé pour elle par une circonstance très opportune

lesdites imiiuinités subsisteront dans leur tulaires, liéclarations, serments des Rois

juste étendue, ainsi qu'auparavant. et autres rapsoclies pareilles, comme il

a fait dans ses remontrances et autres écrits pendant l'assemblée.

Art. 6. — Que quoique le clergé ait plu- Accordé: il sera censé seulement s'être

sieurs fois alléi^ué dans lesdites déclarations, trompé sur le point dont il s'agit, mais

lettres et remontrances que l'bonneur et la en conséquence, lorsqu'il alléguera à

conscience ne lui permettaient pas d'exécuter l'avenir les mêmes raisons en semblables

ladite déclaration, arrêt du conseil et autres occasions, il n'en sera pas cru sur sa

ordres à lui donnés pendant l'assemblée, il parole, et il s'en rapportera à nous et à

ne sera permis à personne de lui reprocher nos successeurs, ministres des finances,

ou imputer d'avoir agi contre son honneur pour la décision du cas. et sa conscience, en les exécutant aujourd'hui, ni d'avoir voulu pendant l'assemblée colorer d'un faux prétexte de religion la résistance qu'il a faite.

Les articles ci-dessus répondus et remis à M. le maréchal de Noailles le ... février 1731 pour être par lui rendus auxdits archevêques, lesquels les feront souscrire par les autres prélats qui se trouvent actuellemenl à Paris, à l'effet de quoy ils les diviseront en deu.x ou trois colonnes, si ledit maréchal le juge à propos, et les feront venir ainsi chez l'archevêque de Paris, en prenant toutes les autres précautions convenables poilr éviter les difficultés de leur part, pour être ensuite le tout ratifié, souscrit et exécuté par le Clergé de France.

Articles secrets pour les deux plénipotentiaires et pour (|uelques prélats qu'ils comptent faire agir en subalternes :

Bon 1" Pour l'archevêque de Paris, les hôpitaux et le chapeau.

Bon 2" Pour celui de Sens, un bureau du conseil.

Bon 3" Pour celui de Cambrai, ample permission de demeurer à Paris.

Bon 4» Pour révêijue de Verdun, bonne retraite.

Bon li" Pour celui de Metz, amnistie des comptes et amendes.

fio Pour celui de Meaux, le cordon. Néant, il a été payé d'avance. Bon 7» Pour celui de Langres, privilège exclusif pour chanter les messes de

l'ordre.

Si ces propositions furent réellement faites, elles étaient accablantes pour le clergé, et c'est précisément ce qui ne permet guère d'admettre qu'elles aient été faites.

pour le clergé : la célébration en France du jubilé qui avait eu lieu à Rome l'année précédente à l'occasion de la moitié du siècle. Louis XV était vivement tenté de profiler de cette occasion pour édifier un peu ses sujets après les avoir si longtemps scandalisés; il l'était d'autant plus « que le préjugé du public était monté de façon à respecter plus le jubilé que les Pâques qui sont d'obligation * >'. Il ne manquait pas un des sermons du père Griffet, jésuite, chargé de diriger à la cour les exercices préparatoires au jubilé ^ Il avait avec lui des conversations qui faisaient trembler la marquise 3. Aussi le public était-il « très attentif à l'événement de ce jubilé '' » et la cour encore davantage; car on y escomptait ouvertement la prochaine conversion du roi et la disgrâce de Mme de Pompadour, les uns dans l'espérance d'un retour définitif du roi à la dévotion, les autres dans l'espérance de lui donner, aussitôt après le jubilé, une autre mailresse qui ne put rien leur refuser.

Ces dispositions du roi durèrent jusqu'à la fin de mars environ. Au fond, la faveur de Mme de Pompadour était restée plus solide que la cour et que le public ne se l'imaginaient, et le roi n'aurait jamais pris sur lui d'éloigner une personne aussi nécessaire â sa nature ennuyée et mélancolique. Les scrupules de conscience et la satiété pouvaient l'écarter d'elle : le besoin de distraction l'y ramenait tôt ou tard. Il demanda aux PP. Perusseau et Griffet si des habitudes auxquelles on ne voulait pas renoncer étaient un obstacle invincible à ce que l'on gagnât son jubilé ^. Force fut aux deux religieux de répondre par l'affirmative, et le roi chassa de son esprit toute idée de retour aux pratiques religieuses. Il ne fut plus question ni de Pâques ni de jubilé. Tandis que les femmes de la cour affectaient en conséquence un zèle extrême à gagner le leur, tandis que la population de Paris entravait la circulation dans les rues par ses processions interminables ® et se battait dans les églises pour communier, non par piété, mais « par rapport à la circonstance où se trouve le maitre'' », Machault et Mme de Pompadour reprenaient décidément l'avantage*; tout projet d'accommodement avec le clergé fut rompu : et le bruit circula avec persistance que les ordres étaient envoyés aux intendants pour procéder à la levée des d 500 000 livres, et saisir le temporel des bénéficiers qui résisteraient'.

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