D'Argenson, 24 avril, 29 avril
LES PARTIS A LA COUR (IT.jO-17.j1). 319
Jamais le clergé ne se crut plus près des attaques suprêmes. Sa fermeté d'ailleurs n'en fut pas ébranlée : nul évêque ne parla de céder, mais seulement, si les contraintes et les saisies arrivaient, de se retirer dans les séminaires, d'y vivre dans l'isolement et la frugalité, de cesser la célébration du culte, et de mettre pour ainsi dire le royaume en interdit. Le départ du cardinal de Tencin, qui quitta volontairement la cour pour se retirer dans son diocèse de Lyon (mai 1731), au grand chagrin de son ami et correspondant le pape Benoit XIV, enleva encore au clergé un des principaux appuis qui lui restassent. La cour devait se rendre au commencement de juin à Crécy, chez Mme de Pompadour, et c'est de là que devaient être lancées les foudres sous lesquelles le clergé serait définitivement accablé •.
Dans cette nouvelle attitude du roi, tout n'était pas le fait d'un revirement spontané : le calcul avait aussi sa part. On se trouvait en effet à ce moment même acculé à la nécessité d'un gros emprunt, et il ne fallait pas songer à faire réussir cet emprunt sans l'enregistrement du Parlement : cette formalité, qui ne procurait cependant aucune garantie de plus, était la seule qui inspirât confiance aux capitalistes. Or le Parlement aurait certainement fait obstacle à l'enregistrement si le roi avait continué à témoigner trop de confiance aux chefs du parti constitutionnaire : c'est pourquoi il parut pendant quelque temps s'éloigner d'eux. Malheureusement pour Louis XV, il n'était guère moins dangereux de rechercher les bonnes grâces du Parlement que d'affronter son courroux: flatté, le Parlement se sentait nécessaire; frappé ou menacé, il faisait tout pour devenir redoutable. Puis le premier président avait une revanche à prendre contre la cour, et la faiblesse dont le roi avait fait preuve envers le clergé montrait qu'on pouvait beaucoup oser. Aussi le Parlement fit-il à l'édit de création de rentes des remontrances particulièrement vives, trois fois réitérées. Il fallut huit jours de pourparlers pour qu'il se décidât à l'enregistrer, du très exprès commandement du roi, et à une faible majorité.
L'insolence de ces robins, qui prétendaient tenir la royauté en tutelle et en user avec elle comme un conseil de famille en userait envers un prodigue, irrita si profondément Louis XV qu'elle le rejeta une fois de plus du côté des amis du clergé, et fut nuisible à ceux qui représentaient ou passaient pour représenter à la cour le parti du Parlement. Les négociations, dont on ne parlait plus, furent reprises -, et il fut question de convoquer en septembre une nouvelle Assemblée du clergé où la paix serait conclue entre l'Église et l'État grâce à des concessions réciproques. D'après d'Argenson et Barbier, les déclarations des revenus