‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 202 sur 268 · D'Argenson, 7 août · texte numérisé non relu

D'Argenson, 7 août

;5. Arch. nat., G» 2350.

l. Luynes, XI, 302, 312.

et presque à déchaîner rémeute dans Paris, attirait alors l'attention générale et ne laissait plus de place dans l'esprit du roi pour aucune autre préoccupation. Cette alîaire — celle de l'Hôpital général — se rattache de trop près aux démêlés du clergé avec la cour pour qu'il nous soit permis de la passer complètement sous silence.

L'Hôpital général, nom sous lequel on comprenait huit grandes maisons de refuge ou de correction, était une des plus importantes administrations de la capitale, tant au spirituel qu'au temporel. Sept principaux administrateurs ou sept chefs, siégeant de droit, et vingt-six administrateurs ou directeurs, éligibles, composaient le Bureau de l'Hôpital et avaient le gouvernement de la maison. L'élément judiciaire et le barreau dominaient, surtout parmi les administrateurs secondaires, et possédaient dans la maison une prépondérance numérique et surtout morale très marquée, La présence des gens de justice n'avait pas empêché d'énormes abus, et pour parler net, dit Timpartial Barbier, de scandaleuses prévarications de se glisser dans l'administration de THôpital, et cela depuis de longues années : si bien que cet établissement était sur le chemin de la ruine. Elle avait eu un autre résultat; c'est que l'Hôpital était devenu un véritable foyer de jansénisme : l'administration, les prêtres, les sœurs, tout y était appelant, et le fanatisme janséniste se répandait de là dans le petit peuple de Paris. Bélablir dans cette importante maison l'ordre et l'orthodoxie était un des vœux les plus ardents de Louis XV, et lorsque Christophe de Beaumont avait été élevé à l'archevêché de Paris en i~t&, il l'avait assuré qu'il pouvait entreprendre cette tâche difficile, que sa protection ne lui ferait jamais défaut. Christophe de Beautpont, que sou caractère énergique et opiniâtre portait à affronter toutes les luttes, pour peu que les intérêts de la foi lui parussent enjeu, ne tarda pas â prendre une offensive vigoureuse contre les jansénistes de l'Hôpital. Il commença par interdire aux sœurs les allées et venues perpétuelles qu'elles faisaient à Paris, au grand détriment des malades confiés à leurs soins, sous prétexte de s'y confesser, s'offraulàleur envoyer dans leurs maisons tels directeurs de conscience qu'elles voudraient bien désigner elles-mêmes, pourvu que ce ne fussent pas des prêtres interdits. Aussitôt la sœur Julie, supérieure générale, et une trentaine d'autres religieuses d'abandonner furtivement l'Hôpital, « comme d'innocentes brebis qui se dérobent à la fureur des loups ravissants », écrit S(''rieusement le fanatique auteur des Nouvelles ecclésiastiques ; une nouvelle élection devient ni'cessaire; la majorité du bureau (12 voix) se prononce pour une certaine sœur Saint-Michel, appelante forcenée, qui n'avait pas fait ses Pâques depuis dix-sept aus; le reste vote pour une protégée de l'an'hevôque, une certaine veuve de Herbert de Moysan, contre laquelle les pamphlets jansi-nistes se sont acharnés avec une fureur indescriptible. La Moysan n'eut que dix voix,

mais parmi ces dix voix étaient celles des chefs, et l'archevêque la déclara ("lue (12 juillet 1749j. Ce fut cette élection contestée qui fut le signal d'une crise terrible. Tous les administrateurs secondaires, sauf trois, donnèrent leur démission ; ceux qu'on voulut leur substituer n'osèrent pas accepter ces fonctions, de peur de se brouiller avec le Parlement; tous les obstacles imaginables furent suscités à l'archevêque, qui dut se charger à peu près seul de la direction de l'Hôpilal, vu la désorganisation de tous les services : tout fut incriminé dans son administration, depuis les achats de viande et de fromage qu'il faisait faire jusqu'aux mœurs de la dame de Moysan, « qui (Hait bien destinée pour l'Hôpital, mais non pas à beaucoup près pour en être la supérieure,... et qu'on n'aurait pas été étonné de voir d'une manière bien diiïérente entre les mains du lieutenant criminel ' ». L'archevêque fit bravement tête à l'orage, se multiplia pour extirper des abus invétérés, secourut de ses propres deniers la caisse de l'Hôpital qui était dans la dernière détresse, et demanda un règlement nouveau qui réformât l'administration et empêchât le retour des mêmes pratiques. Ce règlement, le roi, inquiet du bruit énorme que causait cette affaire, et toujours timide quand il s'agissait de se heurter au Parlement, le lui fit attendre près de deux ans; il le donna enfin pendant ce retour en faveur du parti clérical qui signala le carême de 1751. Une déclaration du 24 mars 1751 attribua à l'archevêque toute l'autorité spirituelle dans l'Hôpital, la nomination et la révocation de tous les ecclésiastiques qui y seraient employés, modifia l'organisation du conseil et des bureaux, réduisit le nombre des administrateurs électifs, et désigna pour cette fois les administrateurs nouveaux, en écartant naturellement de cette liste tout avocat suspect de jansénisme. Mais il fallait que celte déclaration fût enregistrée en Parlement : ici commencèrent les difficultés.

Après avoir fait faire une enquête sur la situation de l'Hôpital par deux de ses membres, Montholon et Thomé, dont le rapport, chefd'œuvre de l'esprit de parti, fut un pompeux panégyrique de l'ancienne administration et une satire passionnée de la nouvelle, le Parlement osa de sa propre autorité déclarer nulle l'élection de la dame de Moysan, et introduire dans la déclaration du 24 mars des changements tels que sur les dix-huit articles dont elle se composait, deux seulement restaient intacts, et que l'esprit des seize autres é'tait absolument changé. Tout le pouvoir que la déclaration royale attribuait à l'archevêque, la rédaction nouvelle l'attribuait au bureau, et dans ce bureau l'on avait soin de faire rentrer les mêmes administrateurs que par le passé, précisément ceux que le roi et l'archevêque avaient tenu à exclure (20 juillet l'oD. Un arrêt du conseil (22 juillet) cassa aussitôt les modifications faites par

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