‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 204 sur 268 · D'Arpcusoii, 18 dccemlire · texte numérisé non relu

D'Arpcusoii, 18 dccemlire

2. L'arrot fut crié le 21 novembre dans Icri rues de Paris, et date du 2o.

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resta dans la plus complète anarchie jusqu'à ce qu'une déclaration du 15 mars 1738 remit tout dans le même état qu'avant 1749.

Ainsi bafouée par le Parlement, il ne manquait plus à l'autorité royale que de l'être aussi par le clergé : ce qui ne tarda guère. C'était déjà trop pour Louis XV qu'une lutte à soutenir comme celle qu'il soutenait contre le Parlement; rien ne devait lui coûter pour terminer au plus vite cette autre guerre qu'il avait entreprise lui-même contre le clergé, et pour retrouver du moins de ce côté la tranquillité qui lui était refusée de l'autre. Puis la conduite factieuse du Parlement avait inspiré au roi un redoublement de haine pour celte compagnie, où il discernait parfaitement le plus grave danger qui menaçât son pouvoir absolu, et cette haine ne pouvait manquer de faire tort à ceux qui étaient par la force même des choses à la cour les soutiens et les avocats du Parlement. Non pas que Machault fit rien pour seconder sa résistance; il n'était pas davantage en conformité de vues avec le Parlement sur l'origine de tout le débat, car il avait approuvé l'exclusion de l'Hôpital des anciens administrateurs * ; mais les nécessités de sa situation créaient une certaine solidarité entre sa cause et celle des parlementaires. Eux et lui avaient à la cour les mêmes ennemis : les meneurs de la résistance, comme Pasquier, Chauvelin, étaient des hommes à lui ou lui avaient prêté le concours de leur plume dans sa polémique contre les immunités du clergé; lorsque le comte d'Argenson et son entourage montraient au roi sa perte assurée s'il laissait les attentats du Parlement impunis, et lui conseillaient les mesures de rigueur, Machault ne pouvait pas ne pas plaider la thèse contraire, car tout afTaiblissement du Parlement eût été une victoire pour l'épiscopat, une revanche du ministre de la guerre sur celui de la finance. Aussi opinait-il régulièrement dans le conseil pour une politique de ménagements et de concessions, et avait-il été opposé au coup d'autorité tenté par le roi le 21 novembre. Il était donc inévitable que Machault subit le contre-coup de la colère conçue par le roi contre le Parlement, et rien ne pouvait être plus funeste au succès de sa politique que l'excès de hardiesse auquel ce corps s'était laissé entraîner.

Lorsque les négociations avec les prélats furent rompues, juste au moment où le Parlement jetait au roi, par sa cessation de service, un véritable défi, le parti Machault et Pompadour était donc réellement compromis; le comte d'Argenson jouissait au contraire d'une recrudescence de faveur assez grande pour que l'on parlât de sa prochaine élévation à la dignité de duc et pair, de gouverneur du duc de Bourgogne, voire même aux fonctions de premier ministre. Il espéra un

1. Lettre de l'ancien évèque de .Mirepoix à l'arclievèque de Paris, 20 octobre 174'J (citée dans l'Hisloii-e de la maison Nicolaï, par Al. de Boislisle, t. 11, p. 634).

instant obtenir l'éloignement de la marquise de Pompadour ^ Son triomphe ne fut pas assez complet pour cela; mais la politique du contrôleur général n'en était pas moins à la veille de subir un échec décisif. Puisque la résistance du clergé restait la même, et que le roi ne voulait rien faire pour la surmonter, il n'y avait plus qu'à abandonner la déclaration du 17 août et tout projet de réforme dans les impositions ecclésiastiques. Celte regrettable décision fut prise dans les conseils tenus' pendant le mois de décembre, au grand chagrin du contrôleur général, qui, d'après d'Argeuson ^, eut un instant la pensée de quitter les finances. Le 23 décembre fut rendu un arrêt du conseil qui suspendait la levée des 1 oûU uuu livres demandées à l'Assemblée de 1750, et impliquait par conséquent un désaveu éclatant de tout ce qui avait été soutenu par le gouvernement avant et pendant l'Assembh'e.

Le motif donné était peut-être plus liumilianl encore que le dispositif de l'arrêt; c'étaient ces abus mêmes, invoqués précédemment en faveur de la réforme, qu'on invoquait maintenant comme prétexte pour le maintien du statu quo : « S. M. étant informée... que cette nouvelle imposition, sans être à charge au clergé en général, le deviendrait néanmoins, étant faite sur le pied des répartitions actuelles, aux bénéfîciers dont les bénéfices se trouvent situés dans les diocèses déjà surchargés par l'inégalité desdiles répartitions, du soulagement desquels il est au contraire nécessaire de s'occuper,... elle aurait pensé que sans

1. Il avait ourdi clans ce but une inlrigiie fameuse avec Mme d'Estrades, cousine de Mme de Pompadour et aulrelois son amie inséparable, devenue maintenant sa rivale et son ennemie jurée. Il s'agissait de donner au roi une nouvelle maîtresse qui le dégoûtât de l'ancienne; on avait jeté les yeux pour remplir cet office sur la propre uièce de Mme d'Estrades, Mme de Choiseul- Rom.inet, récemment mariée au comte de Choiseui-Beaupré, menin du Dauphin. Elle offrait de sérieuses garanties de succès; elle plaisait au roi, qui voulut pendant quelque temps qu'elle fût de tous les voyages, de toutes les parties de plaisir; elle se prétait parfaitement à ce qu'on attendait d'elle, et disait assez publiquement qu'elle serait incapable de manquer à son mari pour tous les jeunes gens qu'elle voyait à la cour, mais que pour le roi seul elle ne résisterait pas. Elle ne résista pas, en effet, et les détails scabreux qu'un lit dans MarmonLel ne laissent aucua doute à cet égard. Un jour qu'un rendez-vous avait été préparé entre le roi et Mme de Glioiseul, et que d'Argenson, son secrétaire, et Mme d'Estrades attendaient avec impatience la bonne nouvelle, ils virent enliu arriver la Jeune femme « échevelée et daas un désordre qui était la marque de son triomphe », et un long cri de joie s'éleva (|uand elle leur api^rit que c'en était fait, qu'elle était aimée, et que l'autre allait être renvoyée. Mme de Pompadour aurait couru un sérieux danger si le comte de Slainvillc, à qui elle en garda une reconnaissance inaltérable, ne l'avait avertie de cette intrigue assez tôt pour t|u'elle pût ruiner le crédit de Mme de Clioiseul avant que Louis XV se fût attaché à elle par la force de l'habitude. (D'Argenson, novembre et décembre IToi ; .Mémoires de -Marmoutel, t. Il, [>. 31.)

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