D'Argenson, 24, 21 novembre l".'il
perdre de vue l'objet de la libération * du clergé, il convenait de surseoir à la levée, sur le pied des répartitions actuelles, de ladite imposition ». On renonçait donc aux 1 500 0(10 livres annuelles; pour ne pas paraître abandonner complètement un projet annoncé si haut et avec tant d'insistance, on stipulait, il est vrai, que sur les déclarations des bénéficiers il serait fait par les bureaux diocésains, pendant l'année 1752, un pouillé des biens et revenus de chaque diocèse, et que d'après ces documents la prochaine assembh-e du clergé ferait un nouveau département général « sur le pied duquel seront faites à l'avenir toutes les répartitions des impositions du clergé, après toutefois que ledit nouveau département aura été approuvé, autorisé, et confirmé par Sa Majesté ». Mais on aurait vainement cherch(' dans l'arrêt du 23 décembre 1751 la netteté, la précision menaçante, les dispositions rigoureuses qui se trouvaient dans la déclaration du 17 août, et qui avaient révolté le clergé. Aucune peine n'y était stipulée contre les non dé'clarants; aucun délai n'était fixé; il n'était plus question de la publicité des opérations des bureaux diocésains : le clergé seul était chargé de la confection du nouveau département, et le gouvernement n'intervenait plus que pour donner une approbation de pure forme h un travail fait loin de lui et sans sa participation. Comme pour accentuer encore la victoire du clergé et la défaite du contrôleur général, un autre arrêt du même jour, revenant sur la promesse déjà faite par le roi de ne pas exiger de vingtième des revenus ecclésiastiques, portait qu'il serait fait déduction, sur les rôles de vingtième des débiteurs du clergé, du vingtième des rentes et redevances qu'ils ne pouvaient en effet retenir au clergé, « S. M. ayant déclaré audit clergé de France, assemblé par ses ordres en l'année 1750, que son intention n'était point que les biens dudit clergé fussent assujettis à l'exécution de l'édit du vingtième ».
On eut beau pallier le plus possible cette piteuse reculade, n'imprimer de l'arrêt du conseil que le nombre d'exemplaires strictement indispensable pour les intendants et les évêques, éviter de le faire crier dans les rues, rien ne put empêcher la honte du gouvernement d'être connue de tout le monde. Le clergé l'emportait : loin d'être punie, sa désobéissance était récompensée; il n'avait ni payé de vingtième, ni donné de déclaration; rien n'était changé à l'ordre de choses ancien, sinon la perte pour l'État du don gratuit ordinaire, dont les circonstances avaient empêché le vole : si bien qu'en définitive, au lieu
1. Le clergé, qui donna la plus grande publicité possible ù cet arrêt si favorable i)our lui, eut soin, dans une intention facile à comprendre, de substituer dans certains exemplaires le mot de liôéralité à celui (jui était véritablement dans le texte, HOeration; avec le mot de libéralité, ce n'était pas seulement la question des 1 oOO 000 1. qui était tranchée eu faveur du clergé, c'était aussi celle, beaucoup plus grave, de l'immunité ecclisiastique.
d'avoir vu ses franchises eatamées, le clergé sortait du combat ayant fait moins de sacrifices encore que de coutume.
Il ne lui manquait plus qu'une dernière satisfaction, le renvoi du ministre coupable d'avoir pris contre lui une offensive aussi vigoureuse : les circonstances aidant, ce triomphe suprême lui était aussi réservé.