VExpr'd révolulionnahe avant la Révolution
teclion; et il fallut en effet l'incroyable faiblesse du gouvernement de Louis XV pour que les choses tournassent différemment, et qu'on ne sût tirer parti ni des excès du Parlement pour l'abaisser, ni de la détresse du clergé pour lui imposer la loi. Aussi beaucoup de témoins oculaires de ces débats étranges, comme Barbier, ont-ils cru longtemps que si le ministère laissait aller si loin les choses, c'était pour réduire plus facilement le clergé et anéantir le privilège du don gratuit. Opinion malheureusement aussi fausse que la précédente : c'est en vain que l'on chercherait une politique un peu suivie, un dessein mûrement réfléchi dans la conduite de ce gouvernement misérable, sans cesse ballotté entre les factions adverses, incapable de diriger les événements et de les faire servir à ses intérêts.
Les dates s'opposent elles-mêmes à ce que l'histoire impartiale considère la querelle des billets de confession comme une diversion des prélats pour sauver leurs immunités menacées. Cette querelle n'atteignit toute sa vivacité qu'après l'arrêt du 23 décembre 17.t1, qui pouvait rassurer les évêques, et non pas pendant les phases critiques de leur lutte avec Machault : elle se prolongea après 1734, c'est-à-dire après que le départ du contrôleur général leur eut enlevé toute inquiétude; enfin, quoique les refus de sacrements n'aient eu un immense retentissement qu'à partir de 1732, ils étaient pratiqués bien avant cette date : dès le ministère du cardinal Fleury, les exemples en étaient fréquents dans les diocèses de IMeaux, de Laon, d'Orléans, de Langres, etc. C'est en 1739 que l'évêque de Laon avait enjoint aux prêtres de son diocèse de refuser la communion et la sépulture ecclésiastiques aux réfractaires notoires à la constitution Unigenitus; en 1746, que l'évêque d'Amiens tenait le même langage à son clergé; en 1746 aussi que l'énergique et entêté Christophe de Beaumont étendait les mêmes instructions au diocèse de Paris. La vérité est que le calcul fut étranger à cet éclat violent qui se produisit subitement pendant Thiver de 1752, et qu'il n'y faut pas chercher d'autre explication que la violence extraordinaire des haines religieuses, également surexcitées de part et d'autre par les derniers événements. Le Parlement était outré des empiétements que le clergé s'était permis sur le domaine du pouvoir temporel dans la polémique relative aux immunités, et que ce pouvoir n'avait pas réprimés; du côté du clergé, qui croyait voir le ministère, la libre pensée et le jansénisme conjurés pour sa perte, le dépit n'était pas moins vif, et il s'était persuadé que le seul moyen de sauver la foi en péril était de fermer le plus possible les portes do l'Église, d'éliminer impitoyablement tout élément suspect, d'engager une guerre à mort avec l'hérésie.
Un choc devait donc se produire : il se serait produit plus tôt, si le Parlement avait su plus tôt jusqu'où allait la faiblesse de Louis XV et
si ses chefs avaient cru de leur intérêt de faire un éclat. Le Parlement, en effet, n'avait jamais enregistré la Bulle qu'avec des explications et des réserves; il niait aux ecclésiastiques le droit d'en faire une règle de foi, revendiquait pour le pouvoir temporel, c'est-à-dire pour luimême, le droit de fixer ce qu'il fallait penser et ce qu'il fallait croire de ce fameux décret, et répugnait tout particulièrement, au nom des libertés gallicanes, à admettre l'infaillibité pontificale, implicitement supposée par la proposition 91 de la Bulle, de laquelle il résultait qu'il ne pouvait pas y avoir d'excommunication injuste. Au nom de l'ordre public, il considérait tout refus de sacrements comme une diffamation, justiciable des tribunaux séculiers. Au nom de son prétendu droit sur tout ce qui dans le culte était extérieur et de pure forme, il appelait exaction inutile et innovation * illégitime l'usage des billets de confession. Son intervention était juste, en partie du moins, dans cette société où le temporel et le spirituel étaient encore si intimement mêlés : bien des exemples dans le passé prouvaient que le clergé avait fait maintes fois un scandaleux abus de l'excommunication, bien des faits récents témoignaient encore qu'il était loin d'être à l'abri de tout reproche à cet égard -. Mais tout dépend en semblable matière de la mesure et de la prudence, et il est évident que ce contrôle du pouvoir temporel sur la dispensation des sacrements était chose essentiellement délicate. Or l'intervention du Parlement fut brutale et violente : il affecta de refuser à la Bulle toute autorité et de vouloir forcer l'Église à garder malgré elle dans son troupeau les brebis les plus notoirement rebelles à son autorité; il n'admit pas que s'il y a parfois scandale à refuser, il peut y avoir aussi scandale à administrer; il voulut restreindre le clergé dans l'administration des sacrements à un rôle purement machinal, et l'y contraindre au besoin par la force du bras séculier; il usurpa sur l'autorité spirituelle en se faisant juge des qualités requises pour recevoir dignement les sacrements, usurpation égale à celle que le clergé aurait faite au détriment de l'autorité temporelle s'il avait exigé la négation de telle ou telle loi de l'État comme condition nécessaire pour communier. L'intervention du Parlement n'en eut pas moins pour elle le suffrage populaire, tant le clergé était haï; et ce fut aux applaudissements du public que l'on vit, pendant des années, des jansénistes ne rechercher les sacrements que parce qu'on voulait les en exclure; des
i. Ce qui était faux, car l'archevêque de Noaiiles avait lui-même imaginé les billets de confession pour s'en servir contre les jésuites, alors frappés d'interdit dans le diocèse de Paris.
2. Comme ce curé de Roy-Boissy, dans le diocèse de Beauvais, qui refusait les sacrenienls h ses paroissiens parce que ceux-ci lui refusaient une dîme de pommes et de poires à laquelle il prétendait avoir droit. l'oint de pommes, point de confession! avait osé déclarer ce singulier curé.
évêques traités de schismatiques et d'hérétiques par des magistrats; des prêtres condamnés, et durement, pour avoir obéi à leurs supérieurs €ccl('siastiques plutôt qu'au Parlement; d'autres frappés d'interdit pour avoir fait le contraire; et des communions requises et administrées par exploit d'huissier.
Docile encore, et retenu par son chef qui visait à la chancellerie, le Parlement n'eut garde d'aller aussi loin dans les affaires de ce genre qui se produisirent en 17^9 en 1750; le plus qu'il osa fut de faire des remontrances. Celles du 4 mars 1731, à propos du refus fait par Bouettin, curé de Saint-Étienne du Mont, à Coffln, conseiller au Chàtelet, étaient déjà assez vives; mais l'incident n'eut pas de suites.
Le moment était proche où tout ne se bornerait plus à des remontrances. Sur cette paroisse Saint-Étienne du Mont, rendez-vous général des prêtres jansénistes âgés et infirmes ', que le parti y envoyait parce que le curé Bouettin était, de tous ses confrères de Paris, le plus strict observateur des ordres archiépiscopaux, il était certain qu'il se produirait à bref délai quelque nouvelle occasion de scandale. C'est en effet ce qui arriva en mars 1752. Un vieux prêtre oratorien, Lemère, connu comme appelant déterminé, tombe gravement malade et fait demander la communion au curé de Saint-Étienne du Mont, qui la refuse, faute de billet de confession ; Bouettin est assigné devant le Parlement, condamné à 3 livres d'amende, et somm(' d'avoir à administrer les sacrements sous peine de saisie de son temporel. Le roi s'empresse de casser l'arrêt et d'évoquer l'affaire à son conseil ; mais le Parlement fait supplier Sa^Majeslé de prendre des mesures pour faire conférer les sacrements au malade. Pendant tous ces pourparlers, la gangrène allait toujours son train; il n'y avait pas, comme dit Barbier, de surséance à cet égard; si bien qu'enfin Lemère mourut le 28 mars, sans sacrements. L'événement, quoique prévu, suscita dans Paris une émotion extraordinaire, et dans le Parlement une fureur difficile à décrire. Le soir même, toutes les chambres s'assemblèrent, malgré la défense formelle du roi, décrétèrent Bouettin de prise de corps, envoyèrent un huissier pour se saisir de lui, et ne se séparèrent qu'à quatre heures du matin, lorsque l'huissier revint annoncer que le coupable était en fuite et que tous ses efforts pour le découvrir étaient demeurés inutiles. Nouvelle défense du roi de faire des procédures de ce genre, et cassation de celles qui ont déjà été faites; mais nouvelles remontrances du Parlement (15 avril 1752) sur les dangers du schisme, sur le coup qu'il porte aux lois fondamentales de la monarchie, sur le tort qu'il fait à la religion ; pour écarter ces fléaux il se disait prêt à tout, même à résister à son roi, et terminait par cette phrase menaçante : « Pour nous empêcher d'agir, pour étouffer notre