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Barbier, juillet

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voix, il faudrait nous amiantir ; et si, par un événement que nous nous croirions presque coupables de prévoir, il arrivait que notre constance à soutenir les droits de votre couronne, ceux de l'État et de la religion, nous attirât la disgrâce de Votre Majesté, nous gémirions sans changer de conduite ».

Ainsi averli qu'il n'y avait pas de silence à espérer de la part du Parlement, et les sachant hommes à tenir leur parole, le roi qui n'avait au fond d'autre ambition, d'autre désir, que d'avoir la paix, pensa qu'il lui serait plus facile de l'obtenir en intimidant le clergé, et il fit aux remontrances une réponse fort conciliante : « J'ai pris des mesures pour retirer le curé de Saint-Étienne du Mont d'une paroisse dans laquelle il s'est conduit d'une manière plus capable d'échauffer les esprits que de les ramener â la paix et à la concorde.,.. Mon intention n'a jamais été' d'ôter à mon Parlement toute connaissance des faits dont il s'agit, et si je lui ai ordonné, comme je le fais encore, de me rendre compte des dénonciations qui lui seraient faites sur de pareils objets, ce n'a été et ce n'est que pour me mettre en élat de juger par moi-même des voies qu'il convient d'employer dans chaque circonstance... Je renouvellerai ce que j'ai déjà prescrit, pour imposer silence sur les disputes qu'on voudrait faire renaitre, et j'emploierai mon autorité pour y parvenir. — ]\Ion Parlement étant pleinement instruit de mes intentions et obéissant â mes ordres, cessera toutes poursuites et procédures qu'il a commencées sur cette affaire, et continuera ses fonctions, sans difff'rer, pour rendre la justice â mes peuples. » Le Parlement se conforma en partie à ces instructions; mais il s'empressa de profiter de cette sorte de retour en faveur pour s'avancer plus loin que jamais; il promulgua le 18 avril, à la grande joie du public, un arrêt de règlement portant défense à tous ecclésiastiques de faire aucun acte tendant au schisme, et notamment de faire aucun refus de sacrements sous pn-texte de nonacceptation de la Bulle, à peine pour les contrevenants d'être poursuivis comme perturbateurs du repos public. L'arrêt fui imprimé sur-le-champ, répandu dans Paris et dans les provinces à milliers d'exemplaires, affiché partout dans les rues, surtout près du palais archiépiscopal pour narguer Christophe de Beaumont, enregistré sans délai dans tous les liailliages du ressort; les intelligences que le Parlement avait dans l'administration le firent insérer tout au long dans la Gazette de France, qui avait un caractère semi-officiel, comme si cet arrêt était vraiment l'expression de la pensée du gouvernement.

11 n'en ('tait rien cependant, car le conseil du roi rendait le 20 avril im arrêt tout différent, bien fait pour déplaire au Parlement, car il n'y était nullement question de son arrêt du 18 avril, et en môme lemps peu salisfaisant pour les l'vêques, sur les sollicitations desquels il avait été rendu. Le roi y prescrivait le silence sur la Constitution et annonçait

la formation d'une commission mi-parlie de conseillers d'Etat et d'évêques pour trancher la question des billets de confession. D'une part, il n'interdisait pas d'une manière absolue aux magistrats de connaître des matières relatives aux sacrements, ce qu'auraient voulu les évêques; de l'autre il qualifiait la Bulle de loi de l'Église et de l'État et de jugement de l'Eglise universelle en matière de doctrine, et se proposait d'empêcher « que les juges séculiers n'excèdent les bornes de l'autorité qui leur est confiée, en imposant aux ministres de l'Église des lois sur des matières purement spirituelles, telles que la dispensation des choses saintes », ce qui était gravement mécontenter les magistrats. Il était évident que le gouvernement, indécis et oscillant entre des influences opposées, n'oserait jamais prendre que des demi-mesures, propres à entretenir les troubles plutôt qu'à les terminer, et que nulle issue n'i'lait à prévoir pour ces pénibles d('bats.

Aussi la situation continua-t-ellc à s'aggraver. Il circulait parmi les curt's de Paris une pétition à leur archevêque pour lui demander de maintenir énergiquement l'usage des billets de confession comme nécessaire dans les circonstances présentes au salut de la foi; le Parlement informa contre les signataires de cette pétition, malgré la défense royale, et peu s'en fallut qu'à propos de cette alTaire il n'y eût une nouvelle cessation de service. Il se ravisa cependant, et n'insista pas davantage sur la pétition à l'archevêque; mais il persista comme si de rien n'était à ne plus guère s'occuper que des refus de sacrements qui lui étaient quotidiennement diinoncés, soit à Paris, soit en province, et qu'on allait chercher au besoin jusqu'à plusieurs années en arrière, comme il arriva au curé Bouthord, de la paroisse du Plessis-Rosainvilliers, diocèse d'Amiens, condamné le G février 175.'{ au bannissement perptHuel et à la confiscation des biens pour quelques propos qu'il avait tenus en chaire en 1739 et pour lesquels môme il avait reçu un blâme de son évêque '. Pendant tout l'été de IToi! il ne fut bruit partout que de curés décrtUés, de prêtres en fuite, et de paroisses dépourvues de desservants. A chaque nouveau fait de « schisme » qui ('tait dénoncé, le Parlement informait; le roi, par arrêt de son conseil, évoquait l'affaire et cassait les procédures commencées ; le Parlement les poursuivait imperturbablement; et comme, sous le règne de Louis XV, on pouvait sans danger d('sob('ir au roi, mais que personne ne pouvait

1. Les détails donnés par le duc de Luynes (XII, 353) sur cette afTaire, et sur plusieurs autres du même genre, donnent une terrible idée de ce que devait être la justice des Parlements, et des excès auxquels ils se portaient parfois. En vain le clergé aurait-il mis tous ses soins à éviter les occasions de se compromettre; quoi qu'il fît, elles venaient le chercher. Le Parlement ne manijuait pas de personnes du parti qui venaient réclamer les sacrements dans une attitude telle que le clergé fut mis dans la nécessité d'un refus. Le duc de Luynes en cite plusieurs exemples (XII, 211; XIII, 280).

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se flatter d'échapper aux griffes de ses magistrats, les curés n'avaient d'autre ressource que la fuite pour échapper aux condamnations sévères qui les attendaient infailliblement. Le 22 août 17o2, Paris assistait à un curieux spectacle. Le Parlement venait de condamner par contumace un vicaire de Saint-Élienne du Mont à trois ans de bannissement, les deux porte-Dieu de la paroisse à une amende et à une admonestation publique, pour un refus de sacrements à un abbé janséniste. Le conseil rendit un arrêt qui cassait cette sentence « pour la procédure avoir été faite sans en rendre compte au Roi, au préjudice des ordres de Sa Majesté, et pour prononcer des peines afflictives et infamantes dans un cas qui n"en était pas susceptible >k Le Parlement s'empressa alors de faire publier son arrêt, qui ne l'avait pas été tout d'abord, et l'gn vit afficher sur les mêmes murs, l'on entendit crier en même temps par les rues l'arrêt du Parlement et celui du conseil, comme les actes de deux puissances égales, se croisant dans leurs opérations, et entre lesquelles l'obéissance publique pouvait hésiter. Le gouvernement laissa ainsi braver son autorité impunément. C'était l'anarchie. Louis XV, qui avait trop d'intelligence pour ne pas le comprendre, de même qu'il avait trop peu d'énergie pour l'empêcher, ne comptait plus que sur les vacances parlementaires pour respirer, et trouver peut-être un moyen de terminer ces troubles qui le mettaient au désespoir. Il comptait les jours qui le séparaient du 7 septembre. On peut juger par là de l'accueil qu'il fit à la malencontreuse proposition de l'abbé Chauvelin, qui demanda la suppression des vacances pour cette année, attendu la gravité des circonstances. Force fut au Parlement de se séparer à la date ordinaire; mais ce ne fut pas sans avoir fait mainte recommandation à la chambre des vacations et à tous les tribunaux inférieurs de poursuivre avec la dernière rigueur tous les refus des sacrements qui viendraient à se produire.

Les choses étaient parvenues à une extrémité dangereuse. L'opinion publique se prononçait avec force en faveur du Parlement, et toutes les entreprises les plus exagérées de celte compagnie ne faisaient qu'augmenter sa popularité. Ceux-là même qui, comme Barbier, le blâmaient de trop oser, l'en blâmaient surtout parce qu'ils craignaient sa défaite, et redoutaient qu'elle les laissât soumis au despotisme exécré des gens d'Église. Un esprit nouveau se propageait parmi les masses à la faveur de ces misérables agitations. La religion, compromise par ce spectacle scandaleux, perdait visiblement de son empire. En présence de l'acharnement des jansénistes à requérir les sacrements et des molinistes à les refuser, le peuple était naturellement amené à se demander si l'objet de la dispute en justifiait suffisamment la vivacité; et l'on voit aux réfiexions de Barbier sur la manière dont les dogmes s'établissent, à celles de d'Argenson sur le discrédit extrême dans lequel était tombé

le clergé, que la religion n'avait pas à se louer de la réponse. Elle n'était pas seule à être battue en brèche : le prestige de la royauté disparaissait comme la foi. On se dégoûtait du gouvernement monarchique * : on commençait à se dire que le despotisme qui n'agit pas est pire que l'anarchie elle-même -. On méprisait celte manière de gouverner au jour le jour, en flattant et en mécontentant tour à tour les factions ennemies. On sentait instinctivement qu'on était à un de ces moments où une résolution énergique dans l'autoritt'^ est particulièrement nécessaire; et rien n'annonçait de la part du roi l'intention ou la possibilité de mettre un terme à une situation intolérable. Il fuyait le travail avec ses ministres et partait pour la chasse, laissant le conseil à ses divisions, alors plus profondes que jamais. Son ambition n'était que de trouver quelques moments d'oubli et de tranquillité. « Je les laisserai faire, disait le malheureux monarque à quelques confidents intimes en parlant de ses ministres : qu'ils me laissent seulement quelques chevaux pour me promener '. » 11 tenait cependant à conserver intacte entre ses mains cette autorité dont il ne savait pas se servir, et plutôt que de prendre un premier ministre il continuait cette politique néfaste de bascule entre les partis.

D'un côté, le chancelier, le comte d'Argenson, la famille royale, où, surtout depuis la mort do Mme Henriette (10 février 1732), Mme yVdélaïde a conquis un grand empire : on y répète au roi qu'il n'est plus roi s'il tolère les usurpations du Parlement, que le grand péril est de ce coté, que le Parlement tend visiblement, avec son habitude de siéger maintenant toutes chambres assemblées, à devenir un corps national, comme les États généraux ou le Parlement d'Angleterre, plus dangereux môme pour la royauté, car il n'est ni temporaire, ni électif, ni divisé en plusieurs ordres, et il est plus populaire et plus audacieux, r/en est fait de la religion catholique si le roi la laisse asservir aux caprices d'une assemblée malveillante, fortement suspecte d'hérésie, absolument incompétente en tous cas pour légiférer sur les sacrements. Tous les malheurs du roi et du royaume sont une punition du ciel pour la guerre qu'il laisse faire à la religion et le scandale qu'il donne à ses sujets par ses amours adultères. On lui montre les réflexions qui remplissent la presse étrangère, l'attitude ouvertement révolutionnaire du Parlement : on lui dénonce dans IMachault et daus Mme de Pompadour ceux qui fomentent sa résistance et qui sont cause de tous les troubles.

D'autre part, le garde des sceaux, qui n'a pas encore perdu tout espoir d'arriver à ses lins et qui continue « à vouloir grand mal aux

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